L'oligarchisme, nouveau cancer des libertés
Par Vincent Bénard le mardi 19 avril 2011, 13:28 - Note de synthèse - Lien permanent
Quel est l'adversaire principal des sociétés de liberté aujourd'hui ? Quel est l'adversaire principal des sociétés de liberté aujourd'hui ? Longtemps, les libéraux ont voulu faire comme si ils n'avaient qu'un adversaire à combattre, le socialisme. Mais ce faisant, nous avons sans doute négligé un ennemi peut-être encore plus redoutable, car plus insidieux et protéiforme.
Le dialogue de sourds entre socialistes et libéraux
Lorsqu'une discussion économique entre un libéral et un socialiste (Social-démocrate, laissons les avatars rouge vif de côté) prend forme, les deux parties se renvoient mutuellement la responsabilité de la crise actuelle. Résumons les arguments en présence :
Libéral : "Non, c'est la volonté de l'état de forcer les banques à prêter aux pauvres qui est à l'origine de cette situation"
Socialiste : "Désolé, mais les banques s'en sont très bien accommodées pour faire du profit à court terme, par des voies frauduleuses - C'est même un "ultra" libéral qui le dit*"
Libéral : "Mais il dit aussi que l'état, en prétendant faire passer ses objectifs sociaux avant son rôle premier de maintien de l'ordre public, a favorisé l'impunité des banques, et que le monopole d'émission monétaire de la banque centrale US a empêché la valve de sécurité du prix de l'argent de contenir la formation de la bulle"
La discussion peut durer des heures. Le problème est que les deux participants ont des arguments parfaitement valides à faire valoir, mais se trompent globalement, parce que leur vision du monde est dichotomique : d'un côté les socialistes, nécessairement étatistes, dirigistes et assoiffés de taxes, de l'autre les libéraux capitalistes généralement "néo" ou "ultra" pour bien souligner leur côté idolâtres du marché. Et naturellement, pour chaque camp, le méchant, c'est l'autre.
Capitalisme socialisé ou socialisme privatisé ?
Tout porte à croire, et les écrits abondent à ce sujet (à commencer par les miens, en toute immodestie), que l'ensemble des causes qui ont provoqué la crise tiennent à la combinaison de mauvais comportements privés lourdement favorisés voire initiés par l'état, qui en était également bénéficiaire politiquement tant que les choses allaient "bien". Bref, c'est une certaine forme de capitalisme corrompu par l'état, à moins qu'il ne s'agisse d'une corruption de l'état par un certain capitalisme, qui a abouti à empêcher tous les mécanismes normaux de régulation des erreurs (par le marché ou par l'intervention judiciaire au bon moment) de jouer leur rôle.
Ainsi, l'état US a voulu que les banques du pays prêtent aux pauvres pour en faire des propriétaires à tout prix. Or, les banques ne prêtent pas aux pauvres en temps normal, simplement parce que leur expérience leur dit que c'est un bon moyen de perdre de l'argent. Donc le secteur financier et l'état ont bâti un système de compromis visant à permettre aux banques de répercuter les coûts de la subvention à la pauvreté sur les clients "normaux", tout en transférant le risque d'insolvabilité des montages ainsi créés à l'extérieur des banques via des fonds hypothécaires titrisés vendus à des investisseurs trompés par des notations d'agence exagérément optimistes.
Sans réécrire tous mes articles précédents, quelques lois venues au bon moment ont permis à cette arnaque de prendre forme, et notamment un amendement de dernière minute ajouté à une loi de 1995 (le C.R.A. modifié), amendement autorisant la titrisation de crédits subprimes et la création de "dérivés structurés" de ces crédits peu fiables. On citera également l'extension progressive des prérogatives de Fannie Mae et Freddie Mac via des comptes Off Shore et leurs rachats de plus en plus massifs d'obligations pourries "hors bilan", l'abandon de tout apport personnel minimal obligatoire pour ces emprunteurs (et les autres), et la création avalisée par l'état du MERS, système de transfert de créances jugé depuis illégal par les tribunaux, qui devait permettre la dissimulation de montages dérivés ultra-sophistiqués et masquer aux investisseurs la qualité réelle des prêts qui leurs étaient vendus, ou plutôt, pardonnez moi, "fourgués".
Ni libérale, ni socialiste : la nouvelle oligarchie
Comment décrire ce système d'imbrication malsaine de l'état et de grands intérêts financiers ? Il n'est indubitablement pas libéral : les libéraux refusent que des organismes sous parapluie public tels que Fannie ou Freddie puissent distordre dans d'importantes proportions un marché, ils refusent toute loi protégeant les grands acteurs de la finance, et ont largement critiqué les "plans de sauvetage" de l'industrie bancaire.
Mais il n'est pas "socialiste" non plus, car la finalité du socialisme n'est pas de permettre à de grands acteurs financiers de s'enrichir sur le dos de millions de propriétaires ou d'épargnants. Certains libéraux veulent à tout prix réduire cette capture du législateur par de grandes banques à un avatar du socialisme, parce qu'elle s'appuie sur les tendances dirigistes de l'état. S'il est possible de tordre le sens des mots pour les faire coller à la théorie, le bon sens refuse cette interprétation binaire, "tout ce qui n'est pas comme ce que je crois est du socialisme" : après tout, la plupart des banquiers et financiers incriminés dans la crise soutiennent des concepts plutôt favorisés par les libéraux comme la déréglementation, la baisse des impôts marginaux, la liberté du commerce mondial et de la circulation des capitaux, etc...
Mais ils ne sont pas contre un sauvetage sur fonds publics quand les choses vont mal. En outre, dans d'autres domaines, nombre de ces financiers et d'industriels travaillant de concert ne sont absolument pas contre faire prospérer leurs entreprises grâce à des subventions massives : tout l'économie prétendûment "verte" prospère sur ces bases très... fiscalisées, avec le risque que l'insolvabilité des états ne détruise leurs business models, d'où leurs glapissements hystériques lorsque le robinet public vient à manquer d'eau...
Les libéraux qui veulent absolument assimiler cela à du socialisme sont libres de le faire, mais ils n'auront aucune chance de toucher les esprits des honnêtes gens qui n'ont pas lu Bastiat, Buchanan et Tullock, ou Hayek, par une telle réduction binaire du monde. Prétendre convaincre des gens raisonnablement cultivés mais qui n'ont pas le temps ou l'envie d'approfondir les concepts politiques de base que les agissements de moins en moins supportables de certains capitalistes relèvent du socialisme, est perdu d'avance, et fait perdre d'emblée à celui qui s'y essaie toute crédibilité dans une conversation.
Quel nom donner à cette "cosmogonie" ? Il manque un patronyme aussi identifiable que "libéralisme" ou "socialisme" pour désigner cette conception du monde, que les anglosaxons désignent de leur côté par "crony capitalism", mais qui en français donne le peu expressif "capitalisme de connivence".
