Il se présentait comme l’homme providentiel qui allait conduire le concert des nations à un accord, fin 2009, pour donner au Protocole de Kyoto une suite ambitieuse.

La seconde moitié de l’année allait se montrer impitoyable pour les deux leaders autoproclamés du combat pour le sauvetage de la planète.

La montée du scepticisme climatique

Sur le plan scientifique, d’abord, les thèses développées depuis vingt ans par le GIEC étaient combattues de plus en plus vivement. Les français, qui s’étaient fait remarquer par un profond fatalisme, et qui acceptaient sans réfléchir toutes les alertes alarmistes que prodiguaient leurs télévisions, leurs journaux, leurs gouvernants et les militants écologistes commençaient à s’interroger, au fur et à mesure que de bons livres étaient publiés pour remettre en question le dogme officiel. C’étaient successivement « et si la Terre s’en sortait toute seule » de Laurent Cabrol, « les Scientifiques ont perdu le Nord », de Serge Galam, « CO2 : un Mythe Planétaire », de Christian Gérondeau, « l’Homme est-il responsable du réchauffement climatique », d’André Legendre… Sur Internet, deux blogs voyaient leur audience croitre rapidement, « Pensée Unique pour les scientifiques », une base de connaissances scientifiques exceptionnelle, de Jean Martin, et Skyfal « changement climatique », publiant sans relâche au plus près de l’actualité, sous la conduite de son créateur prénommé Frédéric. Aux USA, les bons livres critiques étaient des centaines, avec de formidables succès de librairie pour Roy Spencer, Christopher Horner, Iain Murray. La littérature climatique sceptique trouvait donc un public qui allait s’élargissant, ce que ni les gouvernants, ni les grands médias n’ont vu ou n’ont voulu voir.

Tous ces écrits et ces blogs insistaient sur les différends scientifiques, opposant généralement à l’effet de serre l’influence solaire. Certains, tels Christian Gérondeau, élargissaient le débat au plan économique, en abordant la question de l’épuisement des ressources énergétiques fossiles. J’observais avec intérêt ces parutions, car j’étais alors complètement investi dans l’écriture de « la Servitude Climatique ».

Je considérais qu’on avait peu de chances de convaincre un public trompé, conditionné par une propagande digne de celle déversée dans les pays totalitaires, en argumentant seulement sur la science. Certes, rétablir la vérité scientifique est capital, car tout repose sur la réponse à la question : il y a-t-il réchauffement durable et si oui, est-ce le résultat de la consommation d’énergie fossile ? Mais il fallait plus pour émouvoir et alerter le peuple. J’étais donc convaincu que le public serait plus réceptif aux arguments qui touchent à leur porte-monnaie, et aux menaces qui se faisaient jour sur leur bien-être et leur liberté.

La parution du livre de Vaclav Klaus, « Planète Bleue en péril Vert » m’a conforté. Le Président Tchèque avait mis au grand jour les mêmes périls que ceux dont je faisais le diagnostic : la thèse du changement climatique n’était que l’instrument d’une démarche qui vise à réorganiser le monde selon des principes anti-démocratiques. Peu après, « Objectif Liberté », le blog de Vincent Bénard, obtenait des succès d’audience en forte croissance grâce à une série d’articles fustigeant avec le talent habituel de l’auteur l’affairisme vert et les politiques liberticides des gouvernants occidentaux .

La grogne des populations face aux taxes et au chômage.

Effectivement, aux USA comme en France, ce sont des questions économiques qui ont allumé l’incendie. La perte de pouvoir d’achat, les taxes nouvelles, le chômage ont été les détonateurs d’une contestation qui a éclaté au milieu de l’année. La polémique publique a été principalement alimentée, aux USA, par les débats parlementaires sur le Waxman Markey Bill, énorme texte qui codifie par le menu la politique à conduire jusqu’en 2050 dans les domaines du climat et de l’énergie. En France, la fronde est venue de la taxe carbone.

Aux USA, le projet des Représentants Waxman et Markey a connu un court succès initial avec le vote favorable de la Chambre des Représentants, par quelques voix de majorité seulement, au début du mois de juillet, après quatre mois interminables de débats et d’amendements. Or il restait à franchir un obstacle bien plus redoutable, au Sénat, où une majorité de soixante voix sur cent étaient requise, pour que le texte soit définitivement adopté. Or, depuis 1997 et les négociations préparatoires au Protocole de Kyoto, le Sénat américain n’a cessé d’être défavorable aux législations contraignantes et coûteuses pour lutter contre l’effet de serre.

!L’échec d’Obama : c’est la faute à Bill Clinton ?

Au début du mois de décembre, j’ai interrogé l’écrivain et journaliste américain Christopher Horner, auteur du best seller « Red Hot Lies », sur son analyse des causes de l’échec d’Obama. Sa réponse est tout à fait instructive. Pour Chris Horner, la politique d’Obama était à l’avance obérée par l’erreur initiale commise par Bill Clinton et son vice-président Al Gore, en 1997-1998, lorsqu’ils ont accepté le Protocole de Kyoto :

« Malgré que nos médias aient faussé la relation de l’histoire, qu’ils font débuter en mars 2001, date où le Président Bush décida de ne pas tenir compte du Protocole de Kyoto, il est indiscutable que c’est l’administration Clinton qui a ruiné le Traité de Kyoto, en donnant son accord à un texte qui ne correspondait pas à la volonté du Congrès ».

