Les hommes de l’Etat, non content de ruiner les Grecs, leur demandent aujourd’hui de se serrer la ceinture pour réparer leurs bêtises. Est-il normal que « le peuple » paie pour l’incurie de ses dirigeants? On conviendra qu’en un sens il l’a bien cherché. Comme l’immense majorité des Européens, et surtout des Français, les Grecs croient en l’Etat. Ils ont voté pour des Hommes de l’Etat qui prétendaient leur assurer le bonheur sans effort, sans responsabilité, sans prévoyance. En résumé ils avaient « l’Etat ». Et, Bastiat l’écrit dans son pamphlet :

« L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ».

« Le peuple » s’est laissé faire. Mais la responsabilité de la catastrophe incombe en premier lieu aux hommes de l’Etat. La naïveté, la crédulité même intéressée, la paresse, l’égoïsme ne sont que des facteurs favorisant.

Il n’est pas sain qu’un contribuable Grec paie pour la gabegie des hommes politiques Grecs. Il est encore plus anormal qu’un contribuable Européen paie pour la gabegie des hommes politiques Grecs. Cela ferait « jurisprudence ». Or les politiciens de tous pays veulent une assurance. Spoliateurs de tous pays unissez-vous. Parce que bon nombre d’entre eux ont été aussi mauvais que leurs homologues Grecs, et ont mené leur pays à la faillite. Ils le savent. Les hommes politiques veulent sauver leurs collègues Grecs et mettre en place des mécanismes de solidarité automatiques parce ce qu’ils sont conscients que leurs politiques ineptes conduiront aux mêmes résultats. Ils veulent avoir la garantie de s’en sortir sans enquête et sans question de leurs concitoyens. Le fond de l’affaire est qu’ils s’offrent une assurance survie au frais des contribuables. Ils ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes. Ils ne veulent pas être responsables.

Ils fuient leur responsabilité en chargeant des boucs émissaires : marché, spéculateurs, agences de notation. Or le marché c’est tout le monde y compris vous et moi. Chacun de nous fait directement, ou par l’intermédiaire de professionnels, des choix. Il sait gré à ces derniers de protéger ses économies en ne prenant pas de risques inconsidérés et de les faire fructifier en saisissant des opportunités. Ce faisant chacun « spécule » sur ce qui est, ou sera, un bon investissement et ce qui est, ou sera, un mauvais placement. Il peut se tromper. Pour éclairer les choix de tous il y a, entre autres, des agences de notations. Elles ne sont peut-être pas parfaites, mais personne n’est obligé de les suivre. Les résultats de ce mécanisme ne sont que la traduction d’une bonne ou mauvaise politique, de la liberté ou de l’excès de réglementations. Si les hommes de l’Etat ne veulent pas voir leur politique sanctionnée par les méchants : marché, spéculateurs, agences de notation, il leur suffit d’avoir une gestion saine de l’argent des contribuables. Mais ils ne savent pas le faire. L’argent des contribuables leur sert à acheter des voix pour accéder ou se maintenir au pouvoir. Dépenser leur sert, économiser leur nuit. « Des sanctions judiciaires contre les spéculateurs », c’est simplement la mise à mort des porteurs de mauvaises nouvelles.

Les hommes politiques sont peut être aux abois mais ils ont un instinct de survie développé et ils savent vendre leur cuisine. « S’il faut couler noyons nous ensembles, les vertueux avec les autres au nom de la solidarité européenne ». Pour sauver des Etats en faillite, ils créent les fonds européens « avec la garantie des Etat », quand on connaît la valeur que l’on peut accorder à l’Etat ! Nec plus ultra : « la garantie de la Banque Centrale Européenne » qui « rachètera »  les dettes. Autrement dit qui imprimera des billets pour payer en monnaie de singe, avec toutes les conséquences dramatiques que l’on connaît. Tout cela pour protéger les petites gens des terribles spéculateurs !

Comment en est-on arrivé là ?

« L'homme répugne à la Peine, à la Souffrance. Et cependant il est condamné par la nature à la Souffrance de la Privation, s'il ne prend pas la Peine du Travail. Il n'a donc que le choix entre ces deux maux. Comment faire pour les éviter tous deux? Il n'a jusqu'ici trouvé et ne trouvera jamais qu'un moyen: c'est de jouir du travail d'autrui; » (F Bastiat, L’Etat).

