Plusieurs mérites sont à considérer dans ce rapport, tel que résumé dans Le Figaro. Le premier mérite de cette réflexion du FMI revient à souligner l'importance, sans précédent en temps de paix, de tels niveaux d'endettements. Le second mérite est, considérant l'état calamiteux des finances publiques de la plupart des pays occidentaux, d'inviter à réfléchir à une solution radicale et définitive, faisant enfin table rase du passé, pour permettre à nos économies de repartir sur des bases saines.

Les chiffres des déficits et de l'endettement des principales économies nationales sont connus et le lecteur les aura certainement en mémoire. C'est sur le second mérite que je souhaiterais m'arrêter.

Mais tout d'abord un point de sémantique doit être éclairci : le titre de l'article mentionne un impôt sur le capital. Voilà de quoi rendre sympathique la proposition auprès de la majorité des électeurs qui ne s'identifie certainement pas aux capitalistes. Or nous lisons plus loin qu'il s'agirait d'un impôt sur l'épargne des ménages. Cela nous rappelle alors une proposition récente, pour sauver les banques chypriotes, de faire contribuer tous les détenteurs d'un dépôt bancaire à Chypre par un prélèvement d'environ dix pour cent également, sur les dépôts en banque. Le public dans ce cas là sut manifester efficacement son opposition. Nous voyons ici dans la proposition du FMI un troisième mérite : dans une démocratie, dont l'origine tient à la nécessité pour les monarques d'obtenir le consentement des sujets à l'imposition pour le financement des charges publiques, il est indispensable que la majorité ne puisse décider des dépenses publiques à son profit et à en reporter la charge sur la minorité.

Ce principe élémentaire, non pas seulement de bon gouvernement, mais de morale, pour éviter que l'impôt ne soit qu'un simple vol légal, ne faisait guère de discussion avant la domination du socialisme sur les esprits. Ainsi, dans un compte rendu2 paru en 1910 du Cours d'économie politique de Charles Gide publié l'année précédente, on lit que :

Gide est partisan de l'impôt global et progressif sur le revenu, mais à la condition qu'il soit universel, qu'il frappe tout citoyen jusqu'au plus humble salarié, et qu'il ait pour unique but « d'établir une proportion plus exacte que la simple proportionnalité arithmétique ».

Et de citer Charles Gide :

Mais, s'il devait avoir pour but de rejeter sur les classes riches la totalité des dépenses publiques et d'en décharger complètement la classe salariée, il aurait au point de vue politique des conséquences inquiétantes...

C'est en raison de ce dernier mérite que tous les électeurs peuvent mesurer la gravité de nos finances, et surtout des politiques suivies, à droite et surtout à gauche, et basées sur les promesses électorales ou autres « projets pour la France », mots qui ne sont que des euphémismes pour « achat de clientèle ». L'analyse détaillée des différents programmes de nos Etats-providences, et surtout de leur impact global sur notre prospérité, n'est pas aisée à entreprendre si l'on n'est pas économiste. Ne ne considérant que son intérêt immédiat, l'électeur ne discerne pas que, selon le mot d'Anthony de Jasay, il y a en fait « brassage à vide »3 : sous la complexité des différents prélèvements, les effets d'incidence, l'opacité du système, et, faut-il l'ajouter, le coût de fonctionnement de la machine administrative nécessaire pour gérer l'Etat-providence, personne ne peut réellement être sûr d'être gagnant à long terme de la machine redistributrice. C'est pourquoi les auteurs du rapport sur les finances publiques peuvent être remerciés puisque l'addition présentée montre de manière frappante au public les « conséquences inquiétantes » évoquées par Charles Gide, des politiques démagogiques.

Pourtant la proposition de taxer nos épargnes est inacceptable. Les rédacteurs du rapport citent cependant des précédents historiques, se basant sur des travaux de Barry Eichengreen pour le compte du gouvernement italien dans les années 1980, or tous ces précédents, qu'il s'agisse de simples propositions jamais adoptées ou de mesures décidées, sont liés à la guerre. En effet, les gouvernements ont systématiquement recours au financement des guerres par l'emprunt (et l'inflation), et l'on pourrait admettre la maxime Salus populi suprema lex est4 parce que la vie et l'indépendance de la nation sont en jeu, et que ces sources de financement sont indispensables en plus de l'impôt. Ce doit être parce que ce caractère inacceptable est bien compris que les auteurs comparent la crise actuelle à une situation de guerre. Si l'on en croit Le Figaro :

De tels niveaux d'endettement sont sans précédents, si ce n'est au lendemain des grandes guerres. Mais ne vient-on pas de vivre une crise économique aussi destructrice qu'un conflit armé ? Alors, à la guerre comme à la guerre: et si l'on proposait une mesure « one off », en anglais, « one shot » comme on dit en « franglais », ou encore « une fois pour toute » en vrai français, avec la promesse qu'on ne recommencera jamais plus ?

