Technologie : une innovation majeure au secours des énergies renouvelables ?
Par Vincent Bénard le lundi 30 avril 2012, 20:13 - Article - Lien permanent
Malgré toutes les bêtises commises par les politiciens, une partie de l'humanité me donne encore quelques raisons d'espérer.
La vidéo qui figure plus loin dans ce texte présente ce qui pourrait bien être une innovation majeure dans le domaine de la production et de la consommation électrique, au point de pouvoir, peut-être, rendre profitable certaines formes d'énergie aujourd'hui ruineuses. Vive le progrès !
Non profitable = non durable
Mes lecteurs le savent : je n'ai pas de mots assez durs contre la politique actuelle des grands pays industrialisés en matières d'énergies dites renouvelables. Pas à cause des technologies elles mêmes : Que l'électricité qui alimente mon foyer soit produite d'une manière ou d'une autre est de mon poit de vue d'utilisateur final un problème assez secondaire, pourvu que quelques prérequis de sécurité soient assurés.
Par contre, en tant que consommateur avisé, je souhaite que cette énergie soit la moins coûteuse possible, et surtout, qu'elle ne soit pas subventionnée, car une énergie naturellement non rentable est une énergie qui consomme plus de ressources qu'elle n'en crée.
D'où mon cri de désespoir quand j'entends parler de "développement durable" à propos de ces monstres d'acier et de béton dont la consommation de ressources primaires et d'espace ne sera jamais remboursée par l'énergie produite, et qui ne trouvent leur justification "économique" qu'à travers le racket auquel les consommateurs d'électricité sont soumis partout dans le monde pour payer cette énergie inefficace imposée par le pouvoir politique. Et je n'évoque pas ici les dégâts économiques que la réduction des subventions, forcée par la crise, occasionne : les faillites d'entreprises éoliennes et solaires se multiplient tant en Europe qu'aux USA...
Il n'en faut guère plus pour que certains me cataloguent d'anti-écologiste primaire. Non. Simplement, j'applique au concept de "développement durable" ce que des générations d'anciens en ont fait sans le nommer, avant que des politiciens ne dévoient le concept : le développement, pour être durable, doit consommer moins de ressources qu'il n'en produit : pas de développement durable sans profit capitaliste !
Et donc, si des avancées technologiques rendaient certains types d'éolien ou de solaire profitables, vous m'en verriez tout à fait ravi.
Le chaînon manquant : un stockage efficace
Le gros problème actuel de l'électricité est que toute électricité doit être consommée dès qu'elle est produite. Le courant électrique qui éclaire vos lampes n'est sorti d'une usine de production que quelques instants auparavant.
Les technologies actuelles de stockage par batteries sont peu efficaces : volume élevé par unité de courant stocké, prix dissuasif, usage de matériaux rares et polluants.
Or, les énergies renouvelables, dont on ne maîtrise pas le rythme de production, sont souvent produites à contre-temps : abondantes quand personne n'en a besoin, inexistantes quand la demande est au plus haut. Pire, les variations instantanées de puissance produite par les éoliennes posent des difficultés énormes aux gestionnaires de réseaux, qui renforcent encore le coût de ces énergies. Au point que RTE utilise des dissipateurs d'énergie pour "brûler" l'énergie excédentaire produits lors des pics éoliens : du gaspillage à l'état pur. Enfin, les éoliennes ont besoin de "back-up", généralement fournis par des centrales au gaz, pour palier au manque de vent si la demande est importante.
Mais que des innovations arrivent à diviser dans d'importantes proportions les volumes et les coûts nécessaires au stockage de l'énergie produite par une ferme éolienne et l'on peut imaginer que tout à coup, l'énergie excédentaire produite soit stockée, et son envoi au réseau lissé dans le temps : plus de problèmes de surcharge, plus besoin de back-up...