J'avais maladroitement essayé de lancer des vocables tels que "kleptocratie" ou "social-bourgeoisie", mais aucun n'a "pris". Le terme de "conservatisme" veut tout et rien dire à la fois, et n'évoque pas quelques chose de précis dans l'esprit des gens. Le "corporatisme" serait formellement correct, mais mettrait dans le même sac les agissements d'un Dick Fuld bidouillant la comptabilité de Lehman et ceux d'un Bernard Thibault défendant les avantages des salariés de la SNCF : là encore, cette confusion est préjudiciable à la compréhension de ce qu'il faut décrire.
Or, le vocabulaire possède un nom pour désigner cette forme de pouvoir, c'est l'oligarchie.
Oligarchie furtive
Oh, il ne s'agit pas une oligarchie assumée, occupant physiquement le pouvoir, comme dans la Grèce Antique, ou les oligarques, tirant leur privilèges principalement de la propriété terrienne, entendaient explicitement asservir la population au prétexte de leur supériorité matérielle. Ce n'est pas non plus une oligarchie politiquement institutionnelle comme celle dont rêvait Saint-Simon, qui voyait dans la création de chambres regroupant industriels, savants, artistes, intellectuels, et ingénieurs, le seul outil pertinent pour administrer le pays.
Non, cette oligarchie là a l'opportunisme furtif et presque honteux. Il faut avant tout préserver l'illusion démocratique, celle qui fait croire au cochon de votant que placer son bulletin dans une urne lui donne une once d'influence sur son avenir. Mais l'oligarchie doit placer ses pions de façon à s'accommoder aussi bien d'un pouvoir législatif socialiste ou libéral, quitte à lui tordre le bras si nécessaire, et surtout à favoriser des majorités consensuelles qui auront à coeur de ne pas revenir sur les avantages que la majorité précédente lui aura octroyés.
De l'oligarchie à l'oligarchisme
Les partisans des sociétés de liberté ont fondé le corps de doctrine du libéralisme. Les tenants de l'égalitarisme matériel lui ont opposé le socialisme. Mais sur quel corps de doctrine peut s'appuyer l'oligarchie pour maintenir son pouvoir ?
Le pouvoir oligarchique étant dissimulé, il n'existe pas de doctrine "oligarchiste" à l'instar du socialisme ou du libéralisme. Mais puisqu'il faut donner un nom à l'ennemi,l'oligarchisme pourra être défini comme le stade le plus abouti de l'opportunisme au profit des élites oligarques. Opportunisme, parce que l'oligarchisme mange à tous les rateliers idéologiques.
Libéral lorsqu'il veut payer moins d'impôts et élargir son marché, l'oligarque devient social-démocrate lorsqu'il veut imposer à ses concurrents des réglementations qui empêchent le petit poisson de perturber la chasse des grands requins, ou lorsqu'il veut "aider" l'état à faire le bonheur des pauvres en les endettant, à condition de toucher une très forte commission au passage. Il est plus écologiste que Nicolas Hulot lorsqu'il faut faire grimper la valeur de ses parcs d'éoliennes, ou décrocher un marché mirobolant pour fabriquer des moulins à vent off shore.
L'oligarque soutiendra tour à tour toutes les propositions pourvu qu'elles lui conviennent, aux motif qu'elles seront tantôt bonnes pour l'économie, tantôt bonnes pour préserver un certain modèle social, tantôt environnementalement bénéfiques.
Economie, Social, Environnemental, cela ne vous rappelle rien ? On peut dire, que, de ce point de vue, les néo-oligarques ont réussi un véritable hold up sur un corpus idéologique qui ne leur était a priori pas destiné, celui du "développement durable".Sous la houlette de barons du capitalisme tels que Maurice Strong, avec le soutien de l'ONU (dont il fut un haut hiérarque) et de politiciens investisseurs de haut vol tels qu'Albert Gore, les néo-oligarques ont réussi l'une des plus formidables opérations de captation de richesse de l'histoire en rackettant les contribuables du monde entier au profit d'entreprises structurellement non rentables mais idéologiquement correctes, regroupées sous le label d'économie verte.
Des puissances financières considérables produisent des rapports d'excellente qualité visant à influencer les décideurs politiques du monde entier, ou du moins à leur fournir des arguments présentables à leur population, pour que le racket continue. Dernier avatar en date,un rapport sponsorisé par Barclays et Accenture qui estime que les états européens doivent contraindre ou inciter leurs populations à dépenser 2900 milliards de dollars contre le réchauffement climatique d'ici 2020...
Lénine qualifiait d'idiots utiles les militants de base du communisme, et aimait à dire que les capitalistes lui vendraient la corde avec laquelle il les ferait pendre. Mais par un retournement de l'histoire, ce sont aujourd'hui des milliers de militants écologistes, dont nombre sont des transfuges du marxisme, qui croient de bonne foi à l'apocalypse que des spécialistes du marketing tels que Strong leur ont vendue, qui sont les idiots utiles de fonds spéculatifs lourdement investis dans le "vert", que l'on retrouve au sein d'associations telles que l'Unepfi, le CERES, ou l'INCR. C'est en cela que l'oligarchisme est véritablement dangereux : mettez entre les mains de capitalistes intelligents mais dénués de scrupule les outils initialement imaginés pour des dictateurs, et ils en feront des instruments de détournement de pouvoir et de richesse redoutables.
L'imbrication avec l'état, ultime protection des oligarques
Mais il est un autre pilier de l'oligarchie qui a montré son effroyable nocivité pour nos économies, et qui exerce de facto son pouvoir sur les états au plus haut niveau, parce que ces derniers se sont laissés enchainer par un endettement croissant qui les lie à ceux qui les aident à se refinancer.
Les grandes banques ont su profiter de la volonté de l'état américain de faire du "social" en permettant aux plus modestes de s'endetter pour devenir propriétaires pour monter un schéma d'enrichissement rapide sans regard pour une éventuelle faillite, schéma révélé dans toute son ampleur par le scandale du Foreclosure Gate. Les grands perpétrateurs de ces hold ups bancaires ont profité de leur position de dirigeants pour faire adopter à leurs banques des profils de risques générateurs de grosses marges, et donc de très gros bonus, et partir avec la magot avant que le chateau de cartes ne s'écroule.
Une des caractéristiques de la néo-oligarchie est qu'elle a besoin de sa connection avec l'état pour échapper à toute mise en cause de sa responsabilité dans ce genre de carambouille, fut-elle géante. L'oligarchisme s'est donc enrichi de concepts contestables mais bien utiles, comme le "risque systémique" qu'il faut éviter, pour justifier toutes formes de sauvetages publics lorsque les schémas frauduleux s'écroulent sous le poids de leur propre gravité, de leur "unsustainability", comme ils disent.
A ce sujet, il convient de bien comprendre les implications du concept d' "aléa moral" et de "too big to fail". Beaucoup d'économistes nous expliquent de façon très convaincue que la perspective d'un sauvetage public a conduit "les banques" à négliger les risques de long terme. Mais du point de vue du salarié, qui sait que ce sauvetage s'accompagnera de restructurations, dont il ne sortira peut être pas renforcé, cette explication est elle suffisante ? Non. L'aléa moral concerne d'abord le dirigeant, ou la poignée de managers "C-Level" qui vont opérer la plus grosse ponction sur les bénéfices de l'entreprise dans les bonnes années.