Ce genre de parallèle n'est pas pour surprendre lorsque l'on sait que ce sont les périodes de crise et de guerre qui permettent aux Etats d'accroître leurs pouvoirs et leur emprise sur la société.5 Mais est-il besoin de mesures précises pour voir que cette comparaison est déplacée ? Et, alors même que le traité de Maastricht disposait qu'aucun Etat ne devait prendre en charge les dettes d'un autre Etat membre, ou interdisait à la Banque centrale européenne de monétiser la dette publique, sans parler des procédures contre les Etats ayant un déficit excessif, chacun aura pu voir que ces principes n'ont pas offert de résistance aux décideurs politiques qui ont sans doute dû se rappeler la maxime latine précitée, mais hélas modernisée. Dans ces circonstances il est imaginable que cette « promesse qu'on ne recommencera jamais plus » ne soit crue de personne.

Une proposition iconoclaste alternative : répudions la dette publique

Aussi, inspiré par le caractère iconoclaste de la proposition du FMI, je songeais à une proposition tout aussi iconoclaste faite en conclusion d'un article populaire du professeur Rothbard : répudier la dette publique.6 Par une extraordinaire coïncidence, le jour même de la parution de l'article du Figaro, le Ludwig von Mises Institute proposait dans son blog Circle Bastiat un ancien papier du même professeur Rothbard et consacré spécialement à cette question : « Répudier la dette publique ».7

A sa première lecture l'idée de répudier la dette publique semble choquante, surtout pour un libéral, attaché par conséquent à ce principe fondamental du respect des contrats, ainsi qu'à l'ancien étudiant en droit se rappelant de l'article 1134 du code civil disposant que « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites ».

Pour clarifier tout d'abord les principes en jeu, Rothbard analyse le mécanisme de la dette privée, contrat tout à fait légitime et donc liant les parties. Mais l'achat d'un titre de dette publique, où le prêt d'une somme d'argent à l'Etat, ne saurait aucunement être comparé au contrat de dette privé pour la raison fondamentale suivante : dans un contrat privé, le débiteur qui bénéficie du prêt devra rembourser son créancier, ou plutôt selon Rothbard, lui restituer sa propriété, grâce aux ressources qu'il aura gagnées sur le marché libre en vendant son travail ou les fruits de son travail. Dans un contrat de dette publique au contraire, l'Etat débiteur ne produit aucun service vendu librement sur le marché et il est clair dès l'origine que le remboursement de ses créanciers ne pourra se faire que par le produit de l'impôt. Autrement dit, le remboursement n'est possible que par la coercition d'un tiers au contrat, qui remboursera, lui, le créancier. L'impôt, pour Rothbard, est un vol légal, et celui qui prête une somme d'argent à l'Etat se fait le complice de ce vol. L'économiste américain Jeffrey Rogers Hummel, qui s'est très tôt intéressé à la question de la dette, écrivait déjà en 1981 que :

Si l'impôt est effectivement un vol, les détenteurs de titres de dette publique ne sont moralement aucunement différent d'un groupe d'investisseurs ayant prêté des fonds pour financer les opérations d'un gang de voleurs.8

L'étude des principe généraux de droit confirme la justesse de cette analyse9. Le code civil français par exemple, dans son article 1108 énonce parmi les quatre conditions de validité d'une convention l'existence d'une « cause licite dans l'obligation ». Concernant la cause, l'article 1131 dispose que « l'obligation sans cause, ou sur une fausse cause, ou sur une cause illicite, ne peut avoir aucun effet ». L'article 1133 du même code précise que « la cause est illicite, quand elle est prohibée par la loi, quand elle est contraire aux bonnes mœurs ou à l'ordre public ».

