Dans le monde ouvert et turbulent tel qu’on le connaît aujourd’hui, le sens et l’objectif de véritables réformes devraient être une diminution du niveau global des prélèvements tant il est acquis qu’au-delà d’une certaine pression fiscale (le poids des impôts) et sociale (le poids des charges) que nous avons allègrement dépassé, c’est toute l’économie qui risque l’implosion, emportée par de puissants effets d’éviction qui sont l’équivalent économique des trous noirs cosmiques.

De même qu’une dette soutenable est une dette stable, des finances publiques maîtrisées se doivent d’être stabilisées. L’inflation qui ronge insidieusement le pouvoir d’achat, que l’on prétend préserver par ailleurs, provient en dernière instance d’une multiplication des prélèvements.

Que ces prélèvements soient directs, indirects ou ponctionnés à la source, ils amputent toujours et seulement le revenu disponible des ménages, produisant le même effet qu’une monnaie dépréciée par l’inflation. En effet, si des prélèvements de toute sorte s’abattent sur votre revenu au moment où on vous le distribue (impôt sur le revenu) ou au moment où vous l’utilisez (taxes), le pouvoir d’achat et les capacités d’épargne sont irrémédiablement compromis. Ce sont alors les deux principaux moteurs de la croissance – la consommation et l’investissement - qui sont ainsi atteints. C’est pourquoi si l’on admet que l’inflation est un impôt déguisé, il est tout aussi vrai de considérer que l’impôt est aussi une inflation déguisée.

Dans ce contexte, la réforme consiste à baisser cette pression générée par des prélèvements à la dérive. Or pour stopper structurellement la dérive des prélèvements, il faut réduire la progression des dépenses publiques dans la mesure où les prélèvements constituent les recettes publiques permettant de financer les dépenses publiques. Tel est le véritable sens d’une réforme. Or qu’entend-on aujourd’hui ? Pour financer les réformes en cours, il faut s’attendre à une hausse des taxes (ou la création de nouvelles taxes comme la T.V.A. sociale) et des impôts.

Hélas, la progression prévisible des prélèvements est plus le signe inquiétant et la conséquence de l’absence de réformes que de sa mise en œuvre.

Encore une fois, nous restons prisonniers de ce contresens qui conduit à considérer que l’équilibre des finances publiques est menacé par la faiblesse de la croissance alors que c’est notre incapacité structurelle à maîtriser les finances publiques qui compromet encore et toujours le retour de notre croissance.

Reconnaissons cependant que le gouvernement actuel met tout en œuvre pour éviter une hausse des prélèvements directs, période électorale oblige. Mais qu’en sera-t-il au lendemain des élections ?

Il y a fort à parier qu’en l’absence d’une véritable rupture avec les pratiques politiques qui se sont enracinées chez nous depuis plus de vingt années, le futur président décidera de mettre en œuvre de nouveaux prélèvements pour financer sa politique.

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Jean-Louis Caccomo est maître de conférence en sciences économiques à l'Université de Perpignan