La loi des débouchés appartenait, depuis sa formulation explicite par Jean-Baptiste Say dans son Traité d'économie politique, publié en 1803 dans la première jeunesse de cette science, et jusque dans les années 1930, au corpus des principes fermement établis de celle-ci. Les gouvernants peuvent cependant être partiellement exonérés de la charge de négliger la loi de Say, car l'académie depuis 1936, s'en est détournée. Depuis Keynes, elle n'est le plus souvent considérée que comme une relique d'un enseignement dépassé et n'est plus guère comprise.

Lord Keynes est en effet, ce que personne n'ignore, l'auteur d'une véritable révolution dans la pensée économique : depuis sa Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie, les crises de la conjoncture sont analysées comme des crises de la demande globale. Les politiques économiques préconisées par la majorité des éditorialistes et adoptées par les gouvernements depuis la deuxième moitié du vingtième siècle, consistent à stimuler la demande, soit en soutenant la consommation des ménages soit, mais généralement de concert, en augmentant la dépense publique. La contre-révolution monétariste n'a aucunement changé la perception du public ni les réflexes des gouvernements, même si l'unanimité des théoriciens est détruite.

Après avoir exposé la loi des débouchés, plus connue sous le nom de loi de Say, son développement ultérieur, indispensable pour sa compréhension, nous allons voir que, malgré sa remise en cause, elle demeure pourtant essentielle et permet d'expliquer le marasme économique actuel, dont la persistance peut être justement imputée aux politiques économiques décidées dans l'ignorance de son enseignement.

La loi des débouchés2

Cette loi expose, selon les mots de Say, que les produits s'échangent contre des produits. La signification profonde était que le développement de la production en tant que tel ne pouvait engendrer de crise économique, qu'il ne pouvait y avoir d'insuffisance de la demande globale. Les crises économiques suivant la fin des guerres napoléoniennes conduisirent le révérend Malthus, fameux pour sa loi de la population, et l'historien Sismondi, à contester la loi des débouchés et à maintenir que la surproduction était à l'origine des crises. Un débat épistolaire s'engagea entre Ricardo et Say d'une part, défendant la loi des débouchés, Malthus et Sismondi d'autre part.

Dans sa première lettre à Malthus, Say cite Sismondi afin de fixer l'enjeu. Sismondi part de l'observation qu'une crise générale affecte les affaires :

« On verra les preuves de cette surabondance de production qui passe la consommation, de la fabrication qui se proportionne, non point à la demande, mais aux capitaux qu'on veut employer. »3

Or, pour Say, ce que les producteurs veulent réellement, ce sont d'autres produits, en échange de leurs produits ; l'argent n'est que l'intermédiaire des échanges. Il écrit :

« C'est avec le fermage, les intérêts, les salaires, qui forment les profits résultant de cette production, que les producteurs achètent les objets de leur consommation. Les producteurs sont en même temps consommateurs ; la nature des besoins, influant à différents degrés sur la demande des différents produits, favorise toujours, quand la liberté existe la production la plus nécessaire, parce que la plus demandée, c'est dès lors celle qui donnera à ses entrepreneurs le plus de profit. »4

C'est bien de la vente des produits contre de la monnaie, que le pouvoir d'achat des autres produits est possible. Par conséquent, Say, qui ne nie donc aucunement les crises, estime que la cause en est une insuffisance de productions offrant un débouché. L'économiste Steven Kates reproche à Say d'insister sur ce point, et non, comme l'avait fait James Mill, dans son propre exposé de la loi,5 sur le fait que les crises de surproduction partielle sont possibles. La loi des débouchés doit en effet être qualifiée et James Mill faisait mieux ressortir cette qualification cruciale : les biens produits doivent être demandés sur le marché. Les erreurs de prévision des entrepreneurs sont possibles, et certains produits peuvent par conséquent avoir été mis sur le marché en quantités trop importantes, empêchant leur prix de vente de couvrir les frais de production. Les surproductions partielles sont donc possibles, du fait de mauvais calculs des entrepreneurs quant à la demande adressée à leurs produits ; une surproduction générale est impossible, l'idée même est une contradiction.

Dans le chapitre de son Traité sur les débouchés, ainsi que dans ses Lettres, Say insiste, il est vrai, davantage sur l'importance de produire plus pour offrir un marché aux produits qui ne vendent mal, mais il ne méconnait pas la possibilité de mauvais calculs des entrepreneurs, et donc la nécessité de retirer les facteurs de production des domaines subissant des pertes vers les domaines où le taux de profit sont les plus élevés, comme le passage souligné ci-dessus le montre. Dans sa deuxième Lettre à Malthus il précise :

« Une fois pourvus des moyens de produire, les hommes approprient leurs productions à leurs besoins. (…) créer une chose dont le besoin ne se ferait pas sentir, ce serait créer une chose sans valeur : ce serait ne pas produire. »6

Comme la première citation le montre, dans un système de liberté des prix et des mouvements des facteurs de production, bref, dans une économie libre, le mécanisme des profits et pertes doit sinon limiter les erreurs des entrepreneurs, au moins les corriger rapidement. Cela n'exclut pas les frottements, des « froissements » aurait dit Sismondi7, car en effet l'économie n'est pas totalement fluide. Say recherche aussi quels sont les obstacles qui limitent la production et ferment ainsi des débouchés pour les autres produits. Il identifie deux obstacles : les obstacles naturels et les obstacles politiques :

« I]l faut que des causes majeures ou des moyens violents, comme des désastres naturels ou politiques, l'avidité ou l'impéritie des gouvernements, maintiennent forcément d'un côté la pénurie, qui cause l'engorgement de l'autre. Cette cause de maladie politique vient-elle à cesser, les moyens de production se portent vers les routes où la production est demeurée en arrière ; en avançant dans ces voies-là, elle favorise l'avancement de la production de toutes les autres »8