Les étudiants en deuxième année du droit ont tous été soumis à rude épreuve par l'étude de cette question de la cause, et des diverses théories avancées, des causalistes aux anti-causalistes. Il suffira ici de comprendre qu'un contrat qui prévoit par exemple de répartir le butin d'un pillage (pour reprendre une illustration donnée par Rothbard dans son texte) sera nul puisqu'il suppose un acte interdit par le code pénal. De même, le remboursement par l'Etat de la dette publique repose nécessairement sur l'usage de la coercition sur les citoyens, opportunément rebaptisés contribuables ou encore redevables. Certes, le particulier ou l'investisseur n'aura probablement pas songé qu'en prêtant des fonds à l'Etat il participe de l'usage de la contrainte, mais pourtant, en principe il se rend complice et se trouve bénéficiaire de la violence. Hummel, dans « The trillion dollar question » répond à l'argument de l'innocence de l'investisseur, soit qu'il ignorait l'aspect « vol » de l'impôt soit qu'il refuse ce caractère à l'impôt. Cela ne change rien, nous explique-t-il, et en se servant de ces analogies :

Faut-il excuser ceux qui, avant la guerre de sécession, avaient investi dans l'esclavage dès lors qu'ils croyaient honnêtement que l'esclavage état la condition appropriée pour les Noirs ? Si les investisseurs dans une entreprise de voleurs pensent que voler est une activité morale, ils ne sont néanmoins pas en droit de toucher leur part du butin.

Puis, d'ajouter, malicieusement :

Les créanciers du gouvernement ont encore moins d'excuses parce que, s'il est possible de prêter de l'argent à des voleurs sans connaître l'origine de leurs revenus, presque personne n'ignore que l'Etat perçoit des impôts.

Aussi, entre la proposition iconoclaste du FMI aux termes de laquelle chaque épargnant – innocent et tierce partie à la transaction – devrait être taxé à hauteur de 10 % de son épargne au profit de ceux qui ont prêté à l'Etat sachant que leur remboursement repose sur une spoliation, d'une part, et d'autre part la proposition tout aussi iconoclaste du professeur Rothbard, qui protège le citoyen innocent et fait perdre au prêteur imprudent ses fonds, il est loisible de deviner où est la justice10 et ce que choisiraient les électeurs s'ils étaient consultés, par referendum par exemple.

Les conséquences économiques d'une répudiation

Nous n'avons pas mentionné les conséquences économiques d'une telle répudiation de la dette. Rothbard admet certes qu'elle serait un choc, mais au total, les conséquences devraient être largement positives, pour deux raisons.

Tout d'abord, la répudiation de la dette publique libérerait le citoyen-contribuable d'une lourde charge et permettrait à l'épargne de se reconstituer. Or, l'épargne est le fondement des investissements productifs, et donc via l'amélioration de la productivité du travail (car utilisant des capitaux plus importants), l'élément indispensable à la progression des salaires réels.

Ensuite, et en réponse à l'argument selon lequel une telle répudiation signifierait la fin du crédit public et donc de la possibilité d'emprunter à bas coût pour l'Etat, Rothbard explique qu'il s'agit plutôt là d'une chance. En effet, privé de cette ressource indolore, les gouvernants se verront contraints de réduire la voilure de l'Etat et de ramener les dépenses à hauteur des impôts qu'il pourra faire accepter de l'électorat. Ce qui revient à mettre en œuvre, selon une expression heureuse attribuée à David Friedman, un amendement « avec des dents »11 imposant l'équilibre budgétaire. L'épargne cessera d'être divertie vers le financement des dépenses improductives de l'Etat, mais pourra être investie dans les entreprises productives, au bénéfice de la prospérité générale. C'est là l'envers des effets néfastes de l'emprunt public qui, détournant l'épargne des investissements productifs, hausse les taux d'intérêts d'une part, et, d'autre part, en impliquant un taux de prélèvement fiscal accru, ralentit la formation du capital.12 Encore faut-il constater que les Etats ayant fait défaut sur le paiement de leur dette ont souvent pu, mais à un taux d'intérêt supérieur, à nouveau trouver des prêteurs.

La théorie économique, au sens de la science de la cause de la richesse des nations, montre donc les effets bénéfiques généraux d'une telle répudiation. Mais il s'agit là des conséquences à long terme que l'on peut attendre de cette option.