L'aléa moral lié au sauvetage public doit se comprendre comme un élément fondamental de blocage d'éventuelles poursuites judiciaires après la faillite. En cas de mise en liquidation "ordinaire", les actionnaires spoliés auront un poids considérable pour faire la lumière sur d'éventuels agissements frauduleux ou simplement d'une incompétence impardonnable, pour obtenir des réparations. Mais si l'état prend en mains la société faillie, alors il deviendra de facto une force majeure d'obstruction à ce type d'enquête, car il aura lui aussi intérêt à sauver son investissement, et donc à rendre plus difficile toute enquête gênante pour le management.
Et c'est ainsi que l'état US n'a encore procédé à aucune inculpation majeure suite à la crise. Dick Fuld, qui a truqué la comptabilité de Lehman pendant des années ? Poursuites abandonnées. Ken Lewis (B.of A.), Chuck Prince (Citi) ? connais pas. Franklin Raines (Fannie Mae) ? Allez, deux millions d'amende et va jouer au golf. Angelo Mozilo (Countrywide) ? Amende égale au cinquième des bénéfices encaissés, payée en grande partie par... Bank Of America. Scandale AIG ? Aucune poursuite. Scandale Abacus ? Amende simple, pas de poursuites. Etc, etc, ad nauseam... Pour l'instant, seuls quelques crocodiles de seconde zone ont été arrêtés, comme l'ex PDG de la banque Taylor Bean. Personne ne connait ? Normal, il n'était pas "too big to fail", lui.
Danger pour l'économie,
Telle est la société qui se dessine devant nous : une société où des requins recherchent la protection de l'état pour pouvoir opérer leur prédation en paix.
Mais cette économie de la prédation ne peut fonctionner bien longtemps : l'écroulement de la pyramide de crédits à hauts risque et le transfert de la dette subséquente sur les contribuables menace de plonger les économies occidentales dans un marasme sans précédent. L'économie verte subventionnée détruit notoirement beaucoup plus d'emplois qu'elle n'en crée, mais déjà les états surendettés commencent à jeter l'éponge. Et lorsqu'un banquier important réclame "moins" de régulations, "parce que ce ne serait pas bon pour l'économie", il oublie sciemment de préciser qu'un abaissement des barrières réglementaires ne peut fonctionner que dans une société où les agissement de sa profession auraient déjà conduit nombre de ses collègues dans le cabinet d'un enquêteur financier... Au minimum ! La dérégulation selon Jamie Dimon ne peut pas fonctionner dans le monde de Jamie Dimon, elle n'est qu'une carte d'accès libre pour les requins dans les bancs de sardines.
Cette économie ressemble au mode de vie des colonies extra-terrestres imaginées par les scénaristes du film "Independance Day", où les aliens décident d'épuiser les ressources d'une planète, y semant la désolation, avant d'aller en conquérir une autre... Sauf que les oligarques doivent vivre dans le même monde que leurs victimes, et que cela ne sera pas éternellement possible sans que la population ne se réveille...
Danger pour les libertés !
Tout finit par se savoir, surtout à l'époque de wikileaks. Mais les oligarques feront tout pour empêcher que la société de l'information transparente, "la réalité augmentée" chère à Drieu Godefridi, ne permette de mettre au jour leurs turpitudes. D'où, au niveau international, la profusion de textes visant à mettre sous l'éteignoir Internet, d'où les menaces de mort à peine voilées contre J. Assange.
Demain, si nous n'y prenons pas garde, le seul fait de suggérer qu'une entreprise, une banque, un grand capitaine de la finance, ait pu peut être avoir un comportement susceptible de poser quelques questions sur sa déontologie, voire même suggérer qu'il serait bon que la justice enquête, sera passible de poursuites. L'extension infinie du champ de la "diffamation" et de la "présomption d'innocence" balaieront l'un des piliers des sociétés libres, la liberté d'expression.
Empêcher la nouvelle oligarchie de voler en paix sera un sport dangereux.
Mais à court terme, le plus grand danger, pour revenir à la scène politique franco-française, est que cet oligarchisme soit hélas pour nous le plus souvent confondu par le grand public avec le libéralisme plutôt qu'avec le socialisme ou l'interventionnisme étatique.
Malgré d'indiscutables progrès permis par l'internet, ce grand empêcheur de pensée "unique", trop de gens ne savent pas faire la différence entre un capitalisme libéral (qui n'existe guère aujourd'hui) et un capitalisme oligarchique tirant sa force de la complicité de l'état. Alors, si la population finit par se rendre compte que ce capitalisme là est le problème, que blameront elles, dans un monde de représentations purement duales où n'existerait que le libéralisme contre le socialisme ?
Les dégâts posés par le nouvel oligarchisme ouvrent un boulevard à une sévère reprise en main des économies par l'état. Martine Aubry et Benoit Hamon (le pire des roses rouges) ont un boulevard devant eux. Sans oublier Marine Le Pen, qui a parfaitement compris cette mutation de l'électorat et a transformé son discours économique en diatribe anti capitaliste dure, appelant à une remise sous tutelle directe de l'état des industries "stratégiques" et de la finance. Comme je vois mal l'électorat français choisir majoritairement de voter pour pour un programme à la fois extrême gauchiste économiquement et à très forts relents nationalistes sur d'autres aspects, que d'aucuns ne manqueront pas de rapprocher avec les propositions du NSDAP en d'autres temps, plus sûrement verrons-nous le retour des clones de François Mitterrand, version programme commun.
Cela serait bien triste. Car le dirigisme exacerbé d'un Mitterrand version "rose pur", partout où il a été expérimenté, a produit des régressions économiques tout aussi fortes que celles produites aujourd'hui par les excès de la néo-oligarchie, et cet échec a exacerbé la tentation des gouvernements de restreindre les libertés pour empêcher un changement de l'ordre des choses.
De ce point de vue, socialisme et oligarchisme se ressemblent : spoliation, appauvrissement, étouffement des vrais entrepreneurs et de l'économie, tentations liberticides... Mais les bénéficiaires de la spoliation ne sont pas les mêmes, d'où l'importance de ne pas traiter ces deux phénomènes comme un seul.
Conclusion : n'ignorons plus notre pire ennemi
Réduire le combat des idées à la liberté contre le socialisme nous éloigne du vrai cancer des sociétés d'aujourd'hui, l'émergence d'une nouvelle oligarchie, prédatrice mais furtive et enveloppée dans les draps rassurants de doctrines tour à tour économiquement, socialement et écologiquement correctes.
Les oligarques sont difficiles à combattre puisque leur ubiquité idéologique fait qu'ils peuvent être nos alliés sur certains dossiers économiques, et que nous risquons de nous faire récupérer, manipuler, tout comme les états socialistes et les ONG "vertes" se font suborner par les mêmes biais, dans le cadre de même jeux d'acteurs qui tournent au jeu de dupes.
Mais cela ne doit pas nous dissuader d'essayer de convaincre, y compris les socialistes, qu'il serait sain d'organiser une séparation complète du capitalisme et de l'état, et de replacer le primat de la pleine et entière responsabilité et de la sanction en cas de mauvais agissements, de la faillite en cas d'erreur de jugement, au centre du fonctionnement de nos institutions.
