Ne pas confondre libéralisme et mercantilisme !
Par Vincent Bénard le vendredi 1 mars 2013, 07:20 - Article - Lien permanent
Il est navrant de constater que tous les maux de l’économie planétaire sont mis sur le dos bien large d’un libéralisme fantasmé qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne le connaissent pas. Dans le monde bipolaire de ces personnes n’existent que deux organisations de l’économie, la “socialiste”, ou plus exactement “sociale-démocrate”, et la “libérale”.
Le monde d’aujourd’hui a oublié le nom de la troisième doctrine qui domine l'économie mondiale, à savoir le mercantilisme.
L’ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski, exilé en Grande Bretagne à partir de 1976, s’est rapidement étonné des décalages existant entre le capitalisme tel qu’il lui était dépeint par la propagande du régime communiste, et ce qu’il observait dans l’Angleterre pré-Thatchérienne, économiquement en déroute, corsetée de réglementations en tout genre, verrouillée par un syndicalisme omniprésent, et où la taxation marginale de la réussite atteignait des sommets. Dans son ouvrage de 1981, “Cette lancinante douleur de la liberté”, il avait résumé la situation dans cette formule restée célèbre, “Le capitalisme n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré”.
Ils voient des libéraux partout !
Faisons le parallèle avec la France d’aujourd’hui, en remplaçant le mot “capitalisme” par “libéralisme”. Aujourd’hui, pas une journée sans qu’un politicien où un article de presse ne constate, en termes souvent dénonciateurs, une évolution “libérale” de la société, souvent qualifiée de “dérive”. Au point que la presse, et pas uniquement de gauche, s’épanche aujourd’hui sur un prétendu virage “social-libéral” de François Hollande, au motif que celui ci tente de distribuer quelques chocolats aux chefs d’entreprise, après les avoir matraqués de taxes nouvelles.
Il est, selon l’humeur du jour, soit comique, soit navrant de constater que tous les maux de l’économie planétaire sont mis sur le dos bien large d’un libéralisme fantasmé qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui ne le connaissent pas. Dans le monde bipolaire de ces personnes n’existent que deux organisations de l’économie, la “socialiste”, ou plus exactement “sociale-démocrate”, et la “libérale”. Le monde d’aujourd’hui a oublié le nom de la troisième doctrine qui pourtant à largement structuré le tissu socio-économique de bien des pays, à savoir le mercantilisme.
Ne pas confondre libéralisme et mercantilisme
Dans la vision libérale, l’Etat est considéré comme un garant des droits fondamentaux de la personne, à savoir la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression, et de l’égalité de chacun au regard de ces droits, notamment devant les tribunaux. Le libéral sait que chez tout entrepreneur peut naître la tentation de rechercher des rentes de situation ou des faveurs financières de l’état, et considère le résultat global de ces faveurs comme économiquement nocives. Aussi prône-t-il la non intervention de l’état dans le fonctionnement de l’économie, et la primauté de l’initiative et de la responsabilité privées, pour produire non seulement les biens et services dont nous avons envie, mais aussi, à travers le secteur non lucratif ou des assurances, pour prodiguer aux plus démunis ou aux personnes en situation temporaire difficile l’assistance dont ils peuvent avoir besoin.
Par opposition, le mercantilisme postule que le résultat économique et social sera meilleur si l’état et les entreprises collaborent pour “optimiser” leur action, que si l’état observe une stricte neutralité libérale. Le mercantilisme historique connut son essor par la création des grandes manufactures d’état et d’empires coloniaux gérés comme des marchés réservés à la puissance dominante. Aujourd’hui, il se traduit par des législations censées permettre le développement de certains secteurs, comme “l’économie verte”, par des secteurs entiers maintenus sous perfusion publique, comme l’éducation, le logement, l’agriculture ou la santé, par l’explosion des “partenariats public privés”, qui ne sont souvent que des subventions cachées à de grands groupes, ou encore par une imbrication croissante de l’état et du secteur financier, le premier attendant du second qu’il favorise ses objectifs économiques et lui prête toujours plus d’argent, le second obtenant en contrepartie des conditions d’exercice extrêmement favorables à son activité. Naturellement, toutes ces politiques se traduisent par une fiscalité élevée, agrémentée de nombreuses échappatoires et autres niches fiscales. .