Une innovation prometteuse : la batterie à métal liquide
Il est encore trop tôt pour crier victoire, mais cette évolution, ou plutôt cette révolution, c'est peut être Donald Sadoway, professeur au MIT, qui va, avec son équipe de recherche, l'apporter. Dans la vidéo ci dessous, sous-titrée en 7 langues dont le Français, le professeur Sadoway explique, de façon à la fois brillante, accessible et ludique, comment il a repensé le stockage d'énergie sur une grande échelle en utilisant des métaux liquides à densité différente comme électrolytes. Et cette démarche innovante semble prometteuse, suscitant de ma part un enthousiasme sans doute pas totalement affectivement maîtrisé, que voulez vous, j'aime les histoires d'innovation.
''Lien si la vidéo ne s'affiche pas''.
Prometteuse, disais-je donc, au point que le professeur et ses étudiants ont fondé une société, LMBC (Liquid Metal Battery Corp.) pour passer de l'étape R&D à l'industrialisation. Parmi les premiers financiers de l'entreprise, Bill Gates et Total.
C'est ça aussi l'Amérique, cette capacité de la recherche universitaire à faire germer des entrepreneurs qui changeront le visage du monde de demain. Dans sa présentation vidéo, M. Sadoway montre à quel point sa démarche est saine : son objectif est vraiment de développer une technologie n'usant que des matériaux courants, adaptable à différentes échelles, et surtout rentable sans subventions. "Without subsidies", ses propres mots, qui sonnent si doux à mes oreilles de contribuable pressuré (même si le MIT a bénéficié de fonds fédéraux à l'initiation du programme. La perfection n'est pas de ce monde...).
Des conséquences potentiellement énormes
Mais voyons encore plus loin. Dans cette interview à NPR, M. Sadoway explique que certes, ses premiers travaux portent sur des stocakges de grand volume, de la taille d'un container maritime, capable de fournir les besoins quotidiens de 200 foyers, mais que son équipe réfléchit à des équipement de taille plus petite, de la taille d'un réfrigérateur, stockable dans une cave ou dans les fondations d'une maison, qui pourrait stocker la production de panneaux solaires de toit (ou une mini éolienne à axe vertical, silencieuse et discrète, NdVB...) et la restituer, par exemple, pendant la nuit, ou pendant les longues et froides soirées d'hiver... Plus besoin de revendre l'électricité à un fournisseur de réseau obligé de la racheté à vil prix de par la loi, et de reporter le coût de cette électricité sur les factures de millions d'usagers captifs !
Evidemment, il est possible que la perspective de voir progresser l'autarcie électrique des clients actuellement captifs des producteurs actuels de courant ne fasse pas plaisir à ces derniers. Mais il encore beaucoup trop tôt pour mesurer toute l'ampleur des changements potentiellement induits par ces découvertes.
J'ignore si M. Sadoway est en train de réussir une rupture technologique majeure, ou si d'autres technologies prendront le pas sur la sienne, ou si les espoirs que ses premières avancées suscitent seront déçus. Et naturellement, de la R&D à l'industrialisation, quelques années seront encore sans doute nécessaires.
Mais si ce monsieur réussit à changer positivement le paysage énergétique de millions de foyers dans le monde, alors il deviendra très riche, et j'espère vivement qu'il ne se trouvera pas assez de socialistes jaloux pour lui prendre les trois quarts de ce qu'il aura gagné, ni de fournisseurs d'électricité bien établis pour briser les ailes de cette nouvelle concurrence en faisant jouer leurs relations avec le pouvoir.
C'est ce qui me rend optimiste à long terme : les innovateurs sauveront le monde. Malgré les politiciens.

A lire également
Ob'Lib' : Pas de développement durable sans profit
Ob'Lib' : La liste de Crichton, ou le progrès contre les prophètes de malheur
A noter :
Les recherches initiales de M. Sadoway au MIT ont été co-financées par la fondation Chesonis, déjà citée ici pour le financement d'autres travaux de la même université pour créer des électrodes de batteries ou de piles à combustibles permettant de se passer de métaux rares, par exemple dans des moteurs à hydrogène. Le rôle actif de la philantropie privée dans la recherche américaine est une des clés de sa vigueur.
Commentaires
Encore une victime du "preacher" Sadoway expert dans la chasse aux founding. Pour le stockage électrochimique de l'énergie, les industriels japonais produisent aujourd'hui des batteries avec du sulfure de sodium beaucoup moins cher que le magnésium et l'antimoine du "preacher".