L'alternance politique ne se jouerait donc plus entre "plus" ou "moins" d'intervention dans le quotidien de l'économie, mais entre "plus" ou "moins" de redistribution des fruits d'une société ou le véritable entreprenariat, libre mais responsable de ses échecs et fautes, serait enfin pleinement accepté comme le pilier essentiel de notre bien être collectif.
Nous devons cesser d'être naïfs devant les métastases du cancer oligarchique.
Le nouveau livre de Vincent Bénard, "Foreclosure Gate", vient juste d'être publié aux éditions Edouard Valys.
Commentaires
chez nous c'est simple ça s'appelle l'Enarchie et son sous produit le Colbertisme.Comme disait Chirac il faut laisser la politique aux spécialistes. -:( ou encore vous allez être étonné jusqu'ou j'irai dans la démagogie.....
cette fois ci ,encore, ça démarre très fort....la réalité est simple quand vous pouvez être conditionné à longueur de journées par la TV ,il suffit d'y mettre les siens....ce qui se passe sur le gaz de schiste ou le réchauffement de la planète est exemplaire
Vincent Bénard nous propose une perspective positive. On veut bien y adhérer. Mais la recherche d'un consensus par la conviction n'est-t-il pas en réalité un marché de dupe ?
L'échec de la politique, pourtant peu ambitieuse, du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux tend à démontrer que le consensus est illusoire. De même, la morgue incroyable des syndicats à propos du "pouvoir d'achat" des fonctionnaires semble indiquer qu'ils ne renonceront jamais à la spoliation. De l'autre côté du spectre collectiviste, le chantage "too big to fail" de l'oligopole bancaire s'appuie sur le soutien toujours sans faille de l'Etat. Et que dire des 42€ accordés à EDF, autre champion du monopole étatique ?
Qui peut réellement croire qu'un collectiviste renoncera volontairement à son idéal, les miettes laissées à la liberté étant sévèrement administrées ? La foi en l'idéologie n'est pas négociable. Rappelez-vous l'expérience socialiste de la décennie 80 : seule la contrainte du réel permet de renoncer aux illusions dogmatiques.
@bubulle
http://www.democratiedirecte.fr
Cet article est excellent. Il met en lumière un réel danger pour nos sociétés dont la majorité des gens n'est pas consciente. Merci.
"l'ensemble des causes qui ont provoqué la crise tiennent à la combinaison de mauvais comportements privés lourdement favorisés voire initiés par l'état, qui en était également bénéficiaire politiquement tant que les choses allaient "bien".
Tout est dit!
Excellent texte.
Il est malheureusemnt aussi difficile, par expérience, de faire admettre cette vision des choses par un militant "de gauche" ( conditionné par sa foi "militante") que par un jeune "libéral"lancé dans sa carrière au sein d'une "grosse boîte" ( conditionné par la Pyramide de Maslow ou autres techniques de lavage de cerveau.)....
Ok tres bien. On sait que le capitalisme de connivence est un fleaux, il n y a qu a voire toute les entreprises de lobbying qui ne se cachent meme plus rodant au parlement europeen et a l'assemblee nationale pour recuperer le magot, et comme le dit la Loie Biture-Camembert, le montant de la spoliation est egal au montant de la destruction. Cela dit que faire ? La seule solution reside donc simplement dans la limitation de l'impot et des deficits (et donc si il n y a plus rien a gagner, il n y aura plus de connivence), qui doit etre inscrit dans la constitution. Bien sur les privileges ne se limitent pas a une redistribution d'argent, mais aussi egalement a des privileges portant atteinte a la libre concurrence. Apres evidemment quand on voit qui sont les gardiens du temple (Giscard, Chirac etc...) on voit bien comment une regle simple peut etre interpretee de maniere extensible et parfois interessee.
Petit commentaire, tout de meme sur un petit biais de selection en citant, Martine Aubry et Marile Le Pen. Pas sur que notre president actuelle fasse beaucoup mieux en terme de connivence avec les milieux d'affaires, et pour s en convaincre il n y aura qu a comparer le chiffrage des promesses des uns et des autres et il est bien possible que le champion de la destruction (au sens de Biture Camembert) pour l election presidentielle ne soit pas de gauche...
Personnellement j'ai pris l'habitude de ne plus réfléchir en terme de "privé" et de "public" cette classification n'est pas pertinente. Un syndicat est une association de droit privé, disposant de privilèges étatiques. Comme le big business courant après les marchés publics et les subventions. Ou un parti politique.
Il me semble bien plus pertinent de penser en terme d'organisations en concurrence ou pas. Ainsi, un canton suisse est un Etat, mais du fait de sa taille, comparable à une grosse commune ou à une très grosse copro, il est en FORTE concurrence. Souvent, un déménagement d'un kilomètre peu suffire à changer de constitution. Cela les force indéniablement à améliorer la qualité de leurs services et à baisser la facture...
Cette oligarchie aura tôt fait de se transformer en nomenklatura, si l'on ne prend pas garde à freiner la concentration du pouvoir. La nomenklatura était-elle assez stupide pour croire au socialisme ... ?
C'est fondamentalement l'univers réglementaire - c'est à dire la capacité d'utiliser la loi et le vote parlementaire pour spolier, modifier, déplacer des droits de propriété, et donc les rentes qui vont avec - qui est la source du phénomène. Ce n'est pas tant un problème de subventions ou d'impôts (qui ont leur part, sans aucun doute) qu'un problème d'altérer le fonctionnement des marchés et la distribution des richesses en modifiant les règles du jeu par l'intervention réglementaire. C'est cet aspect qui, dans le monde d'aujourd'hui, rend si important pour les entreprises de bénéficier de bons réseaux de connivence, avec évidemment retours d'ascenceurs. En proliférant, l'activité réglementaire produit inévitablement des réseaux de connivence de plus en plus étendus et interactifs, avec disparition des vieilles barrières qui séparaient l'univers "public" du monde privé. De ce point de vue, il ne faut pas s'en prendre aux "lobbyistes". Ils ne font que leur travail. Ils exercent une activité qui produit de la valeur - des "rentes", des privilèges - pour ceux qui rémunèrent leurs services. Ce n'est pas tant réduire la pression fiscale qui y changera quelque chose (même si c'est nécessaire). Mais limiter la possibilité donnée aux coalitions politiques à étendre l'empire des réglementations et à modifier à leur gré en permanence par la redistribution réglementaire la structure des droits de propriété des autres.
Je me suis souvenu d'un bon texte publié par Euro92 , écrit par Virginie Postrel.
Lisez: http://www.euro92.com/edi/biblio/po...
Elles classifie les gens non pas entre droite et gauche, mais entre les idées "fixistes" et les "dynamistes".
Son texte aide a comprendre la dynamique ou plutôt l'inertie au changement de la classe politique française.
Cet article est excellent; mais surtout, il est étonnant venant d'un auteur qui officie sur plusieurs sites - dont "objectif éco", le site des traders purs et durs.