L'absence de fluidité dans l'économie n'invalide pas la loi de Say qui repose sur le fait fondamental que les produits s'échangent contre des produits, et si le mécanisme des profits et pertes génère des mouvements des agents de production, ceux-ci ne sont pas instantanés. Say non seulement reconnait l'existence des crises, mais estime que le bonheur des nations repose sur la recherche et la découverte des causes réelles.9

Digression sur M. Montebourg

Steven Kates souligne avec raison que pour Say, la loi des débouchés avait une importante application pour les échanges internationaux. Parmi les exemples traités par l'économiste français, la difficulté d'exporter les produits, manufacturés en Angleterre, dans des contrées du monde peu productives, figure en bonne place. Parmi les causes formant obstacle à la production, Say cite les droits de douane en Angleterre même qui sont cause de la difficulté artificielle pour les étrangers d'acheter, par leur propre production, les produits anglais. M. Montebourg, avant de porter le titre de ministre du redressement productif, alors qu'il faisait campagne pour être désigné candidat du parti socialiste à l'élection présidentielle, s'était fait remarquer par son hostilité au libre-échange, et ne cachait donc pas son protectionnisme. Say lui dirait que ce n'est pas la bonne voie pour favoriser ce « redressement productif » que nous pouvons souhaiter.

Le Figaro rapporte les propos suivants du ministre10 : « Depuis trente ans, les consommateurs font la loi en Europe et le résultat est un désastre, poursuit-il. Moi, je défends les producteurs. (…) L'UE est la seule à ne pas se défendre de la concurrence déloyale. Nous sommes devenus les idiots du village global. » Pourtant, depuis le Traité de Say, on devrait savoir que l'on ne consomme que parce que l'on a produit.

La loi de Say et l'explication des crises économiques

Ricardo et Say d'un côté, Malthus et Sismondi de l'autre, ont débattu de la validité de la loi des débouchés, sous fond de marasme économique. Les historiens des idées économiques admettent que la victoire des partisans de ce qu'on appellera plus tard la loi de Say, fut sans appel. Elle faisait partie de l'enseignement des classiques : l'idée était admise d'une impossibilité pour la demande globale d'être à l'origine des crises.

Depuis la formulation de Robert Torrens en 1821, qui franchit un pas supplémentaire dans le développement de la loi des débouchés, cette dernière formait en effet la base de la théorie classique des crises économiques. Selon les mots de Torrens :

« L'engorgement d'une marchandise particulière peut occasionner une stagnation générale et entraîner une suspension de la production, non seulement des marchandises produites d'abord en excédent, mais de toutes les marchandises portées sur le marché. »11

Cela parce que les mauvais calculs de certains entrepreneurs quant à la demande future de leurs propres produits ont provoqué des pertes et ce faisant les moyens de la demande de ces industries pour les produits des autres se sont trouvés réduits. D'une crise de surproduction partielle, l'on pouvait tomber dans une crise générale.

Steven Kates, à la suite de William H. Hutt, voit dans la théorie sur les crises élaborée par Frederick Lavington, dans son The Trade Cycle, un exposé particulièrement clair de l'explication des crises économiques par le mécanisme de la loi de Say.12 Voici l'extrait que Kates cite dans son livre13 :

Du fait que la production est organisée par des entrepreneurs indépendants, chacun s'occupant d'une partie spécialisée de la production totale, se pose un autre problème d'une importance fondamentale dans la genèse des cycles économiques. En effet, lorsque la production de chaque groupe sous la direction d'un entrepreneur spécialisé dans la production d'une gamme étroite de produits, chacun doit vendre ses produits contre ceux des autres groupes ; en d'autres termes, la capacité de chacun de commercialiser ses propres produits dépend de la production par d'autres groupes des marchandises avec lesquelles ces produits sont achetés ; sa propre activité dépend de l'activité de tous les autres.

Cette dépendance mutuelle entre les entreprises est plus intime et profonde qu'il n'y paraît si on n'y réfléchit pas. Il est presque littéralement vrai que la production de chaque groupe constituant une industrie constitue un marché pour les produits, non seulement des industries connexes, mais de toutes les autres industries dans le pays. Parce qu'en général, les capitalistes, les entrepreneurs et les travailleurs formant ce groupe sont juste un échantillon de toute la communauté considérée en tant que consommateur, et par conséquent, ils achètent avec le produit de leurs propres activités, une fraction de la production de tous les autres industries. (...)

Afin d'approcher d'un peu plus près les faits sur lesquels repose cette affirmation générale, examinons la situation d'un entrepreneur représentatif dans un moment de dépression marquée, comme actuellement. Le groupe productif sous sa direction fonctionne à basse intensité car il n'a aucune attente raisonnable qu'en produisant davantage, il sera en mesure de vendre sa production supplémentaire. Si l'on demandait pourquoi cette production supplémentaire ne pourrait être vendue, la réponse serait que les consommateurs ne l'achèteraient pas. Si on lui posait ensuite la question (comme il se devrait) de savoir pourquoi les consommateurs n'achèteraient pas, la réponse serait qu'ils n'en ont pas les moyens – car eux-mêmes ne produisent pas.