Rappelons que le Sénat américain avait rejeté le projet de Protocole par 95 voix contre 0, peu avant le début des négociations à Kyoto, ce qui n’avait pas empêche le Président Clinton de faire signer le traité par le représentant du gouvernement américain, le très écologiste ministre démocrate Timothy Wirth, collaborateur et ami du Vice-Président Gore…

« Ce faisant, poursuit Chris Horner, Clinton a mis notre nom et notre prestige en péril de façon imprudente, car il espérait faire pression sur le Congrès pour lui faire changer d’avis. C’est cela le fait majeur, et non la prétendue malignité du Président George Bush telle que soutenue depuis huit ans par les média, ni son soi-disant refus d’honorer la signature du Président Clinton... Selon les propres termes du candidat Barack Obama, le nom des Etats-Unis à été sali. Il voulait laver cette souillure. Le Président Obama n’a pas seulement échoué, mais il a encore fait empirer les choses… »

L’auteur américain n’est pas tendre, dans l’affaire, pour les européens :

« Le discours tenu par les Européens était absurde : c’est au Sénat qu’il revenait de ratifier le Traité, et non au Président, comme il appartient aujourd’hui au Congrès, et non pas à Obama, d’approuver une législation dans les termes des promesses de réduction des émissions qu’il a faites, au nom des USA, à Copenhague. Ainsi, Obama à répété le faux pas commis par Clinton à l’époque de Kyoto ».

Le Président Obama s’est en effet fourré dans une impasse. Depuis le vote des Représentants, en juillet, les évènements n’avaient pas été favorables au projet Waxman Markey. Il y eut d’abord l’expression des exigences exorbitantes de la Chine, faites avec une morgue et un mépris inhabituel en diplomatie, un texte des autorités chinoises exigeant, sur un ton d’ultimatum, des réductions d’émissions de 40% de la part des pays occidentaux, le sacrifice de 1% de leurs PIB en faveur des pays en développement, des cessions massives de technologie, etc. Des parlementaires américains étaient non seulement outrés, mais auguraient mal du succès de la conférence de Copenhague, et dès lors devenaient réticents à engager leur pays dans une politique unilatérale de dépenses et de restrictions. Dans le même temps, la fronde s’organisait à l’intérieur du Pays. Les industries dépendantes du charbon dénonçaient avec vigueur le projet de loi qui les condamnait à réduire leur activité, avec toutes les conséquences qui en découlaient sur leur rentabilité et sur l’emploi. La menace brandie de millions de licenciements mobilisait les travailleurs de ces secteurs qui faisaient intervenir leurs syndicats et les grandes fondations qui leur étaient favorables. Il se trouve que les Etats où se situent les gisements houillers et les usines consommatrices de charbon sont majoritairement des fiefs démocrates. Les Sénateurs de ces Etats étaient de plus en plus réticents à suivre les injonctions de leur parti en faveur de la loi, car la voter pouvait conduire à un suicide politique. A l’automne, les Démocrates ont préféré trouver le salut dans la fuite, en faisant remettre à 2010 l’examen du Waxman Markey Bill, sous prétexte que le débat sur la sécurité sociale absorbait toute leur énergie ! Obama, qui aspirait à se rendre à Copenhague en champion mondial de la cause verte se retrouvait nu, dans l’impossibilité de soutenir les propositions qu’il claironnait quelques mois auparavant. Son exhibition dans la capitale danoise fut moins que convaincante, et le prestige des Etats Unis s’abimait, tandis que la Chine s’affirmait comme l’incontestable maîtresse du jeu.

Ce ne sont ni le climategate, ni le lamentable spectacle donné au monde entier et à la population américaine par les chefs d’états et les notables réunis à Copenhague qui peuvent améliorer les chances du projet de loi américain. A mon avis, le Waxman Markey Bill est enterré pour longtemps, la bourse du carbone de Chicago continuera à vivoter et les coteries qui comptaient sur l’un et sur l’autre pour se gaver de bénéfices sur les trillions de dollars escomptés du marché des crédits carbone ont bien du souci à se faire.

Nicolas Sarkozy, de Charybde en Scylla.