J'avais déjà remarqué l'esprit critique de V. Bénard. Il est libéral mais réaliste, et finalement très sévère pour les dérives du libéralisme. Le socialisme s'est déconsidéré par ses excès. Le libéralisme emprunte le même schéma.
Nous sommes dans une époque formidable (historiquement) qui a vu l'effondrement de l'idéologie socialiste, et bientôt, celui de l'idéologie libérale.
"Encore quelques mois, quelques années Monsieur le Bourreau!"
Pour résumer : ce qui est le plus important dans cette affaire, ce ne sont pas les "transferts directs" opérés par l'Etat et ses agents au profit d'affaires privées, mais les transferts "indirects" via la réglementation et l'altération des droits. C'est sur ce dernier marché qu'il y a le plus à gagner, et où sont donc gaspillées les sommes les plus importantes (qui ne sont pas perdues pour tous).
Comment en sortir ? Certainement pas en interdisant, ou en 'réglementant' les activités de lobbying. Mais en en réduisant la cause : la capacité d'intervention économique ou réglementaire de la loi et de l'Etat au delà des missions régaliennes légitimes d'un Etat minimal.
A Henry. Je suis daccord avec vous dans l absolue, mais en pratique comment eviter la nuisance reglementaire ? En interdisant la reglementation ? En imposant illegal ces fausses loies ? Mais qui jugera cela ? Un conseil constitutionel ? On voit qui y siege ... Donc je ne vois pas comment vous allez reduire les capacites d'intervention des etats. La solution simple, est je pense de limiter les recettes de l etats par un impot max et un deficit max. Dans le cas de la crise des sub primes que se serait il passe ? L'etat aurait atteint son maximum de deficit et n aurais pas pu lever plus d'impot, certaines banques auraient donc du faire faillite. Cette simple mesure aurait permis d'eviter cette connivence car l'assurance etatique aurait ete limitee.
Créer une hiérarchie entre les risques n'est pas véritablement opportun.
Etat-providence et capitalisme oligarchique trouvent leur source dans la même logique de domination, au prétexte d'organiser la société, jusqu'à convoquer un idéal de "civilisation".
Mais l'histoire économique récente montre que le capitalisme oligarchique ne se développe que dans la mesure où préexiste la collectivisation de l'économie et de la société en général.
Certains ont pu reprocher aux idées libérales, avec quelque légitimité, d'être limitées à la critique de l'Etat et de négliger la menace d'un pouvoir économique concentré devenu dominateur. Et pourtant, force est de constater que c'est le collectivisme au sens large (socialiste en particulier) qui, en dénaturant les droits fondamentaux, est à l'origine des oligarchies économiques. En France, qui donc est responsable d'avoir créé ces monstres artificiels que sont les "champions nationaux" ? Ce matin encore, Royal ne disait pas autre chose en souhaitant une quasi nationalisation de Total (plutôt que son démantèlement). Hors de France, comment ne pas être interpellé par le poids économique des membres des partis au pouvoir et des militaires, en Egypte, en Chine ou dans tous ces paradis socialistes ?
On peut partager l'analyse de l'auteur, sauf sur un point : l'idéologie à combattre reste bel et bien le socialisme. Les idéologues socialistes ne peuvent être convaincus : la "laïcité économique" devra être imposée.
A racalm
1/ Objectif eco n'est pas du tout un site de traders pur et dur
2/ Le socialisme part d'une idée généreuse mais à des conséquences désastreuses. Il ne s'est pas déconsidéré par des excès, il est déconsidéré par les mauvaises idées qui le sous-tendent, tout simplement.
3/ Comment pouvez-vous dire que le libéralisme s'est déconsidéré alors que, comme le montre cet article de Vincent, le système dans lequel on vit n'a pas grand chose à voir avec le libéralisme.
4/ L'idéologie libérale a mauvaise presse et est surtout mal comprise, mal connue et caricaturée. Il n'y a pas de troisième voie si ce n'est un mix entre les deux. Il faudra bien choisir votre camp. On ne peut être tout à la fois anti-socialiste et anti-libéral. Or vous semblez vous réjouir du soi-disant effondrement des deux idéologies. Quel système prônez-vous donc à la place?
A Lio
Le socialisme est sous-tendu par des idées fausses?
Peut-être. Mais on peut avancer la même objection contre le libéralisme. Ce débat est philosophique et sans fin.
"Le système dans lequel on vit n'a pas grand chose à voir avec le libéralisme".
Il me semble, au contraire, que nous vivons la phase du libéralisme triomphant. Il a gagné dans les têtes; et d'abord dans les têtes de nos dirigeants politiques. Il est fascinant de constater, l'Histoire est cruelle, que les outils qui ont façonné l'organisation libérale présente ont été, ou sont, cornaqués par ...Pascal Lamy pour l'OMC, Strauss Kahn pour le FMI, Delors pour l'Europe et l'euro, Bérégovoy pour la Bourse. Tous des socialistes "pur sucre" obnubilés par les idées libérales.
Alors que faire? Je ne sais pas. Mais il me semble que l'urgence appelle un retour du POLITIQUE. En commençant par l'expulsion des instances de l'Etat de l'oligarchisme dénoncé par V. Bénard. Rude combat. En réalité une révolution des esprits.
Pour terrasser le taureau de la spéculation - cette excroissance inscrite dans les gènes du libéralisme- Roosevelt a imposé, en 1933, des mesures politiques draconiennes. Au grand dam de Wall Sreet. Aujourd'hui les riches pleurnichent quand leur taux d'imposition atteint 50%. Se souvient-on que Roosevelt les a taxés jusqu'à 90% !
Ce qui manque à nos politiques: des idées claires et surtout du COURAGE.
@racalm
"Tous des socialistes "pur sucre" obnubilés par les idées libérales"
Non, des socialistes pur sucre qui essaient d'introduire un peu de réalisme dans leurs idées socialistes.
Un bon indicateur : si nous vivions dans un système libéral, les prélèvements obligatoires seraient de l'ordre de ... allez, en étant généreux... 15% du PIB.
On doit ajouter que Racalm désigne les organismes internationaux (l'OMC, le FMI, l'Europe... ) en les "étiquetant" de façon erronée.
L'OMC régule des échanges dans une optique purement mercantiliste, à l'opposé des idées libérales. Le FMI intervient au nom des Etats pour corriger les erreurs de ces mêmes Etats : rien à voir avec la pensée libérale. L'Europe cherche à se construire en centralisant les pouvoirs, en soumettant les droits fondamentaux des populations (vie, liberté, propriété) défendus par les libéraux. Ne soyez pas étonnés que les socialistes convaincus aient investi ces organismes internationaux : l'idéologie socialiste est parfaitement compatible avec les outils de domination qu'ils mettent en oeuvre.
L'histoire est effectivement cruelle, car c'est l'Etat-providence socialiste qui a servi de terreau aux oligarchies capitalistes, certainement pas les idées libérales. Enfin, on ne peut objecter au libéralisme de se fonder sur des idées fausses, tout simplement parce que le libéralisme, contrairement au socialisme, n'est pas une idéologie.