Dans un problème tel que celui que nous considérons, par conséquent, la partie connue sous le nom de «consommateur» ne possède guère d'existence indépendante. Son véritable nom est « autres producteurs ». En ce qui concerne sa volonté d'acheter, il est une personne réelle, mais en ce qui concerne son pouvoir d'acheter, il doit être considéré au même titre que les autres producteurs. Sa puissance d'agir en tant que consommateur dérive de sa propre activité de producteur, qu'il soit capitaliste, entrepreneur ou travailleur. Cela étant, on peut répondre très simplement à la question initiale. Dans un moment de dépression générale, une entreprise individuelle fonctionne à basse intensité parce que les autres entreprises travaillent à basse intensité. Chacune d'elles est inactive, parce que le pouvoir général de consommer a baissé ; et le pouvoir général de consommer a baissé à cause et en proportion de la baisse générale de l'activité de production. L'inactivité de toutes est la cause de l'inactivité de chacune. Aucun entrepreneur ne peut étendre sa production en toute sécurité tant que les autres entrepreneurs n'accroissent par leur propre production, ou plus exactement et de façon plus significative, aucun entrepreneur ne peut en toute sécurité étendre sa production tant qu'il n'a pas raisonnablement anticipé que les autres seront plus actifs au moment où sa production supplémentaire sera disponible sur le marché.

La révolution keynésienne

La dépression la plus sévère du monde moderne, qui devait durer de 1929 à la seconde guerre mondiale, sembla contredire l'enseignement admis. Keynes, certainement influencé par sa lecture en 1932 de la correspondance de Malthus à Ricardo concernant la loi des débouchés, bâtit sa Théorie générale comme une réfutation de la loi de Say. Cette loi est mentionnée dans son premier chapitre, caricaturée sous la forme « l'offre créé sa demande » et accusée d'être à l'origine de l'incapacité des classiques de concevoir la possibilité même d'une crise économique et d'un chômage involontaire.

Il s'agissait en effet d'une caricature, parce que la loi des débouchés n'a jamais signifié que l'offre créait sa demande grâce aux dépenses en frais de production qui, revenus des membres de la société, devait permettre d'acheter l'ensemble de la production. La loi des débouchés n'a jamais signifié non plus que les crises et le chômage involontaire étaient impossibles, comme la lecture des économistes précédant Keynes l'atteste. Au contraire, elle permettait d'expliquer la survenance des crises économiques, la transmission d'une dépression dans un secteur vers les autres secteurs de l'économie.

Keynes finalement, mais sans l'exposer par référence directe à la controverse ayant opposé les théoriciens de la surproduction aux économistes ayant développé la loi de Say, reprend la question et sa Théorie générale constitue l'appareil permettant de justifier la possibilité de la surproduction, la possibilité d'un équilibre de sous-emploi causé par l'insuffisance de la demande globale. Ses talents de rhétoricien, reconnus depuis son pamphlet contre le traité de Versailles, son charme personnel et surtout l'insistance de la crise qui durait depuis plus de six ans lors de la parution de son ouvrage, ont permis de subjuguer la nouvelle génération d'économistes. Le rôle que ses recommandations politiques donnent aux gouvernements, véritables pilotes de l'économie avec des leviers à leur disposition pour gouverner et se congratuler de leur importance, acheva de convaincre la classe politique dans les années d'après-guerre.

Pourtant, malgré les instruments de « pilotage fin », les crises revinrent en force dans les années 1970 avec la conjonction impossible d'un fort taux d'inflation et d'un chômage croissant. C'est à ce moment que, dans l'académie, la contre-révolution monétariste gagna des adeptes, mais sans que les réflexes keynésiens ne soient abandonnés. Mais, dans l'obscurité ou l'éloignement des centres de pensée, certains avaient toujours résisté à l'appel des théories issues de Keynes, dont William H. Hutt, qui persistait à penser que la loi de Say était vraie et qu'elle expliquait les crises.

L'échec du pilotage fin : la persistance des crises

William H. Hutt a rédigé un remarquable petit livre pour défendre et illustrer la loi de Say : A Rehabilitation of Say's Law. Pour Hutt, la loi de Say étant valide, il fallait rechercher l'origine des récessions dans un dysfonctionnement de l'économie, une incapacité de coordination.

Dès lors qu'il y a des rigidités accumulées dans l'économie, les « froissements » de Sismondi, (typiquement par l'inaction des gouvernements face aux syndicats de travailleurs qui demandent et obtiennent des salaires au-dessus du prix du marché), et dont certaines sont probablement inévitables, la contraction de la production quelque part dans l'économie entraînera une baisse du revenu global. Si par exemple dans un secteur, le prix de facteurs de production apparaît trop élevé aux entrepreneurs par rapport au prix des produits qu'ils anticipent, la demande de ces facteurs baissera. Le mouvement des facteurs de production ne peut être instantané. S'agissant du travail, le chômage se développe. La contribution à la demande des produits et services qui ne sont pas en concurrence avec ce secteur, est diminuée, parce que l'offre est restreinte. Les prix étant rigides, cette réduction de la demande entraînera dans les autres secteurs touchés, une réduction de l'offre et l'inutilisation d'une partie de leurs facteurs de production, ainsi de suite.

Le chômage, ou le sous-emploi, s'installe à court terme. Si les rigidités ne sont que partielles, les facteurs de productions pourraient être absorbées peu à peu dans les secteurs les plus libres. Ils retrouvent un emploi, mais ne sont par conséquent utilisés qu'à satisfaire des besoins sociaux moins urgents. Hutt parle d'emplois sub-marginaux, de gaspillages dans l'économie.14 En revanche, si l'Etat mène une politique de transferts sociaux en faveur des personnes mises au chômage ou encore de soutien aux prix, il subventionne la non-activité. Les économies sont alors en situation de chômage chronique.

Les secteurs concernés réduisent la demande qu'elles adressent aux autres secteurs. Ceux-ci, ne pouvant baisser leurs prix de revient pour qu'ils soient coordonnés aux prix plus bas de leurs produits, afin de demeurer rentable, retirent leurs capacités productives. L'économie est en sous-emploi. C'est la partie négative de la loi de Say.

