Les variables sont : qui est spolié, à quelle hauteur, et au profit de qui. A ce jeu là tout le monde perd. 

« L’État ne peut avoir beaucoup d’argent qu’en épuisant tout le monde et les masses surtout » (Frédéric Bastiat, dans « Justice et fraternité »).

Il est temps de redécouvrir Frédéric Bastiat, économiste et humaniste français du XIX° siècle. Ses idées sont d’une étonnante actualité.

Aussi surprenant que cela paraisse, dans « Justice et fraternité », il avait prévu l’Etat providence, son extension sans fin, son évolution, y compris vers ce que l’on appelle aujourd’hui « les 35 heures » et le « SMIC ».  Il annonçait sa faillite inéluctable dans les déficits et la dette. Dans « Harmonies économiques, des salaires » il prévoyait la création de la Sécu… et son éternel déficit. Dans« Maudit argent », et « Gratuité du crédit, 12° lettre » il mettait en garde contre la banque centrale aux mains des politiques, la planche à billet et l’inflation.

Fort heureusement, il y a dans son œuvre des conseils avisés pour sortir la France de la crise actuelle. Conseils à contre courant de la pensée unique :  

« L’Absence de Spoliation, — c’est le principe de justice, de paix, d’ordre, de stabilité, de conciliation, de bon sens que je proclamerai de toute la force, hélas! bien insuffisante, de mes poumons, jusqu’à mon dernier souffle. » (Frédéric Bastiat dans « La Loi »).

Comment mettre en place cette absence de spoliation en notre XXIème siècle ? Dans un pays où l’Etat prélève 56% du PIB, il n’y a que l’embarras du choix. Le pouvoir d’achat à restituer aux Français se trouve là. Les politiques nous ont mis dans une situation dramatique avec déficits permanents et dette abyssale. Il y a peu de chance qu’ils nous en sortent. Par conséquent il faut rendre aux Français leur autonomie matérielle, réduire les prélèvements obligatoires et la dépense publique, en d’autres termes privatiser : 

« La fonction publique, la fonction privée, ont toutes deux en vue notre avantage. Mais leurs services diffèrent en ceci que nous subissons forcément les uns et agréons volontairement les autres; d’où il suit qu’il est raisonnable de ne confier à la première que ce que la seconde ne peut absolument pas accomplir ». (Frédéric Bastiat dans « Profession de foi électorale à MM. Les électeurs de l’arrondissement de Saint-Sever »). 

« J’entends par propriété le droit qu’a le travailleur sur la valeur qu’il a créée par son travail » (Frédéric Bastiat dans « La Loi »). 

La première propriété à restituer aux Français, c’est l’intégralité de leurs revenus. Pour un salarié, cela s’appelle le salaire complet. Dans notre pays, il est largement supérieur au salaire net avec lequel nos compatriotes sont habitués à vivre. Il faut y ajouter les charges dites patronales et les charges dites salariales. Cette division est une illusion. Dans les faits elles sont prélevées sur le travailleur. Raisonner à partir du salaire complet ouvre des perspectives inimaginables avec le système actuel. Il suffit de prendre sa feuille de paie pour le constater et percevoir l’immense horizon qui s’ouvre alors. Par exemple, si les travailleurs disposent de la totalité de leur salaire, ils peuvent choisir, pour leur assurance maladie et leur retraite, entre des prestataires mis en concurrence. Ils peuvent ainsi s’assurer mieux et à meilleur compte. Ils peuvent même changer de prestataire si les prestations diminuent et les cotisations augmentent. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

La deuxième propriété à restituer est mieux connue. Il s’agit la libre disposition de la propriété foncière et immobilière. Les règlements d’urbanisme draconiens et malthusiens engendrent et organisent la pénurie de logements et la hausse des prix. Les plus modestes ont des difficultés à se loger, et maintenant cette difficulté touche les classes moyennes. Avec le libre usage de la propriété foncière, chacun fait ce qu’il veut avec ce qu’il a, aux conditions de ne pas nuire aux voisins et de supporter tous les frais.

L’absence de spoliation et le respect de la Propriété se traduiront par  « une contribution unique, proportionnelle à la propriété réalisée» (Frédéric Bastiat  dans « Justice et fraternité »).  

Aujourd’hui nous dirions la « flat tax ». Il n’y aura plus de niches, d’exemptions, de cas particulier etc. Les impôts et taxes indirects n’auront plus de raison d’être. Les Français paieront les produits et services à leur véritable valeur. Pour en avoir une idée il suffit que chacun enlève le montant de la TVA et ses achats ou, plus facile, divise par trois le prix des carburants. Les Français sauront alors ce que leur coûte vraiment leur Etat. Quel que soit le prélèvement considéré, il est toujours au final, payé par l’individu. Les impôts sur les entreprises ne sont pas payés par l’entreprise mais bien par le consommateur des produits et services créés par la dite entreprise.

La Nation se maintient dans ses fonctions régaliennes, garantit la sécurité, assure la justice et veille au respect des contrats. 

«Toutes les forces du gouvernement étant appliquées à prévenir et à réprimer les dols, les fraudes, les délits, les crimes, les violences, il est à croire qu’elles atteindraient d’autant mieux ce but qu’elles ne seraient pas disséminées, comme aujourd’hui, sur une foule innombrable d’objets étrangers à leurs attributions essentielles. » (Frédéric Bastait dans « Justice et Fraternité »).

Salaire complet, libre usage de la propriété foncière, « flat tax », ces trois items concernent la totalité des Français. Les leur soumettre leur donnerait un véritable choix, et animerait la présidentielle sur des sujets de fond, dont les conséquences vont bien au-delà de ces simples propositions.

Patrick de Casanove est docteur en médecine. Il exerce à Ondres, commune du département des Landes dont il a été maire de 1995 à 2001. Il est secrétaire général du Cercle Bastiat. qui organise son 3ème week-end de la liberté au début du mois de Juillet sur le thème "La souveraineté de l’individu et la coopération spontanée".