Cependant, et à court terme, il convient de prendre en considération le monde actuel de la finance et l'importance qu'y jouent les obligations d'Etat. La prudence s'impose alors. La tentation est donc grande de se borner à signaler, à l'instar des auteurs du rapport sur les finances publié par le FMI, cette option rarement discutée, et d'inviter les gouvernements et les économistes à se pencher sur cette étude,13 sans cependant se focaliser uniquement sur le choc de court terme, mais aussi d'analyser les perspectives bénéfiques et les opportunité de réformes, du système monétaire aux dispositifs de retraites.

Certains aspects peuvent être évoqués. La question de l'appauvrissement immédiat des créanciers se pose. Jeffrey Hummel estime que les conséquences bénéfiques sur la valorisation des actifs privés, dès lors que les acteurs anticipent correctement les effets négatifs des impôts nécessaires pour rembourser la dette publique, compenseront en terme de richesse la perte sur les actifs publics. Certes, cette « équivalence ricardienne » n'est pas assurée et l'effet ressenti sur la valeur du patrimoine peut être négatif en cas de répudiation.

L'un des effet secondaire, que mentionne Hummel, concerne le système monétaire : les obligations d'Etat, considérées comme des actifs sans risque, servent de garantie à de nombreuses transactions et sont à la base de la création monétaire, que ce soit au niveau des banques ou de ce que les Anglo-saxons appellent la finance de l'ombre (shadow-banking). Un défaut de paiement des principaux Etats, les Etats-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France ou l'Italie, pourrait entraîner un effondrement financier aussi important qu'en 2007, avec le risque d'une nouvelle intervention des Etats. Ainsi nous avons connu en Europe une panique déclenchée par la crise de la dette publique de la Grèce. Le risque de contagion, via un effet domino, fit les unes des journaux. Pourtant il n'y a aucun effet-domino, entendu en ce sens que des spéculateurs, ayant mis la Grèce à genoux, voudront s'attaquer un à un aux autres Etats, causant l'envolée des taux d'intérêt à offrir sur leurs obligations. En réalité la plupart des Etats souffrent des mêmes difficultés budgétaires que la Grèce, mais à un degré heureusement moindre, et sont donc fragiles parce que leur dette est trop élevée. Mais surtout, les banques des autres pays ont acheté des titres de dette de la Grèce14 et risquaient, en cas de défaut non anticipé, de se trouver insolvables. La BCE en soutenant les cours par ses achats a permis aux banques de se débarrasser de ces actifs réellement « pourris »15

Les banques centrales, surtout la Réserve fédérale aux Etats-Unis, détiennent à leur actif une grande part des bons de Trésor. La répudiation de la dette publique donnera par conséquent, en réduisant la valeur des actifs des banques centrales à presque zéro, l'impression d'une faillite de celles-ci. De même, la valeur des garanties offertes à la BCE par les banques européennes de la zone euro s'effondrera obligeant les banques à rembourser les prêts de la BCE où à lui offrir de nouvelles garanties, faisant peser un risque important sur la solvabilité des banques.

Les conséquences à court terme sont donc potentiellement graves avec un risque de déflation de la masse monétaire. Mais si la Fed par exemple, comme le souligne Hummel, serait techniquement en faillite, c'est une fiction comptable et elle pourrait toujours émettre des dollars tant que cette monnaie doit être utilisée pour le paiement des impôts.16

Mais, et c'est aussi une vertu de cette proposition iconoclaste, cela devrait inciter le public à réfléchir à la fragilité intrinsèque de nos systèmes monétaires confisqués par les Etats depuis la Première guerre mondiale, et reposant sur le papier-monnaie à cours forcé. Cet instrument inflationniste au mains des Etats est facteur de l'instabilité économique, avec l'alternance de périodes de prospérité en partie artificielles, de bulles spéculatives et de récessions.

Un parti politique

Le risque le plus important d'un défaut pèse donc certainement à court terme sur le système bancaire public tel qu'il résulte d'un siècle d'emprise étatique. Ce risque souligne sa fragilité intrinsèque et, depuis la crise de 2007, un certains nombre de mouvements de gauche ont pu se faire entendre en dénonçant les « banksters ». Au delà de leur militantisme anti-libéral, il y a une graine de vérité dans leur dénonciation, hélas mal-dirigée. En effet le secteur bancaire est l'un des plus réglementés et des plus proches du monde politique, puisqu'il le finance en échange de privilèges.17 Mais loin d'être libéral, cette collusion ressort fondamentalement de l'interventionnisme étatique, ce qu'on a appelé le « capitalisme de copinage ».