Nous sommes par conséquent devant une baisse de la demande de chaque industrie pour les produits et service des autres industries. Le climat des affaires est morose et les investissements sont limités. Seule une perspective de restauration des profits pour les entreprises leur redonnerait la confiance pour reprendre les investissements productifs. Seule la flexibilité des prix permettrait à l'économie de retrouver son équilibre et les prix des facteurs de production de se retrouver en adéquation avec les prix des biens et services : les prix libres de baisser, la production augmente, ce qui ajoute à nouveau à la demande des productions des autres secteurs, qui peut se développer. C'est la partie positive de la loi de Say, ce que Hutt appelle « le véritable multiplicateur ».15

Or, non seulement les gouvernements refusent de s'attaquer aux sources des rigidités, mais trouvent plus commodes d'accroître les dépenses publiques, d'imputer au capitalisme les crises et de chercher à le réguler.

Rappelons la citation de Sismondi que nous avons donné au début de cet article :

« On verra les preuves de cette surabondance de production qui passe la consommation, de la fabrication qui se proportionne, non point à la demande, mais aux capitaux qu'on veut employer. »

En soulignant comme ici le deuxième membre de la phrase, nous voyons une vérité, mais qu'il faut appliquer, non au marché libre, qui, par la flexibilité des prix et par le mécanisme fondamental des profits et pertes dirige les facteurs de production vers les emplois socialement souhaités, mais bien aux interventions gouvernementales en cas de survenance d'une crise. Plutôt que de laisser les intéressés procéder aux nécessaires liquidations des projets que la société ne juge pas important, les gouvernements n'ont de cesse d'entraver ce mécanisme et de soutenir l'emploi des « capitaux qu'il veut faire employer » et qui ne sont pas proportionnés à la demande sociale.

Le gouvernement entretient par conséquent un climat hostile aux affaires par :

  • une incertitude budgétaire : les dépenses doivent être financées soit par l'endettement soit par des prélèvements. L'endettement engendre une incertitude sur le climat de la finance des projets privés : il peut signifier une baisse de la valeur de la monnaie si les pressions pour limiter la valeur de la dette par l'inflation et la facilité de la planche à billets l'emporte ; dans un contexte politique favorable au soutien de la consommation, les augmentations des impositions toucheront très probablement surtout les entreprises ;

  • une incertitude réglementaire : les réglementations aggravent les coûts de production mais constituent une nouvelle donnée ; en revanche, l'incertitude réglementaire fait craindre des nouveaux coûts risquant de transformer des profits en pertes et l'adaptation perpétuelle a un caractère usant.

Le développement de l'insécurité juridique : regime uncertainty

Aristote dans son Ethique à Nicomaque avait déjà expliqué la supériorité de la propriété privée sur le communisme : si un acteur sait qu'il ne pourra pas recueillir les fruits de son travail, il ne fournira aucun effort. Les économistes spécialisés dans les questions de développement économique du tiers-monde savent très bien (mais hélas pour les populations concernées qui ont payé et payent les mauvais conseils, cette prise de conscience est relativement récente) que des conditions cadres sont indispensables, au premier rang desquels le respect de la propriété privée, de bonnes lois et la stabilité juridique, ainsi qu'une administration de la justice « raisonnablement bonne ».16

Dans le chapitre précédent son exposé de la loi des débouchés17, Say s'était d'ailleurs déjà attaché, indépendamment des fondements philosophiques du droit de propriété, à étudier du point de vue de l'économie politique, les effets de son existence, dès lors qu'il est garanti : l'encouragement à la multiplication des richesses. Say explique ensuite les différentes manières par lesquels les droits de propriété peuvent être violés. A côté de la spoliation par un pouvoir despotique, il faut ranger les réglementations quant à son usage notamment pour l'industrie, que ce soit dans le choix des moyens ou de l'interdiction de certains emplois, ou encore par la taxation. Tout ce qui viole la propriété entrave la multiplication des richesses. L'incertitude quant au sort que les gouvernements réserveront à la propriété produit les mêmes effets que des violations actuelles.

Même avant que le pilotage fin ne soit théorisé par Lord Keynes, le climat politique, était de plus en plus marqué par l'idée simple, mais perverse : « il faut faire quelque chose ».

Clément Colson, en 1915, dans son analyse des écoles de pensée en économie, conclut après l'étude de l'interventionnisme :

« Il faut se méfier, par-dessus tout, de la fâcheuse tendance à intervenir pour intervenir, qui se résume dans la détestable formule : il faut faire quelque chose, si souvent employée, et qui a engendré tant de sottises. Quand on a trouvé un moyen de remédier à certains maux, il faut l'appliquer ; mais, quand on n'en a trouvé aucun, mieux vaut ne rien faire que de prendre des mesures quelconques, presque toujours plus nuisibles qu'utiles, faute d'avouer l'impuissance de l'Etat. »18

Robert Higgs note de même que « les keynésiens vulgaires ne sont rien d'autre sinon des activistes politiques. Comme Franklin D. Roosevelt, ils croient que le gouvernement doit ''tenter quelque chose'' [il cite Roosevelt, Looking Forward de 1933], et si cela ne marche pas, ''tenter quelque chose d'autre''. Encore mieux, le gouvernement devait essayer plusieurs choses à la fois, et si ça ne marche pas, il faut continuer à y verser de l'argent et essayer encore autre chose ».19

La maxime classique empruntée à la médecine est oubliée : « d'abord, ne pas nuire »20.