A racalm
Non, le libéralisme n'est pas sous tendu par des idées fausses bien au contraire, encore faut-il savoir de quoi on parle. Si pour vous, on vit aujourd'hui "la phase du libéralisme triomphant", c'est que vous vous méprenez sur ce qu'est le libéralisme (en plus d'être complètement en désaccord avec l'article de Vincent Bénard que vous dites pourtant approuver, curieux paradoxe). Je vous conseillerai de lire quelques grands penseurs libéraux (économistes et philosophes) pour vous en faire une idée plus juste. En voici une petite liste : Locke, Montesquieu, Smith, Tocqueville, Say, Ricardo, Bastiat, Mises, Hayek, Rand, Mill Père et fils, Turgot etc.
... Kant, Benjamin Constant, Karl Popper ...
Mais pour commencer : Locke et Bastiat
@racalm
En matière d'économie politique, le cerveau de nos "dirigeants" est autant une décharge à idées fausses que celui d'un militant du NPA, pour une raison simple, ils ont tous ont été élevés à l'éducation nationale communiste et obligatoire et qu'il est aussi difficile d'en sortir intellectuellement que pour une afghane d'enlever sa burqa.
Maintenant, je vais vous donner un critère fiable pour différencier un vrais libéral d'un néo-socialiste, Vous lui posez simplement la question de savoir s'il est favorable à la plus grande concurrence, institutionnelle, juridiques, fiscale et "infra-structurelle" entre États et entre collectivités locales pour le bien des habitants.
Pour gagner du temps inutile de poser la questions à ceux qui ont une forme quelconque de proposition de type "gouvernance mondiale" (FMI, Banque mondiale, OMC) ou de type jacobinisme français et ou européen, ils sont perdus d'avance pour les idées libérales.
C'est presque infaillible, bon test.
@Lio,Gérard Dréan, Bubulle, Alf et les autres
Aïe aïe aïe! J'ai fait mouche. Les vrais libéraux me tombent sur le poil. Il est vrai que mon commentaire s'inscrit dans un site "libéral". Je détonne ...tant pis pour moi.
Alors je vous avoue, je n'ai pas lu les auteurs que vous citez. Je le regrette. Je n'ai pas eu le privilège de faire une formation BAC+10. Je ne suis donc pas de taille à discourir avec des libéraux cultivés MAIS d'autres le peuvent car il y a d'autres écoles de pensée et d'autres auteurs pour porter la contradiction.
Cela dit, cette (douce) polémique a du bon. Dans l'échauffement de la pensée on avance des arguments qui révèlent la pensée profonde. Je cite: "Si nous étions dans un système libéral, les prélèvements libératoires seraient ... de 15% du PIB"
Voila des paroles claires. Tout un programme! L'Etat réduit à sa portion congrue: la justice, l'armée, la diplomatie, la monnaie. Aux orties l'éducatif, le social, l'accompagnement économique, les grands projets etc ...
"15% du PIB", c'est à peu près ce que l'Etat prélevait en 1900. La belle époque ... pour quelques-uns.
Halte-là, vous rêvez Messieurs! Je vous le dis tout net: NON. Et avec la tranquillité d'esprit de celui qui sait que les Peuples, au moins en Europe, refuseront vos options avec plus de rudesse que moi.
racalm, d'accord pour discuter. Mais il faudrait que nous parlions de la même chose. Manifestement, vous avez du libéralisme une idée tout à fait différente de celle des libéraux, que vous avouez ne pas connaître.
Juste un correctif : les libéraux ne veulent pas envoyer "aux orties" l'éducatif, le social, l'accompagnement économique, les grands projets, ils veulent le rendre aux citoyens eux-mêmes.
Peu de temps après la chute du mur de Berlin, je recevais des industriels est-allemands qui ne comprenaient pas comment une économie pouvait fonctionner sans un bureau central qui dise à chaque entreprise ce qu'elle devait produire et pour qui. Et l'idée que chaque entreprise décide elle-même de sa production et cherche à trouver des clients à ses risques et périls leur paraissait inconcevable. Et pourtant, la preuve est faite que c'est comme ça que ça marche le mieux.
Après près d'un siècle d'étatisme, vous êtes un peu dans les mêmes dispositions d'esprit en ce qui concerne "l'éducatif, le social, l'accompagnement économique, les grands projets etc ". Et hélas vous n'êtes pas le seul.
De retour de voyage, je découvre ce texte EXCEPTIONNEL DE LUCIDITE de Vincent. Cette analyse est à diffuser le plus largement possible, car elle désigne clairement le danger majeur auquel se voit confrontée toute notre société occidentale.
Il faut absolument mettre en échec cette démarche sournoise qui est mise en oeuvre par quelques milliers de grands privilégiés de la fortune, de la célébrité, de la haute politique, de l'univers doré des people, etc., Cette question occupe une grande partie de nos préoccupations, chaque fois que Vincent et moi nous nous rencontrons. Parmi les grands personnages de ce monde qui n'adhèrent pas à ce réseau de connivences, seul le Président Tchèque Vaclav Klaus ose dénoncer publiquement cette progression vers une captation du pouvoir, au niveau mondial, par une "élite" cosmopolite, autoproclamée et cooptée. Vaclav Klaus a connu la dictature d'un système fondé sur le pouvoir absolu d'une nomenklatura. L'oligarchie que Vincent stigmatise a tiré des enseignements de cette expérience totalitaire qui s'est développée comme un chancre au XXème siècle, avant de s'effondrer sous la lourdeur et la stupidité des structures stériles mises en place pour contrôler et opprimer les peuples. Mais ce système pervers a quand même perduré plus de soixante-dix ans dans l'ex empire des Tsars, et plus de quarante années dans une moitié d'Europe et plusieurs grandes états asiatiques.Aujourd'hui, une ou deux de nos générations sont menacées pareillement aux populations russes et européennes du siècle précédent.
Aujourd'hui, les recettes totalitaires soviétiques sont associées à l'efficacité économique du capitalisme, en Chine. Ce modèle semble fasciner certains des cadors du système de connivences occidental, qui rêvent d'emprunter certaines de ses caractéristiques pour asseoir la domination de leur tribu cosmopolite sur le monde. Vincent appelle ce système l'oligarchie. Pourquoi pas ? Mais Georges H. W. Bush lui a donné un NOM (excusez le mauvais jeu de mot !), en appelant l'humanité à un NOUVEL ORDRE MONDIAL. Et puisqu'on parle de noms, jetons en quelques uns, pêle-mêle, même si je prends le risque de me voir rééduquer, un jour plus ou moins proche, dans un centre de thérapeutique cognitive d'Alaska, évolution scientifique des goulags d'autrefois. Tout le monde connait les grandes familles que sont les Rockefeller, les Rothschild, les McNamara, les Bush, les nouveaux enrichis du système tels que Georges Soros, Warren Buffet, Bill Gates, Ted Turner, les politiciens mythiques que furent Kissinger, et plus près de nous Bill Clinton et Madame. Ils font partie des grands leaders de ce projet d'organisation mondiale. Ce n'est pas par hasard qu'ils ont recruté le Camarade Gorbatchev, devenu chômeur par suite de collapsus soviétique, pour apporter à leur système des idées et des compétences patiemment forgées au sein du KGB avant qu'elles ne soient développées au sommet de l'Empire soviétique, sous ce vocable aguicheur de "Glasnost", tentative avortée de rendre respectable un système odieux, pour séduire les naïfs occidentaux. Ce n'est pas pour rien que ces grandes familles ont fait la courte échelle à un jeune socialiste aux dents longues, Maurice Strong, et l'ont fortement aidé à entrer dans le club des milliardaires en dollars, à l'âge où certains fils à papa usent encore leurs fonds de culotte à l'université ! Maurice Strong a mangé aux deux rateliers que lui ont offert le gouvernement chinois, d'une part, la nomenklatura capitaliste occidentale d'autre part. Sa mission était claire: s'imposer comme l'éminence grise de l'ONU, faire triompher l'idéologie du "sustainable developement", ou développement durable, ou économie verte, comme vous préférez. A partir de là, il fallait fédérer les ONG et les mouvements écolos dans une structure de pilotage: mission accomplie en 1992, par la création du Earth Council, toujours présidé par ce Maurice Strong maintenant exilé chez ses amis chinois pour avoir eu des faiblesses pour les pots de vins de Saddam Hussein.