Aussi, la proposition du FMI ayant été l'occasion de cet article, et qui a le mérite avons-nous souligné, de révéler les risques pesant sur tout-un chacun, pourrait être aussi l'occasion pour un parti politique ne craignant pas le populisme, de revendiquer, d'un point de vue moral, la répudiation de la dette. Le populisme, dès lors qu'il ne repose pas sur les mensonges ou des analyses erronées, peut permettre à certaines idées, étouffées par la classe dirigeante et la grande presse, d'être proposées aux électeurs par un homme ou par une femme assez charismatique pour interdire aux médias de l'ignorer.18 Et, ainsi que l'a noté David Friedman dans son blog19, un parti mettant en avant une idée principale, sinon unique, peut avoir un succès suffisant pour devenir visible, voir influencer l'opinion au point de voir les autres partis reprendre leur thème favori. Le succès récent du parti anti-euro, Alternativ für Deutschland (AfD) qui manque de peu son entrée au Bundestag, où encore le sort des écologistes en France, régulièrement au gouvernement et ayant déteint jusqu'aux partis de droite, le montrent assez. Et l'on se rappelle le succès phénoménal, lors de l'élection de 1992 aux Etats-Unis, de Ross Perot, sur le thème de la dette et du déficit.

Dans le cas précis d'une répudiation de la dette, l'avancée de cette idée permettrait également au système bancaire de se préparer, rendant moins brutale les conséquences d'un défaut. Par ailleurs, et comme le choc de la faillite des principales banques de Chypre en a souligné l'importance, les pouvoirs publics au niveau de l'Europe, pourront accélérer les travaux en cours pour régler le cas des faillites bancaires de sorte que l'ordre juste20 prévale dans l'assomption des pertes, à savoir d'abord les actionnaires, les créanciers ordinaires et en dernier lieu les déposants.21

L'avantage de la répudiation de la dette publique par rapport à la taxation « une fois pour toute », est que les précédents historiques sont plus nombreux22 et que l'un des hommes d'Etat les plus respectés, Thomas Jefferson y attacha son nom, si bien que Rothbard peut décrire sa proposition23 comme « The old drastic Jeffersonian solution ».

Olivier Braun


NOTES

1 - Article de Jean-Pierre Robin publié en ligne le 9 octobre 2013, disponible ici (le lien n'est pas forcément permanent). L'article, consulté à nouveau le 12 octobre a été « mis à jour » avec un titre légèrement différent.

2 - Signé Paul Reboud, Revue d'économie politique, 1910, tome XXIV, page 245.

3 - Voir pour l'analyse détaillée, Anthony de Jasay, L'Etat, la logique du pouvoir politique, traduit en français par Sylvie Lacroix et François Guillaumat et publié aux Belles-lettres en 1994, avec une préface de Pascal Salin, pp. 340 – 355.

4 - Que le salut du peuple soit la loi suprême. Cette maxime du droit public, à Rome et que l'on retrouve à la fin de la Loi des XII Tables et que Cicéron a popularisée vers la fin de la République romaine dans son De Legibus, signifie que les lois politiques particulières (et non pas les droits individuels, normalement) doivent s'effacer s'il s'agit de sauver la patrie. Les différentes lois d'urgence dans nos démocraties, où encore l'article 16 de la constitution de la Vème République, procèdent de cette idée (mais admettent des restrictions aux libertés individuelles).

5 - Voir à ce sujet l'excellent livre de Robert Higgs, Crisis and Leviathan, Oxford University Press, 1987.

6 - Voir dans Murray Rothbard, Making Economic Sense, recueil d'articles populaires publiés dans The Free Market, édité après son décès, page 168 « The Salomon Brothers Scandal », article datant de 1991.

7 - Publié originellement en juin 1992 dans Chronicles. Autre coïncidence : ce texte a été traduit par Marc Lassort et publié en français par l'institut Coppet sur son site Internet, le 3 septembre 2013. Le texte anglais se trouve sur ce lien vers le site mises.org.

8 - Jeffrey Rogers Hummel, « The trillion dollar question : should the national debt be repudiated ? » in Caliber, August-September 1981. Ma traduction.