Ces prescriptions sont malheureusement méconnues dans les pays développés, comme aux Etats-Unis d'Amérique et en France. L'économiste américain Robert Higgs a développé l'idée que l'une des raisons pour lesquelles la grande dépression a duré si longtemps consiste justement dans cette insécurité juridique provoquée par l'activisme de l'administration Roosevelt, par le climat foncièrement hostile aux entreprises que le pouvoir entretenait. Davantage même qu'une insécurité juridique, il s'agissait, fondamentalement, d'une incertitude sur la nature même du régime économique, qui pourrait tourner le dos au capitalisme libéral, et que l'expression anglaise de regime uncertainty cerne mieux.

En effet, de 1930 à 1940, l'investissement n'a jamais réellement repris aux Etats-Unis, et les investissements sont la majeure partie des dépenses totales. Sur la base de l'analyse de la rhétorique égalitaire et hostile aux milieux d'affaires de la part de Roosevelt et de son administration, des différentes lois adoptées et visant à contrôler et cartelliser l'industrie, le vote d'impositions supplémentaires sur les sociétés, des baromètres de confiance des entrepreneurs, de la politique fiscale, Robert Higgs avance l'hypothèse selon laquelle :

« L'insuffisance de l'investissement privé de 1935 à 1940 reflète une incertitude envahissante parmi les investisseurs au sujet de la sécurité de leurs droits de propriété sur leur capital et le revenu attendu. L'incertitude provient spécialement, mais pas exclusivement, du caractère des actions du gouvernement fédéral et de la nature de l'administration Roosevelt durant le soi-disant second New Deal, de 1935 à 1940. »21

La crise actuelle, baptisée « grande récession » présente des traits similaires, ce qui a conduit R. Higgs a souligner dans des articles récents le rôle que joue le regime uncertainty que la politique des démocrates menés par M. Obama impose au milieux des affaires (sauf pour les entreprises proches du pouvoir et engagées dans les projets préférés du gouvernement, l'économie verte, lucrative en subventions).

Il ne s'agit pas d'une simple incertitude quant à une possible violation des droits de propriété, mais d'une incertitude bien plus profonde. Le caractère des nombreuses réformes de l'administration Obama, comme de celle Roosevelt de 1935 à 1940 – lorsque la perspective de la guerre le conduit à mesurer l'importance de l'industrie – la rhétorique du pouvoir, pose la question d'un changement de régime économique. D'une rupture, disait-on en 1981 en France.

La France

Des commentateurs ont souligné que la présidence de M. Hollande emprunte bien des aspects radicaux du début du premier septennat de Mitterrand, dans tous les domaines.22 Les mesures prises ou proposées par le gouvernement français engendrent également une grave incertitude.23

Dans le domaine industriel, sous la conduite très médiatique de M. Montebourg, ministre du redressement productif, nous assistons par exemple dans le cas des difficultés de Peugeot, à une incroyable leçon du ministre critiquant la conduite d'une entreprise privée, menaçant d'empêcher la fermeture d'une usine interdisant en cela le redressement de la firme. M. Montebourg convoque des personnes privées, les dirigeants de Peugeot, à son bureau. Pour finir, il offre sous conditions l'aide financière de l'Etat, au mépris du respect de la loyauté de la concurrence.24 Dernière mesure qui, comme nous l'avons vu, est de nature à empêcher le meilleurs emploi des facteurs de production, et qui représente donc un gaspillage de ressources rares, ce qu'aurait dû blâmer un Sismondi.

L'Etat possède en effet des moyens pour contraindre une entreprise à agir dans son intérêt à lui – qui n'est que rarement l'intérêt général – par sa puissance financière et l'attrait des subventions qu'il peut octroyer, la menace d'une intervention réglementaire ou, ce qui serait bien plus grave, par la menace d'utiliser son administration fiscale pour au mieux gêner une entreprise.25

C'est par le biais des aides publiques que l'Etat entend obtenir des moyens de pression sur la conduite des entreprises, au mépris de l'efficacité économique, puisque des ressources, rares par définition, sont immobilisées dans un secteur non rentable, c'est à dire dont les produits ont moins de valeur aux yeux du public qu'une utilisation alternative, et de la loyauté de la concurrence.26 Le gouvernement prétend en effet savoir quels sont les « investissements d'avenir » mieux que les acteurs responsables.

Dans la même logique, qui consiste à tenter d'empêcher une entreprise de fermer des sites dont l'exploitation engendre des pertes (ce qui comprend un rendement en-dessous du rendement plus profitable que les capitaux immobilisés permettraient), M. Montebourg menace Mittal de nationaliser un site, et ose déclarer que « Nous ne voulons plus de Mittal en France ».27 Outre Mittal, directement visé ici, ce sont tous les investisseurs qui sont amenés à se poser la question de la sécurité de leurs investissements productifs en France. D'ailleurs le candidat Hollande avait promis durant sa campagne électorale de faire voter une loi sur la fermeture des sites.

Monsieur Montebourg ne cache pas son mépris pour la concurrence lorsqu'il déclare :

« On ne peut pas accepter que la concurrence libre et non faussée, c’est-à-dire sauvage, aille jusqu’à détruire les emplois et les outils de production. »28

La concurrence libre et non faussée est donc « sauvage » pour le ministre qui ne doit pas connaître le mécanisme du progrès économique par l'innovation des entrepreneurs, que Schumpeter nommait « destruction créatrice ». Pour permettre un transport plus rapide par des automobiles, puisqu'il est était question, les entreprises fabriquant des charrettes ont bien du connaître des difficultés et fermer des sites de production.

Dans le domaine de la fiscalité également, la création d'une tranche d'imposition à 75%, l'imposition confiscatoire sur les plus-values de cession d'entreprise sont des illustrations. Le mouvement des « pigeons »29 a pu sembler faire reculer le gouvernement, mais plutôt que de retirer simplement son texte, un système complexe doit être mis en place devant permettre un contrôle politique des choix des entrepreneurs, grâce à un traitement discriminatoire des différents revenus concernés.

