Déficits : le contresens de l'austérité
Par Jean-Louis Caccomo le jeudi 9 février 2012, 09:39 - Article - Lien permanent
Nous restons prisonniers d'un contresens qui conduit à considérer que l’équilibre des finances publiques est menacé par la faiblesse de la croissance, alors que c’est notre incapacité structurelle à maîtriser les finances publiques qui compromet encore et toujours le retour de notre croissance.
Dans le monde ouvert et turbulent tel qu’on le connaît aujourd’hui, le sens et l’objectif de véritables réformes devraient être une diminution du niveau global des prélèvements tant il est acquis qu’au-delà d’une certaine pression fiscale (le poids des impôts) et sociale (le poids des charges) que nous avons allègrement dépassé, c’est toute l’économie qui risque l’implosion, emportée par de puissants effets d’éviction qui sont l’équivalent économique des trous noirs cosmiques.
De même qu’une dette soutenable est une dette stable, des finances publiques maîtrisées se doivent d’être stabilisées. L’inflation qui ronge insidieusement le pouvoir d’achat, que l’on prétend préserver par ailleurs, provient en dernière instance d’une multiplication des prélèvements.
Que ces prélèvements soient directs, indirects ou ponctionnés à la source, ils amputent toujours et seulement le revenu disponible des ménages, produisant le même effet qu’une monnaie dépréciée par l’inflation. En effet, si des prélèvements de toute sorte s’abattent sur votre revenu au moment où on vous le distribue (impôt sur le revenu) ou au moment où vous l’utilisez (taxes), le pouvoir d’achat et les capacités d’épargne sont irrémédiablement compromis. Ce sont alors les deux principaux moteurs de la croissance – la consommation et l’investissement - qui sont ainsi atteints. C’est pourquoi si l’on admet que l’inflation est un impôt déguisé, il est tout aussi vrai de considérer que l’impôt est aussi une inflation déguisée.
Dans ce contexte, la réforme consiste à baisser cette pression générée par des prélèvements à la dérive. Or pour stopper structurellement la dérive des prélèvements, il faut réduire la progression des dépenses publiques dans la mesure où les prélèvements constituent les recettes publiques permettant de financer les dépenses publiques. Tel est le véritable sens d’une réforme. Or qu’entend-on aujourd’hui ? Pour financer les réformes en cours, il faut s’attendre à une hausse des taxes (ou la création de nouvelles taxes comme la T.V.A. sociale) et des impôts.
Hélas, la progression prévisible des prélèvements est plus le signe inquiétant et la conséquence de l’absence de réformes que de sa mise en œuvre.
Encore une fois, nous restons prisonniers de ce contresens qui conduit à considérer que l’équilibre des finances publiques est menacé par la faiblesse de la croissance alors que c’est notre incapacité structurelle à maîtriser les finances publiques qui compromet encore et toujours le retour de notre croissance.
Reconnaissons cependant que le gouvernement actuel met tout en œuvre pour éviter une hausse des prélèvements directs, période électorale oblige. Mais qu’en sera-t-il au lendemain des élections ?
Il y a fort à parier qu’en l’absence d’une véritable rupture avec les pratiques politiques qui se sont enracinées chez nous depuis plus de vingt années, le futur président décidera de mettre en œuvre de nouveaux prélèvements pour financer sa politique.

Jean-Louis Caccomo est maître de conférence en sciences économiques à l'Université de Perpignan
Commentaires
Il n'y a que les marchés (i.e épargnants et financeurs) qui peuvent faire infléchir la politique de la France, je le crains. Il ne faut pas attendre grand chose des électeurs. C'est parce que les épargnants (en direct ou via les sociétés qui collectent et gèrent l'épargne), inquiets, ont dit stop au financement des Etats déjà surendettés que ces derniers ont bougé. Il reste du chemin à faire malgré tout : baisser la dépense publique plutôt que taxer davantage et faire de vrais réformes structurelles susceptibles de redonner du tonus au secteur privé. La route est longue!
L'exemple récent de la Grèce nous rappelle que même sous la pression des marchés et des épargnants, les gouvernements préfèrent augmenter les prélèvements que de baisser les charges qui pèsent sur la production de richesse; et quand bien même cette politique donnerait des résultats désastreux, il convient de la poursuivre, toujours plus d’impôts et seulement des promesses de reformes.
Force est de constater que nous sommes revenus au point ou se trouvait l'Ancien Régime a la deuxième moitie du XVIII ieme siecle: incapables de se reformer, les reformes de Turgot sabotées par les potentats locaux, le regime est conduit a toujours plus d'acrobaties pour remplir les caisses de l'Etat, jusqu'au jour ou la machine rompt.
Difficile d'etre optimiste.