9 - Il ne s'agit pas dans ce qui suit d'une analyse du droit positif, il est inconcevable qu'un juge, agent de l'Etat, méconnaisse les lois positives édictées par l'Etat concernant la dette publique. Nous voulons montrer, par référence aux principes généraux du droit, tels qu'ils se manifestent dans le code civil (pour les particuliers), ce qu'on peut penser de l'analyse de Rothbard.

10 - L'économiste anglais David Henderson, dans une revue pour le Hoover Institution, Policy Review, mars 2012, d'un livre de Bruce Bartlett consacré à la réforme fiscale, répond ainsi, par une question tant la réponse devrait aller de soi : « Bartlett dit qu'une cessation de paiement ''constituerait une vol grossièrement immoral à hauteurs de trillions de dollars à ceux qui ont prêté de l'argent à l'Etat fédéral, de bonne foi''. Vraiment ? Est-il pire de cesser les paiements aux créanciers ayant pris un risque, que de prendre par de force cet argent à des contribuables n'ayant aucun choix ? » (La traduction et les italiques sont miens. Avant dernier paragraphe de la recension).

11 - Equilibre entre recettes fiscales (et domaniales, etc. hors emprunts) et dépenses. L'expression anglaise est « balanced budget amendment with teeth ». Voir ce post de mai 2012 de David Friedman, « Do Greek Protesters Want a Default ? Should They? » dans lequel il dit ne pas se rappeler avoir prononcé ces mots que Jeffrey Hummel lui a attribué, mais qu'en tous les cas elle est exagérée car un premier défaut ne suffit pas à éloigner les prêteurs et qu'un gouvernement ayant déjà fait un premier défaut sera incité à n'en pas commettre un deuxième.

12 - Voir aussi Hummel, « The trillion dollar question : should the national debt be repudiated ? » in Caliber, August-September 1981.

13 - Jeffrey Rogers Hummel, dans un article récent « Some Possible Consequences of a U.S. Government Default », publié dans Econ Journal Watch vol. 9, janvier 2012, pp. 24-40, disponible en ligne : résumé et article pdf, et reprenant des parties de l'article cité précédemment, se concentre sur les aspects économiques d'une cessation de paiement des USA.

14 - D'ailleurs si les banques ont à leur actif autant de bons du Trésor, il faut y voir un effet pervers de la réglementation dite Bâle II qui différencie différents types d'actifs, dont les soit-disant actifs sain que seraient les obligations d'Etat et qui permettent un effet de levier plus important.

15 - C'est ainsi que Karl Otto Pöhl, ancien chef de la Bundesbank, reprochait à la France d'avoir poussé aux renflouement de la Grèce, via la BCE et le FSE, pour sauver les banques françaises relativement plus exposées. Voir dans le Spiegel, édition internationale, « Former Central Bank Head Karl Otto Pöhl : Bailout Plan Is All About 'Rescuing Banks and Rich Greeks' » disponible en ligne.

16 - Voir Hummel, « Some Possible Consequences of a U.S. Government Default », p. 27. Son inquiétude serait alors que la Fed émette de la monnaie en achetant des titres privés, accroissant ainsi son rôle dans l'allocation de l'épargne. Ce qui invite également a se pencher sur la pratique de l'open market, d'origine anglo-saxonne et dite plus moderne, par rapport à la tradition française de l'utilisation du taux de réescompte, et le réescompte des effets à court terme, préféré par Jacques Rueff.

17Voir par exemple, les analyses de Philipp Bagus, dans La tragédie de l'Euro, L'Harmattan, 2013, au chapitre II, « La dynamique de la monnaie-papier à cours forcé », p. 31 et s.

18 - Encore une idée de Murray Rothbard. Voir traduit en français « Le populisme de droite » sur le site d'Hervé de Quengo.

19 - « How to jump-start a third party » inspiré du succès de l'United Kingdom Independance party (UKIP).

20 - Expression dont je suis redevable à Mme Ségolène Royale mais avec un contenu certes différent.

21 - Pour cette question, en français, on peut consulter les nombreux articles de Vincent Bénard par exemple « La faillite, seul outil efficace de régulation du système financier » de janvier 2010.

22 - Evoqués dans le texte de Rothbard cité et dans les articles de Jeffrey Rogers Hummel, et encore tout récemment par Peter G. Klein dans le Mises daily du 11 octobre 2013, « There Is Life after Default », dont je n'ai eu connaissance qu'après avoir rédiger cette article.

23 - Dans « The Salomon Brother Scandal », in Making Economic Sense, op. cit. p. 170.