Oh, qu'elle est idyllique, cette idée qu'une communauté de cerveaux superintelligents et superinformés pourraient conduire l'humanité en assumant de façon altruiste une mission d'utilité publique de gouvernance mondiale ! Merci, braves banquiers de Wall Street, rejetons illustres de grandes familles où se transmettent par héritage les milliards de dollars et les neurones agiles, merci de bien vouloir nous soulager de la charge pesante que nous assumons en tant qu'électeurs, et de bien vouloir veiller, à notre place, à notre bonheur, notre confort, notre consommation et nos jeux télévisés. Merci, altesses de nos grandes familles régnantes d'Angleterre, de Hollande et de Castille de vouloir reprendre, pour notre bonheur à tous, un peu du pouvoir absolu de vos ancêtres, malgrè que nos pères, à nous, les ingrats, vous en aient privé en instituant la démocratie, ce système de gouvernement inefficace et, pour tout dire, ringard. Merci de nous envoyer, pour nous éclairer et nous éduquer, votre héraut Jacques Attali, dont les neurones pointus d'ancien major de Polytechnique s'avèrent si fertiles à élaborer des stratégies novatrices et toujours perdantes. Ah oui, qu'il est beau, le songe d'Attali, d'un gouvernement mondial pacificateur, régulateur, bref, ce grand état-major d'élite qui serait chargé de diriger une bureaucratie tentaculaire et cosmopolite pour réaliser ce que même Dieu n'a pas réussi à faire, le Paradis sur Terre!
Trève de galéjade ! Vincent a mille fois raison. Nous sommes à la croisée des chemins. Gauche ? Droite ? Cette confrontation politico-électoraliste n'est plus un enjeu valide. Caciques du Parti Socialiste et barons de la vieille droite étatiste se rencontrent pour gueuletonner et ourdir leurs manoeuvres secrètes aux dîners mensuels du "Siècle", club très fermé de "la classe dirigeante française". Là, se retrouvent autour d'une table bien garnie, Nicolas Sarkozy (avant son accession à la présidence de la république), Martine Aubry née Delors, des grands patrons d'entreprises sortis de l'ENA, tels que Jean-Yves Haberer (du moins avant qu'il n'ait mis en faillte le Crédit Lyonnais), ou d'autres bien plus efficaces, tels Edouard de Rothschild (ah, la banque ! C'est bien elle qui nous trace la route !), Et puis aussi nos grands informateurs, people de nos médias, telle la lumineuse Michèle Cotta, les journalistes gauche-caviar, comme Joffrin ou July, sans oublier le scribe de service, le jovial Jacques Attali, et notre divine et bellissime Anne Sinclair, épouse de qui vous savez, grand connaisseur de femmes et patron du FMI, qu'on nous présente comme l'ogre qui va croquer tout cru notre petit sarko. Voila le match que nous concocte le Nouvel Ordre Mondial, et mettant sur le ring ses deux poulains favoris, d'un côté le poids lourd Strauss-Kahn, dit "le Sarkophage", surpuissant, mais peut-être bedonnant et un peu essoufflé, de l'autre le poids mouche Nicolas, petit, mais teigneux, et qui pourrait faire une côte énorme au nouveaux paris du PMU-Internet. A moins que Sarko, prudemment, ne se dérobe, et aille cueillir les fruits dorés de sa célébrité et de son carnet d'adresses, en fondant Sarko and Co, lobbying en tous genres, comme l'ont fait si brillamment ses devanciers du Nouvel Ordre Mondial, Kissinger, Jimmy Carter, Bill Clinton, Tony Blair...A moins qu'il ne suive les traces d'Al Gore sur la voie du messianisme affairiste et de la maîtrise des Hedge Funds. Quand on est NOM, c'est tellement pus facile de réussir dans la finance! Ou à moins encore que Dominique Strauss-Kahn ne veuille point lâcher la proie pour l'ombre, décide de rempiler au FMI, et que l'élite autoproclamée n'envoie à sa place la fille à papa Delors, l'ambitieuse Martine ... Strauss-Khan, Delors, il y a bien des similitudes entre leurs deux carrières, d'abord ministres emblématiques d'une certaine gauche caviar, ensuite grands feudataires d'organisations internationales, fiefs du réseau du NOM.
J'ai bien peur que l'oligarchie que nous décrit Vincent n'ait déjà gagné les prochaines présidentielles, car cette fois-ci, on ne verra pas arriver dans le jeu de quilles un trublion du type Ségolène pour faire avorter le match Strauss-Khan contre Sarko, déjà prévu pour la présidentielle de 2007. Ah moins que Nicolas Hulot ? Pas possible, lui aussi mange aux rateliers du NOM.
Que les libéraux ne se trompent pas de cible, et qu'ils comprennent le sens de leur mission. La défense de la démocratie et du libéralisme exige la défaite du Nouvel Ordre Mondial. Notre liberté individuelle à tous en dépend. Qu'importe que nous ayons perdu d'avance la présidentielle de 2012. Nous avons le devoir d'utiliser toutes les armes que ce qui nous reste de démocratie nous offre, pour faire échec à l'agenda porté par le futur Président, surtout s'il devait s'agir d'un Strauss Khan, véritable satrape du Nouvel Ordre Mondial. Que nous sachions faire cela, et que nous le fassions bien savoir, nous préparerait des lendemains radieux!
@racalm: "Voila des paroles claires. Tout un programme! L'Etat réduit à sa portion congrue: la justice, l'armée, la diplomatie, la monnaie. Aux orties l'éducatif, le social, l'accompagnement économique, les grands projets etc ..."
Confier la monnaie à L'Etat !! mais vous êtes fous !!
Vous voulez combien de crises encore avant de revenir sur cette erreur ?
Aucune banque centrale, point barre. Chez les libéraux Autrichiens au moins, ça fait l'unanimité.
En seconde best c'est au pire, le franc or d'avant 14.
Il va falloir que vous bossiez encore un peu nos idées.
Je me demande si vous n'ètes tout simplement pas en train de découvrir que pour comprendre le monde qui noius entoure l'économie ne suffit pas.