Le triomphe très amer du social-mercantilisme
Quoi de moins libéral que ce méli-mélo public privé ? Le libéral n’a de cesse que de dénoncer ces mélanges de genres entre Etat et entreprises, qui ne tiennent pas leurs promesses économiques et favorisent passes-droits et corruption. La crise des subprimes, celle de la dette souveraine, les continuels déficits des assurances sociales ou le chômage de masse sont le produit pour le moins peu appétissant de cette co-gestion de l’économie entre élites corporatistes et Etat.
Socialisme et Mercantilisme sont les deux facettes de l’interventionnisme de l’Etat. Le socialisme est, officiellement, dirigé vers les “petits”, salariés, chômeurs et laissés pour compte, et lorsque la ponction fiscale qu’il impose aux producteurs devient trop lourde, ceux ci réclament des contreparties, de nature mercantiliste. Au milieu, les hommes de l’état se veulent tour à tour en Pères-Noël ou en stratèges, veillant à contenter tantôt les uns, tantôt les autres, sans oublier de prendre une forte commission au passage. Et comme l’avait formulé en son temps le visionnaire Frédéric Bastiat, l’Etat devient cette grande illusion dans laquelle tout le monde croit vivre aux dépens de tout le monde.
Poussé à l’extrême, le socialisme d’aujourd’hui devient démagogique et aide mieux les déjà bien nantis que les vrais pauvres, alors que le mercantilisme vire à “l’oligarchisme”, notamment financier. Et lorsque la clientèle du socialisme trouve que celle du mercantilisme lui prend une trop grande part du gâteau, elle dénonce le libéralisme en lieu et place du mercantilisme, faisant ainsi le jeu des nouveaux oligarques de la haute industrie ou de la finance qui ont somme toute intérêt au statu quo.
Tous les grands pays, aujourd’hui, balancent ainsi entre socialisme et mercantilisme. La France, particulièrement, est devenue l’une des championnes des interventions économiques et sociales en tout genre, financées par toujours plus d’impôts et de dette. Dans ces conditions, voir un quelconque libéralisme dans l’action des dirigeants politiques actuels relève soit de la navrante erreur tragi-comique, soit du mensonge intéressé.
Le libéralisme n’existe pas, je ne l’ai pas rencontré. Mais au vu des résultats du social-mercantilisme, nous devrions sérieusement lui donner sa chance.

La version originale de ce texte a été publiée sur le site de Vincent Bénard "Objectif liberté", en date du 28 janvier 2013 sous le titre : Le Mercantilisme, ce "socialisme pour les riches" trop souvent confondu avec le libéralisme.
Commentaires
Bon article, mais quelle stratégie adopté pour toucher d'autres lecteurs que ceux de Contrepoints ou de l'Institut Turgot ?
lire
http://www.atlantico.fr/decryptage/...
parfaite illustration de votre propos .Quelques réactions prouvent qu'il y a encore des résistants mais si peu
Dit autrement la vraie bipolarité oppose les libéraux et les étatistes, qui à leur tour se subdivisent en socialistes et mercantilistes.
Malheureusement en France, les étatistes représentent au moins 90% de la population...
J'ai la sensation que la premonition de Ayn Rand dans Atlas se materialise en France dont la societe est en train de sombrer. Pourtant je ne crois pas au fait que les francais soient etatiste dans le fonds. Ils ont dailleurs un niveau de defiance important vis a vis des politiques. C'est ce que disent les sondages, et les statistiques d'abstention. Leurs degouts ne va qu'augmenter avec la loi sur l'amnestie des syndicalistes. Pour eviter de veritablement sombrer il leur faut maintenant faire le lien entre la politique et l etat. Comment une bande de pillards pareille, dont l'objectif reste les priveleges des leurs, peut elle engendrer un etat juste? Cette prise de conscience se fait egalement en Italie avec l'election du comique Pepe et sa demande principale : La repudiation de la dette (cf le texte de Rothbard et les textes de V. Benard sur le sujet). Bref je ne suis pas si pessimiste et il nous faut continuer a expliquer que la question sous jacent a l'intervention de l'etat est : Est ce que l'usage de la force est preferable a une societe qui s'accorde et contracte volontairement et librement? Que la question n'est pas d'etre riche ou pas, mais la maniere dont on le devient (en pillant ou en rendant service)? En expliquant que le capitalisme de connivence n'est pas le liberalisme, mais qu'il provient d'idee socialiste (n'en deplaise a la droite)? En expliquant que la solidarite ne peut qu'etre choisie et non imposee ?
Que les controles ne peuvent venir que d'agences independante du pouvoir politique et doivent donc etre inities par les consommateurs (c'est notamment le cas pour le control des banques) etc etc....
D'accord avec Gérard Dréan.