Les socialistes de droite ou de gauche, de tous pays, croient qu’ils peuvent jouir indéfiniment et sans conséquence du travail d’autrui. Les politiciens le leur ont dit. C’est ce qu’en termes politiquement corrects on appelle « juste répartition », « partage des revenus », « partage du travail », « solidarité », « prendre l’argent où il est », « faire payer les riches ». Les faits montrent encore et toujours que ce n’est pas possible. C’est une preuve de plus que la spoliation universelle, « jouir du travail d’autrui », fut elle légale, est délétère. Les collectivistes croient les politiciens. Ils croient qu’ils sont individuellement incapables, que la « collectivité » fait mieux. Ils croient qu’il leur faut des hommes de l’Etat pour faire à leur place, parce qu’eux seuls sont capables. Ils leurs confient bien imprudemment leur retraite, leur santé, l’éducation de leurs enfants, etc. Mais l’Etat ne peut pas le faire parce qu’il se mêle de tout et fait mal ce qu’il fait. Tout s’effondre. Les individus paient les pots cassés. Les retraites s’étiolent, le système de santé implose, l’éducation nationale est en déshérence. La faillite de la Grèce est une preuve de plus, s’il en fallait, que les véritables incapables sont les politiciens.

Les politiciens n’ont aucune pudeur. Pour, disent les hommes de l’Etat, sauver le pays de la faillite, il faut une politique de rigueur. Rigueur veut dire dans leur jargon spolier davantage les individus. Il faut réduire les retraites, les soins, les salaires des fonctionnaires, payer des impôts, des taxes. Bref accroître la spoliation. Les fonctionnaires et tous ceux qui vivent de l’Etat devraient méditer l’exemple qu’ils ont sous les yeux. Même eux ne sont pas à l’abri de la ruine en cas de faillite de leur employeur.

Bien inconsidérément, les individus avaient fait confiance aux hommes de l’Etat et « cotisé » toute leur vie pour « avoir droit à ». Ils se sentent trahis. Les Grecs ne sont pas d’accord pour payer. On peut les comprendre Ils descendent dans la rue. Ils n’ont pas vraiment d’autre possibilité.

« Quand l’Etat se charge de tout, il devient responsable de tout. Sous l’empire de ses arrangements artificiels, un peuple qui souffre ne peut s’en prendre qu’à son gouvernement et son seul remède comme sa seule politique est de le renverser » (F. Bastiat - Services privés. Services Publics.

C’est ce qui ce passe en Grèce actuellement. Cela veut dire que la société de spoliation est naturellement conflictuelle. Les totalitaires durs sont à l’affut. Ainsi les « groupuscules d’extrême gauche », pour qui la guerre civile est délibérée, nécessaire et fait partie de la stratégie, par ce que l’unique moyen d’arriver au pouvoir. Elle assure le nettoyage des ennemis de classe, elle doit donc être provoquée. Les cocktails Molotov dans une banque ne doivent rien au hasard ni à « l’exaspération des travailleurs ».

« Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but,(garantir les droits inaliénables) le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. » (Déclaration d’indépendance des Etats-Unis 4 juillet 1776).

Mais la guerre civile n’est pas inévitable.

Il ne faut pas demander aux hommes de l’Etat de rétablir une situation dont ils sont responsables. C’est une erreur d’attendre le salut des hommes politiques. Pire c’est une faute. Parce que c’est récidiver dans l’erreur.

Que faire ? Il faut revenir aux fondamentaux.

« Quant à nous, nous pensons que l'État, ce n'est ou ce ne devrait être autre chose que la force commune instituée, non pour être entre tous les citoyens un instrument d'oppression et de spoliation réciproque, mais, au contraire, pour garantir à chacun le sien, et faire régner la justice et la sécurité ». (F. Bastiat l’Etat).

Il ne faut jamais oublier que les individus ont des droits naturels que ceux-ci leur ont été confisqués par l’Etat. Ces droits « naturels et imprescriptibles (…) sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. » (Art II Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen 1789). Ou, comme disent les Américains

« Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. » (Déclaration d’indépendance des Etats-Unis 4 juillet 1776).