Il faut aussi faire intervenir d'autres domaines décriés, comme la sociologie ou la psychologie. J'ajouterais même la biologie (je pense à l'excellent film "Mon oncle d'Amérique").
@toto
L'économie n'est qu'une discipline parmi d'autres, les idées libérales sont des idées sur le Droit avant tout. Parmi les libéraux, ont trouve donc des juristes et des philosophes, des psychologues des groupes.
Tocqueville est un auteur en science politique et ne parle pas d'économie, encore que certains le classent plus à la droite (de son époque) que parmi les libéraux.
Hayek a lui même eu son Nobel pour ses travaux d'économie jusqu'à 40 ans et s'est intéressé par la suite à toutes les autres sciences sociales, notamment la psychologie cognitive dont il voulait faire sa carrière étant jeune.
http://cat.inist.fr/?aModele=affich...
Encore chez les stars, Bruno Léoni est un juriste Italien Éminent.
Les ecclésiastiques de l'école de Salamanque sont des figures essentielles de l'histoire de nos idées et du droit naturel.
et bien sur des sociologues Français comme Raymond Boudon
http://www.enquete-debat.fr/archive...
De plus bien des économistes en France sont anti-libéraux et plutôt serviteur Zélé d'un État qui les paie.
Vous pouvez surveiller le café liberté si ces sujets vous intéressent.
http://affinitiz.net/space/cafelibe...
@ Alf
oui, je connais les thèses de l'école autrichienne sur la monnaie. J'ai hésité un moment. Mais, finalement, je crois que la monnaie relève du pouvoir régalien.
Depuis que le monde est monde la monnaie, c'est l'affaire du Prince. Il a une responsabilité globale. Et c'est vraiment un pari que d'accorder sa confiance à la banque"Machin" et/ou à la banque "Truc".
L'histoire de l'Euro confirme. Monnaie fiduciaire et monnaie sans Prince, confiée aux bons soins des banquiers ... Monnaie mort-née.
@ JM Bélouve
Chapeau bas Monsieur, je vous découvre. Votre commentaire est plein d'informations et écrit dans un style polémique que j'apprécie.
Je vous suis sur le fond. Sarkosy ou Strauss-Kahn ou Aubry ... même panier. Un bémol cependant: attention de ne pas succomber au syndrome du complot.
@racalm : "Depuis que le monde est monde la monnaie, c'est l'affaire du Prince."
Il y a une arnaque rhétorique dans cette affirmation, et vous tombez dedans me semble t'il. Jamais les princes n'ont eu un tel pouvoir sur la monnaie.
On fait ainsi passer un pouvoir exorbitant et monstrueusement destructeur qu'est celui des banques centrales pour un truc traditionnel.
Non seulement les BC sont une invention récente mais la banque libre l'a précédé massivement.
La libre concurrence bancaire en France (1796-1803)
par Philippe Nataf
http://ami.du.laissez-faire.eu/_nat...
Pour les économistes du 18ème siècle, la libre concurrence bancaire était une évidence ; la meilleure manière d'organiser le système bancaire pour maximiser son efficacité, sa stabilité et sa justesse était de le laisser s'épanouir spontanément. L'auteur décrit les rouages d'un régime bancaire méconnu et expose les événements politiques qui ont conduit à sa disparition.
...
Pour être plus précis (tout en restant bref) :
Depuis que le monde est monde, la monnaie a été une construction spontanée où les marchands ont joué le premier rôle. Les "princes" de tout acabit ont très vite eu le rôle ce certifier l' "aloi" des pièces, c'est-à dire leur teneur en métal précieux qui seul était accepté pour de la vraie monnaie. Tous ont en permanence tenté d'abuser de ce pouvoir pour financer leurs folies plus facilement que par l'impôt, et sans avoir de comptes à rendre à personne. Et tous ont été vigoureusement dénoncés par les penseurs économiques du moment.;
Les "princes" ont mis des siècles à prendre le pouvoir sur la monnaie, et n'y sont vraiment parvenus qu'au XXe siècle avec les accords de la Jamaïque de 1976. Et paradoxalement les penseurs économiques de ce moment-ci applaudissent.
Autre remarque : j'aime mieux parier (en m'étant d'abord renseigné) que le peux faire confiance à la banque Machin, sachant que si elle me déçoit un tant soit peu, je peux la quitter pour la banque Truc, plutôt qu'être contraint de faire confiance à la banque du Prince, connaissant les motivations de ce dernier.
Si "la défense de la démocratie et du libéralisme exige la défaite du Nouvel Ordre Mondial", ce n'est pas en formant une sorte d'union sacrée avec les socialistes que vous parviendrez à le combattre. L'oligarchie capitaliste ne peut exister que dans la mesure où les Etats-providence affermissent leur sujétion sur les peuples (et accessoirement sur les "concurrents"), tout en se réservant les avantages d'un faux "libéralisme" bien compris.
C'est au contraire en luttant contre les collectivismes sous toutes leurs formes (de la troisième voie écolo-socialiste française, au capitalisme autoritaire chinois et au keynésianisme de la FED et d'Obama) que l'on provoquera incidemment la défaite de l'oligarchie.
Ben oui.
L'utopie libérale ne peut qu'échouer en tant que système économique parce que la liberté donnée est saccagé par le seul pouvoir qui n'ait aucun contre-pouvoir dans un système capitaliste libre : l'argent.
La licence donnée à son accumulation sans limite, mécanique en l'absence de stratégies de rupture (redistribution), ne peut que rapidement transformer ce système censément libre, en système censitaire d'abord, ploutocratique ensuite.
L'utopie libérale, comme l'utopie socialiste, a échoué.
Il est certain que nous sommes dans un système qui est tout sauf libéral. Tous ceux qui crient contre le libéralisme (en le nommant néo-libéralisme pour le diaboliser), ne s'aperçoive pas que ce dernier a été complètement dévoyé par les hommes. Et surtout par la malhonnêteté de certains hommes.
Pour fonctionner le libéralisme doit être éthique et obéir à la morale : point de copinage, de clientélisme, de connivence avec l'État, mais "que le meilleur gagne", j'allais dire "sportivement".
Donc séparation stricte entre le capital et l'état, comme entre l'église et l'état, avec des lois qui permettent de surveiller et restreindre tous manquements à cette politique.
Parce qu'en poursuivant le raisonnement jusqu'au bout nous sommes dans un système de corruption. Corruption masquée et souterraine, mais corruption quand même, puisque les instances étatiques sont "achetées". N'ayons pas peur des mots.
@racalm : Lisez aussi Aristote et intéressez vous à l'histoire de la guerre du Péloponnèse et à Alcibiade : Qui novi sub sole ? La démagogie est née avec la Démocratie et notre régime minable, dirigé par des pitres, a de nombreux prédécesseurs tout au long de l'histoire, hélas assez courte, des régimes démocratiques.
Analyse brillantissime comme j'en ai rarement lues ! Elle met parfaitement l'accent sur le malaise que le libéral que je suis ressens face aux agissements des banques et des états qui cautionnent leurs turpitudes.
Merci