Nicolas Sarkozy a-t-il mieux tiré son épingle du jeu que le président américain ? On l’a vu tout au long de l’année, velléitaire, messianique parfois, exhorter la Terre entière à faire preuve d’audace, à viser un accord ambitieux à Copenhague. Les étapes préparatoires à la conférence de décembre se succédaient, qu’elles concernent le G8, le G20, le G77, la Conférence des ministres du développement Durable, celle des Ministres des Affaires étrangères, les réunions du Comité ad Hoc institué pour rédiger les propositions de textes. Le dialogue de sourds continuait entre pays développés et pays en développement. Ces derniers voulaient des sous, beaucoup de sous. Les nations africaines réclamaient 400 milliards de dollars annuels, la Chine laissait entendre qu’elle concèderait un peu moins que le 1% de PIB exigé, mais surement pas moins de 0,5 %. Or les européens discutaient entre eux de sommes cinq fois moindre, sans parvenir à s’entendre d’ailleurs, car les polonais et les autres pays d’Europe centrale ne veulent absolument rien donner : que les nations riches d’Europe fassent leur affaire de ces versements destinés aux pays en développement. Ce n’est pas aux pauvres de l’Europe qu’il revient de payer pour les pauvres d’ailleurs. Au même moment, la dispute entre européens s’envenimait à la suite d’un clash : la Commission européenne avait fixé aux polonais et aux pays d’Europe centrale des quotas d’émissions plus élevés que ceux proposés par ces mêmes pays. Les Polonais obtenaient de la Cour européenne l’annulation de cet oukase, la Commission ayant excédé ses pouvoirs à cette occasion, aux dires du tribunal. Ce fut donc une Europe divisée, malgré l’unité de façade affichée, qui se présentait à Copenhague.

Un ancien conseiller de Margaret Thatcher, Lord Monckton, faisait monter la tension, en annonçant dans un discours plein d’emphase, largement diffusé par le web, que les conférenciers de Copenhague s’apprêtaient à mettre en place un gouvernement mondial anti-démocratique. Il attirait par là l’attention sur le projet de création d’un fonds alimenté par les seuls pays riches, au bénéfice des seuls pays en développement et qui serait géré par l’ONU à qui on confierait ainsi des pouvoirs supranationaux. Lord Monckton exagérait, bien sur, mais c’était une façon d’alerter l’opinion sur les dangers d’une éventuelle évolution vers une gouvernance mondiale autoritaire pour régler des problèmes tels que celui du climat.

Et puis il y eut le climategate, la révélation mondiale de multiples fraudes scientifiques destinées à fausser les statistiques de température, de manœuvres destinées à empêcher la publication d’articles scientifiques non conformes à l’orthodoxie du GIEC et à salir les scientifiques contestataires. Les journaux et télévisions françaises ont eu beau tenter d’occulter l’affaire ou d’en faire une relation biaisée, Internet s’est chargé d’informer une bonne partie de la population et de capter, par la même occasion, un public qui manquera peut être aux médias traditionnels à l’avenir. Par contre, les journaux et télévisions anglo-saxonnes ont donné un écho immense à l’affaire, déconsidérant le GIEC, les climatologues et, hélas, la science tout entière. Celle-ci ne le méritait pas !

Qu’ont fait notre Président de la République, nos gouvernants, nos élus, face à ce scandale majeur ? Qu’ont-ils déclaré ? Quelles mesures ont-ils prises pour que de tels comportements ne puissent s’exercer dans nos propres centres de recherche ? Rien ! Le climategate n’existe pas ! La politique continue, sur des bases scientifiques une fois pour toutes admises. Depuis 2007, le débat est clos !

Nicolas Sarkozy a eu beau se démener, comme à son habitude, à faire le spectacle au Danemark, jusqu’à la dernière nuit. Lui, le champion global de la lutte climatique n’a pu empêcher le sommet de Copenhague de s’enliser, de s’entendre sur une cagnotte de 30 milliards en faveur des pays en développement pour les trois ans qui viennent, une cagnotte dont on n’a pas déterminé d’ailleurs qui va la remplir, et sur un rendez-vous à Mexico, en automne prochain, pour reprendre la négociation. La feuille de route établie à Bali, en décembre 2007, conduisait à un cul-de sac ! Mais les affres de notre présidence et de son gouvernement ne s’arrêtaient pas au Danemark. Le 29 décembre au soir, à la surprise générale, sauf la mienne (voir mon précédent article), le Conseil Constitutionnel rejetait en bloc la taxe carbone votée le 14 octobre dernier ! Tout était prêt pour encaisser dès le premier janvier les cinq centimes additionnels sur chaque litre de carburant et de fuel domestique. Il a fallu démanteler tout le dispositif en trois jours. Et les censeurs du Conseil Constitutionnel, avec force arguments, de démontrer que cette loi n’était conforme en rien au principe républicain d’égalité devant l’impôt, mais aussi qu’au plan pratique elle ne servait à rien. Rude leçon !

En conclusion, il existe beaucoup de similitudes entre les échecs des deux présidents, Obama, et Sarkozy. L’un et l’autre ont surestimé leurs pouvoirs présidentiels. L’un et l’autre ont cru excessivement en leur capacité personnelle à imposer leur démarche et leur point de vue. Vont-ils en tirer des conclusions ? Obama, peut-être. En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, il semble bien que non, puisque l’on annonce qu’une nouvelle taxe carbone sera présentée au Conseil des Ministres du 20 janvier. Sarkozy croit-il amener les sages du Conseil Constitutionnel à résipiscence ? Peut-être. Mais il semble sourd à la colère qui gronde. L’année 2010 sera difficile…Très difficile pour lui.