Il faudrait ajouter les choix toujours emprunts de complexité, propres à augmenter les coûts de leur administration, tant par les services de l'Etat que par les assujettis. L'inspiration première peut sembler bonne, lorsqu'il s'agit de compétitivité : mais plutôt que de mener une politique de réformes structurelles, c'est à dire de supprimer les rigidités législatives entravant la liberté, de baisser de la pression fiscale par une réduction des dépenses publiques, le gouvernement préfère opérer par l'octroi de « crédits d'impôts pour le compétitivité et l'emploi » à certaines entreprises, sans que la pérennité en soit garantie, pour faire baisser le coût du travail, contre naturellement d'une hausse de la TVA qu'on baptisera « sociale »30 et des obligations encore incertaines puisqu'elles doivent être définies en 2013.31

La persistance de la loi de Say

Bien des économistes ont souligné que le mode de calcul du PIB, en ce qu'il se base sur la valeur des produits et services finis pour ne pas compter plusieurs fois des dépenses, entraîne une surestimation de la consommation et, inversement, une sous-estimation de l'investissement. Il convient de noter que dans le modèle keynésien, dans lequel le revenu total est égal au total de la consommation privée, des investissements et des dépenses publiques, c'est par une insuffisance de l'investissement, qui n'absorbe pas toute l'épargne, qu'un équilibre de sous-emploi apparaît le plus souvent. L'explication de Keynes, d'ordre psychologique puisqu'il incrimine une faiblesse des « instincts animaux » manque de peu une explication plus rationnelle.

Mais la théorie classique des crises, exposée par exemple par Lavington, ne répond pas à la question que pose Murray Rothbard : les erreurs des entrepreneurs sont tout de même fréquentes, sans quoi il n'y aurait jamais pertes ni faillites. Mais alors, c'est qu'il doit y avoir pour une raison ou une autre une « épidémie » de mauvais jugements. Qu'est-ce qui explique cette épidémie ?32 Il faut rechercher la réponse en considérant ce qui unit toutes les transactions : la monnaie. C'est donc vers la politique monétaire qu'il faut se tourner pour trouver l'élément commun – mais certes pas unique – expliquant le cycle. Les théories monétaires des crises ont d'abord été développées par Ricardo et considérablement enrichies par Ludwig von Mises et Friedrich Hayek33.

L'explication fondée sur la loi de Say concerne la transmission et la persistance des crises. La coordination par la liberté des prix est empêchée, par conséquent, les industries en difficultés sont incapables de vendre à un prix profitable leurs produits ou services. Ces industries sont contraintes de réduire leur demande pour les produits des autres industries qui ne sont pas directement en concurrence avec elles, réduisant les revenus de ces dernières, et ainsi de suite.

Dans le cas où le gouvernement entreprend des politiques activistes, typiquement hostiles aux créateurs de richesses, l'incertitude quant à la façon dont le capital sera traité, les nouvelles contraintes réglementaires qui imposent forcément un coût aux entreprises (c'est d'ailleurs leur raison d'être puisqu'il s'agit au fond de se servir de l'appareil législatif pour obtenir une redistribution des richesses34 moins visible que par la fiscalité, le caractère confiscatoire des prélèvements, l'incertitude d'ailleurs sur le niveau des prélèvements pour les activités passées (la loi de finances est votée en décembre pour des prélèvements opéré l'année suivante sur les revenus de l'année écoulée lors du vote), incite fortement les entrepreneurs à différer leurs investissements à des jours meilleurs. Les investissements productifs constituant la partie de loin la plus grande de la demande agrégée, cela entretien la morosité de la conjoncture et interdit le cercle vertueux de la loi de Say de remplir son rôle.

Conclusion

Les théoriciens dits classiques pour lesquels la loi de Say informait l'explication des phénomènes économiques, professaient que la demande globale ne pouvait pas être à l'origine du déclenchement des crises. Ils admettaient en revanche que des crises étaient possibles, et que par le jeu de la loi de Say, les produits s'échangent contre des produits, la baisse de la production dans un secteur, quelle qu'en soit la raison (mauvais calcul sur la demande future adressée à ce produit, mauvais investissements inspirés sous des estimations faussées par l'abaissement politique et artificiel des taux d'intérêts) pouvait entraîner une baisse de la demande globale. Le remède le plus efficace consistait pour beaucoup à d'une part permettre à l'économie de s'adapter aux conditions véritables du marché, par la liquidation des entreprises non solvables, d'autre part à prendre des mesures visant à restaurer la fluidité de l'économie, pour permettre au mécanisme des prix de remplir son rôle. La restauration de la profitabilité entraînera la reprise de la demande de la part des entreprises, demande qui s'adressera aux entreprises n'étant pas en concurrence. Cette demande est possible parce qu'elles ont produit sur le marché. Devant la gravité de la crise de 1929, de nombreux économistes dits orthodoxes, avaient proposé de suppléer par la dépense publique la baisse de la demande. Ils ne considéraient cependant pas que la baisse de la demande globale fût la source de la crise, mais sa manifestation.

Keynes a réhabilité la vieille idée des théoriciens de la surproduction et a discrédité la loi de Say. Les gouvernements et le personnel politique ont fini par s'engouffrer dans les nouvelles possibilités d'intervenir dans l'économie, mais ce faisant ils ont perdu de vue le véritable problème dont souffrait l'économie : la dis-coordination et un mécanisme des prix empêché de jouer par les rigidités accumulées. Au contraire, en intervenant, par la politique monétaire, budgétaire et réglementaire, ils ont accru l'incertitude juridique et étouffé les investissements productifs. La loi de Say discréditée accomplit cependant son œuvre, et le marasme persiste.

