FX Chauchat : 2010 - 2020, la décennie allemande ?

François-Xavier Chauchat (45 ans) a fait l'essentiel de sa carrière dans les salles de marché de banques française. Il a rejoint le bureau parisien de Gavekal Research, la firme de notre ami Charles Gave, depuis un an. Il enseigne aussi à l'Université Paris-Dauphine.

Brièvement résumée, l'analyse de FX Chauchat s'articule autour des points suivants :

1 - L'Allemagne a enfin digéré le choc économique de sa réunification. La date du point de retournement est en fait 2005, l'année où la contraction du marché de la construction a cessé de faire sentir ses effets.

2 - L'Allemagne connait actuellement une phase de très forte accélération économique qui touche l'ensemble de la population. Il n'y a plus de décalage entre le territoire de l'ancienne RDA et l'Ouest. Les ex-Allemands de l'Est partagent pleinement la prospérité retrouvée.

3 - Cette reprise allemande - partagée par les pays du nord de l'Europe - va se diffuser à l'ensemble des autres membres de l'Union européenne. Les allemands ont en effet recommencé à consommer, et donc à un importer. Le rapport entre exportations/importations est en train de s'inverser. L'économie allemande reprend sa position de locomotive de l'espace européen.

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4 - L'un des moteurs de cette reprise vient de la manière dont les entreprises allemandes ont tiré parti de l'élargissement en jouant les économies de spécialisation que cet agrandissement de l'espace économique européen autorisait. L'intégration des ressources des pays de l'est européen dans les processus de production des entreprises allemandes ont permis à celles-ci de bénéficier d'importantes économies de coûts.

5 - Cette intégration au niveau de l'espace européen fait que les entreprises allemandes ont retrouvé des taux de rentabilité plus élevés qu'ils ne l'avaient été depuis longtemps. Il est rare qu'une reprise économique s'accompagne d'un tel environnement de rentabilité croissante. Une telle situation est de bonne augure pour la continuation de la croissance. Cela laisse penser qu'il ne s'agira pas d'une reprise feu de paille, mais d'une reprise durable pour les prochaines années.

6 - La rentabilité actuelle des grandes firmes françaises présentes sur les marché étrangers est encore plus élevée que celle des compagnies allemandes. Les entreprises françaises ont elles aussi su intégrer l'espace européen au sein d'un processus de spécialisation de type "ricardien". Ce qui, à rebours du pessimisme ambiant, permet, là aussi, d'être optimiste sur les perspectives de croissance des prochaines années - et donc sur les perspectives de réduction des tensions qui conduisaient à craindre pour la survie de l'euro.

7 - La nouvelle position dominante de l'économie allemande conduit inévitablement à une "germanisation" des politiques budgétaires et fiscales au sein de la zone euro. Tant que l'économie allemande demeurait déprimée, ses excédents commerciaux au sein de l'Europe créaient auprès de la BCE une masse de liquidités redistribuées et gaspillées par les autres états européens drogués au "social clientélisme". La disparition de ces excédents coupe définitivement les cordons de la bourse du "social clientélisme" français ou méditerranéen. D'où, à la suite du coup de semonce de la crise grecque qui a ouvert les yeux des dirigeants, l'inversion brutale des politiques économiques et budgétaires, et les tentatives actuelles d'alignement sur les contraintes allemandes.

8 - En France, ce nouvel environnement européen a pour conséquence de faire voler en éclats la complicité traditionnelle qui, dans le cadre du social-clientélisme français, s'était instaurée entre l'Etat français (Bercy) et la CGT. Ce qui laisse entendre que la sortie de crise économique s'accompagnera sans aucun doute d'une grande instabilité sociale et politique. Quoi qu'il en soit des péripéties politiques des prochaines années, les français vont devoir se mettre au "social libéralisme" à l'allemande. Il y aura sans aucun doute un écart croissant entre les discours publics apparents et les véritables actions (comme à l'époque du grand virage européen de Mitterrand).

9 - Il n'y aura sans doute pas de crise de l'euro comme certains le redoutent et l'annoncent depuis plusieurs mois. L'effet ricardien d'intégration et de spécialisation des processus industriels au niveau de l'espace européen élargi est en train de sauver l'euro.

Au total, une conférence et une discussion qui valent vraiment la peine d'être écoutées..