C'est que la débâcle islandaise procède des mêmes erreurs qui ont causé tant de cycles "prospérité-crise" à travers le globe. Leur expérience récente et douloureuse est porteuse d'enseignements importants.

L'idée importante de Ludwig von Mises est que l'expansion artificielle du crédit entraîne un boom de certains secteurs de l'économie, mais que cette prospérité ne peut être maintenue indéfiniment. Dès lors que la stimulation artificielle d'un crédit bon marché cesse, comme elle le devra bien, les secteurs qui se sont trop étendus doivent se contracter. La mauvaise allocation des ressources est révélée. Des emplois doivent être supprimés, et les entreprises surdimensionnées doivent supprimer des activités ou faire faillite. Ce sont les politiques publiques qui ont mis en route ce train d'erreurs économiques et, une fois en route, elles lui impriment souvent une vitesse de plus en plus grande. Bagus et Howden démontrent que l'effondrement de l'Islande, première implosion d'une telle ampleur dans un pays développé, correspond parfaitement à la théorie autrichienne des cycles économiques.

Les racines du boom en Islande se trouvent dans la décision de la banque centrale du pays (la BCI), en 2001, de devenir prêteur en dernier ressort pour toutes les banques islandaises. Cette décision engendra un problème bien connu d'"aléa moral". Sachant pouvoir compter sur le secours de la BCI, les banques commerciales entreprirent des opérations sans trop tenir compte de leur niveau de risque. Ce qui empira les choses, la BCI abaissa également le taux des réserves obligatoires pour les banques commerciales, leur permettant d'accroitre le volume de leurs prêts pour un montant donné de dépôts, poussant ainsi les taux d'intérêt ) la baisse. Poussées par concurrence, les banques islandaises durent offrir des prêts de plus en plus risqués, souvent libellés en devise étrangère, pour lesquels les taux étaient encore inférieurs. Ainsi que nous l'expliquent les auteurs : “Les entrepreneurs furent trompés quant à la disponibilité de l'épargne réelle, non seulement dans leur zone monétaire mais aussi en Islande, par des taux d'intérêt artificiellement bas en Europe, aux Etats-Unis et au Japon”. 

Les banques islandaises se lancèrent dans des emprunts massifs à court terme sur les marchés mondiaux, afin de financer leurs investissements à long terme.

Une grande partie de ces investissements se firent dans le bâtiment, à l'instar de ce qui se passa aux Etats-Unis, et avec l'aide du Fonds Financier pour le Logement (FFL). Ce FFL était encore pire que nos deux institutions jumelles pour le crédit hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac. Bagus et Howden observent que, tandis que Fannie et Freddie avaient des règles laxistes pour l'octroi des prêts hypothécaires, le FFL n'en avait aucune. N'importe qui pouvait avoir accès à un crédit bon marché. La construction de deux usines de fonderie d'aluminium était un autre exemple d'investissement à long terme. Les Islandais s'offrirent aussi de nombreuses voitures de luxe durant le boom.

La bulle de prospérité produisit également d'autres effets, particulièrement sur le secteur financier et sur le marché du travail. Bien des jeunes gens furent attirés vers le secteur de la banque et de la finance durant le boom. Ces secteurs, éloignés des industries traditionnelles de l'Islande telles la pêche et activités commerciales associées, étaient bien plus excitants. Bagus et Howden montrent très bien ce point cardinal : le crédit bon marché provoque des distorsions dans un pays, de bien des façons.

Le soufflé s'affaissa en 2008 lorsque les étrangers réalisèrent que la monnaie islandaise était fortement surévaluée. L'afflux de fonds bon-marchés desquels les banques étaient dépendantes cessa. La BCI tenta de prolonger les festivités mais cela (ce que l'on aurait du savoir) sans espoir. Le krach économique submergea le pays comme un raz de marrée : cessation de paiement, saisies, projets abandonnés, chômage. A un moment, la disette devint une réelle perspective, jusqu'à ce que plusieurs pays scandinaves firent des prêts d'urgence à l'Islande, permettant ainsi aux importateurs de denrées alimentaires de payer pour leurs cargaisons.

A l'heure actuelle, la crise sévère de l'Islande s'est calmée et ce pays s'ajuste lentement à la normalité ; le travail et le capital sont à nouveau affectés à des emplois profitables. Bien des projets immobiliers demeurent inachevés, bien des automobiles de luxe ont dû être expédiées ailleurs au profit des chasseurs de bonnes affaires. Cette situation peut être comparée à celle d'un homme, dur à la tâche, qui a misé tous ses biens sur un gros pari, qui a pu vivre un temps de ses premiers gains mais qui a, maintenant, été ruiné et doit repartir de zéro.

Les auteurs expliquent, à la fin de leur ouvrage, comment les pays peuvent éviter le cycle de prospérité-dépression qui fit tant de dommages en Islande : avec une monnaie et un secteur bancaire sains. La monnaie doit être basée sur l'or ; les banques ne doivent jamais être amenées à penser que leurs pertes seraient couvertes par l'Etat. Ce dernier, de plus, doit renoncer à toute action visant à manipuler les taux d'intérêt et à diriger le capital vers des emplois préférés politiquement. Les cycles de prospérité-dépression ne sont pas une caractéristique d'une économie de laissez-faire : c'est une tare de la planification étatique.

Cette revue de livre, signée George Leef, a été publiée dans The Freeman, la revue de la Foundation for Economic Education, numéro Juillet-Août 2012. La traduction est d'Olivier Braun.