Les partisans des remèdes socialistes, s'ils sont sincèrement désireux du sort des pauvres, devraient méditer ces mots du plus célèbre des économistes français :

« Le pauvre lui-même, celui qui ne possède rien, n'est pas moins intéressé que le riche au respect des droits de la propriété. Il ne peut tirer parti de ses facultés qu'à l'aide des accumulations qui ont été faites et protégées ; tout ce qui s'oppose à ces accumulations, ou les dissipe, nuit essentiellement à ses moyens de gagner : et la misère, le dépérissement des classes indigentes, suit toujours le pillage et la ruine des classes riches. »35

Peut-être cette exhortation est-elle vaine, car plus d'un siècle avant les travaux du prix Nobel James M. Buchanan, l'on savait déjà que :

« [C]ertains gouvernements, corrompus et corrupteurs, ont besoin des monopoles et de l'argent des douanes pour payer le vote des honorables majorités qui prétendent représenter les nations ; je ne suis point assez injuste pour vouloir que l'on gouverne dans le sens de l'intérêt général, afin d'obtenir toutes les voix sans les payer... Mais en même temps pourquoi serais-je surpris que tant de systèmes vicieux aient des suites déplorables ? »36

Olivier Braun

NOTES

1 L'avertissement est de Ludwig von Mises, dans son L'action humaine, PUF, traduit par Raoul Audouin, collection libre-échange, 1985, et conclut cette œuvre. Voir page 932.

2 Sur l'histoire et les développements de la loi de Say, des origines aux traitements contemporains, en insistant sur le tournant (et la caricature de la loi) pris suite à la Théorie générale de Keynes, voir le livre de l'économiste australien Steven Kates, Says's Law and the Keynesian Revolution, sous-titré How Macroeconomics Theory Lost its Way, Edward Elgar, 1998 (paperback edition 2009).

3 Jean Charles Léonard Sismonde de Sismondi, Nouveaux Principes d'Economie politique, 1819, t1, p. 337, tel que cité par Jean-Baptiste Say, dans ses Lettres à Malthus, publiées en 1820 et rééditées à la suite de son Cours d'économie politique, publié à Bruxelles en 1843 sous le titre Mélanges et correspondance d'économie politique, page 616 (2ème colonne). Souligné par moi.

4 Say, Première Lettre à Malthus, page 620 (1ère colonne).

5 Dans son Commerce Defended, paru en 1808. Say, dans les éditions ultérieures de son Traité, développera mieux la loi, certainement influencé par Mill.

6 Say, Deuxième lettre à Malthus, page 625 (2ème colonne).

7 D'après Michel Luftalla, dans une étude très favorable à cet auteur : « Sismondi - Critique de la loi des débouchés » parue dans la Revue économique, volume 18, n°4, 1967. pp. 654-673. Fichier pdf disponible chez Persée.

8J ean-Baptiste Say, Traité d'économie politique, 7ème édition, 1861, page 139.

9 Voir Say, Première lettre à Malthus, page 615 (1ère colonne où il écrit : « Et d'abord, ce qui fixe mon attention, parce que tous les intérêts du moment y sont attachés, d'où vient cet encombrement général de tous les marchés de l'univers, où l'on porte incessamment des marchandises qui se vendent à perte ? D'où vient que dans l'intérieur de chaque Etat, avec un besoin d'action propre à tous les développements de l'industrie, d'où viens, dis-je, cette difficulté universelle qu'on éprouve à trouver des occupations lucratives ? Et, la cause de cette maladie chronique une fois connue, quels moyens de la faire cesser ? Voilà des questions dont dépendent le repos et le bonheur des nations. » Cela devrait suffire à prouver à quel point sont dans l'erreur ou la calomnie ceux qui affirment que les économistes classiques (au sens de Keynes) présupposaient l'absence de crise et de chômage involontaire, par ignorance ou insensibilité.

10 « Montebourg à l'assaut de l'Europe ''libérale'' », publié en ligne le 10 décembre 2012.

11 Robert Torrens, Essay on the Production of Wealth, 1821, page 414, tel que cité par Kates, Say's Law, page 39. Souligné par moi.

12 Kates, Says's Law, page 108 et s., William H. Hutt, Keynesianism, Retrospect and Prospect, Chicago, Henri Regnery Company, 1963, page 66, et A Rehabilitation of Say's Law, Ohio University Press, 1974, page 84.

13 Page 109, ma traduction. J'ai simplement ajouté la première phrase du premier paragraphe de Lavington. Les mots soulignés dans la citation l'ont été par Kates. Dans les deux ouvrages cités de Hutt, des passages de ces paragraphes sont également cités. Le lecteur intéressé pourra trouver The Trade Cycle sur le site archive.org à cette adresse.

14 Voir par exemple dans son A Rehabilitation of Say's Law, le chapitre XIII, « Sub-Optimal Employment and Chronic Unemployment », page 103.

15 Voir par exemple dans son A Rehabilitation of Say's Law, le chapitre VII, « The True Multiplier », page 53.

16 Pour paraphraser Adam Smith.

17 Chapitre XIV, « Du droit de propriété », Traité, page 129.

18 Clément Colson, Cours d'économie politique, tome 1, Théorie générale des phénomènes économiques, 1915, « édition définitive revue et considérablement augmentée », page 169. Italiques dans l'original. Jacques Rueff considérait Colson comme son maître.

19Robert Higgs, « Recession and Recovery, Six Fundamental Errors of the Current Orthodoxy », in The Independent Review, v. 14, n. 3, Winter 2010, page 471.