Cela peut se résumer par :

« Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l'homme. » (Frédéric Bastiat La Loi)

Il faut revenir a la propriété

« droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, » (Art XVII de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen 1789)

Il faut rendre à l’individu ses droits naturels.

La bonne solution consiste à liquider l’Etat tel que nous le connaissons, pour, a supposer que l’Etat doive continuer d’exister, le recentrer sur ses activités de base.

« la Loi, c'est la Justice. Il n'est pas vrai que le Législateur ait sur nos personnes et nos propriétés une puissance absolue, puisqu'elles préexistent et que son œuvre est de les entourer de garanties. Il n'est pas vrai que la Loi ait pour mission de régir nos consciences, nos idées, nos volontés, notre instruction, nos sentiments, nos travaux, nos échanges, nos dons, nos jouissances. Sa mission est d'empêcher qu'en aucune de ces matières le droit de l'un n'usurpe le droit de l'autre. »

« La Loi, c'est l'organisation du Droit naturel de légitime défense; c'est la substitution de la force collective aux forces individuelles, pour agir dans le cercle où celles-ci ont le droit d'agir, pour faire ce que celles-ci ont le droit de faire, pour garantir les Personnes, les Libertés, les Propriétés, pour maintenir chacun dans son Droit, pour faire régner entre tous la Justice ». (F. Bastiat La loi)

Les Grecs ne sont pas en faillite. Il faut privatiser. C'est-à-dire rendre aux gens tous ce que l’Etat leur a confisqué, pour le restituer à leurs propriétaires naturels et légitimes les individus. Il faut vendre tous les actifs non indispensables aux fonctions régaliennes de l’Etat. Les Grecs ont les moyens. Il paraît que 40% de leur PIB provient de l’économie libre (« clandestine » en Novlangue), et que les Grecs fortunés investissent en masse à l’étranger, à Londres en particulier. Il y a un terreau fertile. L’histoire a montré que malgré des années de communisme les individus retrouvaient bien vite leurs bons réflexes naturels pour peu qu’on leur donne rapidement la liberté économique. La Grèce part de moins loin. Un individu est économiquement libre quand il peut entièrement contrôler son travail et sa propriété. La liberté économique engendre croissance et prospérité, elle réduit le chômage et profite à tous les individus, même et surtout aux plus faibles. Le Cercle Frédéric Bastiat l’a bien montré lors du « Week-end Liberté » qu’il a organisé en 2009. Tous les pays qui libèrent leur économie vont mieux, et de mieux en mieux. Les marchés, les spéculateurs et les agences de notation le savent et dans un monde sans protectionnisme, ouvert, où règne la mondialisation, ils auront tôt fait de revenir dans un pays bien noté. Pour que les individus puissent être totalement libres et responsables il faut qu’ils jouissent de l’intégralité de leurs revenus (salaire complet) et que la spoliation d’Etat soit minimale (Flat-tax).

Laissons le mot de la fin à Frédéric Bastiat :

« Dieu a mis aussi dans l'humanité tout ce qu'il faut pour qu'elle accomplisse ses destinées. Il y a une physiologie sociale providentielle comme il y a une physiologie humaine providentielle. Les organes sociaux sont aussi constitués de manière à se développer harmoniquement au grand air de la Liberté. Arrière donc les empiriques et les organisateurs! Arrière leurs anneaux, leurs chaînes, leurs crochets, leurs tenailles! Arrière leurs moyens artificiels! Arrière leur atelier social, leur phalanstère, leur gouvernementalisme, leur centralisation, leurs tarifs, leurs universités, leurs religions d'État, leurs banques gratuites ou leurs banques monopolisées, leurs compressions, leurs restrictions, leur moralisation ou leur égalisation par l'impôt! Et puisqu'on a vainement infligé au corps social tant de systèmes, qu'on finisse par où l'on aurait dû commencer, qu'on repousse les systèmes, qu'on mette enfin à l'épreuve la Liberté, — la Liberté, qui est un acte de foi en Dieu et en son œuvre. » F Bastiat La loi)

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Patrick de Casanove est docteur en médecine. Il exerce à Ondres, commune du département des Landes dont il a été maire de 1995 à 2001. Il est secrétaire général du Cercle Bastiat.