20Selon la locution latine Primum non nocere, qui signifie : « d'abord, ne pas nuire ». Voir ce qu'en dit Wikipedia

21Robert Higgs, « Regime Uncertainty », The Independent Review, Vol. I, No. 4, Spring 1997 page 563-564. Disponible en ligne à cette adresse : http://www.independent.org/pdf/tir/tir_01_4_higgs.pdf. Pour un article plus récent sur le site de l'institut Mises, voir : http://mises.org/daily/6275/Regime-Uncertainty-Some-Clarifications

22 Le lecteur régulier du site Turgot aura certainement remarqué l'article de Philippe Nemo, « Lettre ouverte aux "Pigeons" présents et futurs pour les convaincre de passer à l’action. » Il y note, à propos de François Hollande, que « malgré ses allures débonnaires, [il] est sans doute sensiblement plus radical dans ses convictions socialistes que ne l’était François Mitterrand (lequel était surtout un cynique ; il a permis à la gauche de faire en France les tristes « avancées » que l’on sait entre 1981 et 1995, mais il avait suffisamment côtoyé les communistes et les fascistes dans ses jeunes années pour être parfaitement au fait des dangers de la collectivisation d’une société). François Hollande, lui, est un pur produit de l’esprit post-soixante-huitard. Il n’a pas d’autre culture que le socialisme, ni par éducation, ni par métier. Il a dit qu’il « détestait les riches » (...) »

23 On peut lire dans le Figaro que le quotidien Financial Times a procédé à un classement des ministre des finances, dans lequel M. Moscovici occupe la 16ème place sur 19 : « L'économiste Jacques Delpla, qui fait partie du jury, estime que le locataire de Bercy ''nie le problème de l'offre de l'économie'', ''cogne excessivement'' le milieu des affaires, ''engage des politiques populistes (comme la baisse des taxes pour l'essence, par exemple)'', ou encore se montre ''trop timide par rapport aux réformes structurelles nécessaires'' ».

24 Voir par exemple « Arnaud Montebourg se mue en Don Quichotte » dans Le Figaro.fr du 20 juillet 2012

25 Il y a peut-être dix ans de cela, Le Point avait un entrefilet selon lequel l'Etat aurait ainsi fait pression sur des assureurs belges désireux d'intervenir dans le marché de l'assurance maladie en France.

26 Voir l'article « Des aides sous conditions dans le secteur automobile » paru dans Libération le 25 juillet 2012.

27 Voir LesEchos.fr du 26 novembre 2012.

28 Interview donnée à Libération publiée le 23 juillet 2012. Les photographies accompagnant l'article sont bien révélatrices du besoin de paraître du ministre, et ne sont visiblement pas celles d'un serviteur de ses concitoyens. De même, la pose « mannequin » de Montebourg pour la photographie illustrant l'article du Figaro du 7 décembre, éloquemment titré « Arnaud Montebourg le matamore », où on apprend aussi que Montebourg a fait de La fin du laissez-faire de Keynes son livre de chevet.

29 La « Lettre ouverte aux "Pigeons" présents et futurs pour les convaincre de passer à l’action » déjà citée, de Philippe Nemo sur le site de l'Institut Turgot dévoile remarquablement les enjeux pour la société des mesures du gouvernement socialiste.

30 Et qui est en réalité un impôt sur la production, comme le démontre Pascal Salin dans son ouvrage L'arbitraire fiscal, Slatkine : la demande étant élastique au-dessus du prix de marché, le producteur ne peut répercuter sur le consommateur la charge (s'il pouvait augmenter les prix de vente, il l'aurait fait pour son propre profit avant l'instauration d'une TVA). La mesure revient finalement à baisser les salaires compris entre une fois et une fois et demie le Smic, et de subventionner par le budget certains des « avantages obligatoires » compris dans les salaires. Un nouveau seuil est introduit, qui majorera le coût de l'augmentation d'un salaire au-delà du plafond.

31 Les entreprises devront, dans l'état actuel du projet, tenir un suivi de l'utilisation du crédit en fonction des objectifs définis par le texte, avec des emplois interdits, et un comité auprès du Premier ministre sera également chargé « de veiller au suivi de la mise en œuvre et à l’évaluation du crédit d’impôt. » Voir l'article 24 bis du projet de loi de finances rectificative pour 2012, dans sa version actuelle du 7 décembre (doc pdf issu de l'Assemblée nationale), pages 102 et suiv.

32 Voir Murray Rothbard, America's Great Depression, 1963, page 16.

33 Voir pour une reformulation récente, Joseph T. Salerno, « A Reformulation of Austrian Business Cycle Theory in Light of the Financial Crisis », in The Quarterly Journal of Austrian Economics, Vol. 15 n°1, 2012, pp. 3-44. La politique américaine du logement en faveur des défavorisés et des minorités peut expliquer pourquoi la bulle financée par l'expansion du crédit s'est développée dans ce secteur. Chaque crise est un cas particulier, mais la monnaie est l'élément commun.

34 Voir par exemple l'analyse de Clément Colson, dans son Cours d'économie politique, tome 1, ou il écrit, page 163 : « Dans un très grand nombre de cas, de nos jours, la législation a pour but de modifier la répartition des revenus généraux de la nation, dans un sens égalitaire. Par exemple, les lois ouvrières ; au lieu d'être édictée en vue d'assurer simplement l'hygiène et le bon ordre dans les ateliers et la liberté des contrats entre employeurs et employés, ont pour but avoué ou caché de reporter certaines charges sur les capitalistes (...) ».

35 Say, Traité d'économie politique, 7ème édition, 1861, p. 134.

36 Say, Première lettre à Malthus, page 618.