A part cela Monsieur Bénard, vos analyses sont tout à fait pertinentes et ce ne sont pas les baratins de Sadoway qui doivent vous faire douter de leur actualité.
La soi-disant "transition énergétique" est une escroquerie qui repose sur les énormes gisements de lignite allemands, sur le gaz russe...et plus modestement sur l'usine de Fessenheim qui fournit essentiellement une part de l'électricité de base au sud de l'Allemagne..hi,hi!
Vous allez avoir du boulot pour dénoncer toute les gabegies de l'éolien offshore et autres nouveautés "décarbonées" subventionnées que vont inventer nos futurs dirigeants.
Mais tout cela sera allègrement payé par la CSPE et de vertueuses taxes écologiques en préparation. Pauvre pays!
Une autre source d'énergie qui mérite l'attention et qui s'inscrit dans le durable:
http://fusion-froide.com/
j'avais déjà entendu parler de Sadoway. Je suis franchement sceptique: stocker un peu partout des tonnes et des tonnes de magnésium est un risque industriel majeur. Demandez donc l'avis d'un pompier sur la question...
Je confirme le message laconique de Mimi. Depuis quelque temps je surveille ce qui se passe de ce côté là. Je vous recommande une vidéo sur ce sujet que vous trouverez en cherchant "Jean Paul Biberian" sur Google. Pour faire vite il faut savoir que deux sociétés sont en passe d'industrialiser le procédé : Une grecque nommée Defkalion. L'autre constituée par Andrea Rossi avec des investisseurs qu'il ne dévoile pas. Les deux disent construire une usine pour produire des unités de production de vapeur d'une puissance nominale de 15 kw environ. Defkalion a mis en ligne la spécification de son dispositif, l'autre est plus évasif. On connait aussi le lieu d'implantation de l'usine grecque située à l'est près de la Turquie. Le procédé consiste à produire de l'énergie, sous forme de vapeur en fusionnant du Nickel et de l'hydrogène ce qui donne du cuivre sans déchet radioactif.
Bonne remarques autant dans l'article que les commentaires.
Coté fusion froide, alias LENR, c'est assez dur a avaler (voir ce résumé: http://lenrforum.eu/viewtopic.php?f... ) mais c'est certain que scientifiquement ca marche, même si les théories sont en retard, et coté industriel ca commence a ressembler a une ruée vers l'or, discrète mais intense... voir sur Linked-in: http://www.linkedin.com/groups/List...
Defkalion semble être bien placé mais est passé en silence radio, Rossi bavarde un peu trop mais semble bien staffé depuis 2012, et Brillouin avance une confiance solide coté théorique, mais peu de résultats... plein de petites startup démarrent. ca sent la future bulle comme Internet, même si coté révolution ca sera bien plus disruptif.
en tout cas, que ce soit via les LENR ou les gas de schistes, la pénurie d'énergie est terminée. mais heureusement on a nos talibans pour nous empêcher d'en profiter. José, empêche nous de sortir de la crise !
Pour ce qui est du manque de théorie, c'est souvent ainsi que sciences et technologies avancent. Le grand philosophe Gaston Bachelard a écrit: "la technologie crée des faits polémiques que la science pure se doit de résoudre". C'est ainsi que les choses évoluent, attention à la "présomption fatale", les experts ne sont que très rarement des novateurs comme Hayek savait si bien le démontrer.
Cerise sur le gâteau, voila la fusion froide....au secours!
Ray ferait mieux de s'informer au lieu de crier au secours. Moi qui ne suis pas un grand spécialiste de la toile, j'y ai trouvé quantité d'informations, y compris des publications scientifiques d'un très haut niveau sur le sujet. Il y a, de par le monde, quelques dizaines de scientifiques qui travaillent l'aspect théorique et qui semblent avancer. Parmi ceux-ci des Russes et des Chinois. Contrairement aux habitudes, les américains ne sont pas les plus avancés. Et mimi a raison de citer Bachelard car on risque de voir se répandre bientôt une technologie qui ne sera pas totalement comprise sur le plan scientifique. Ceci dit, je me permettrai de rappeler que le verre, que nous utilisons depuis plus de mille ans, est un matériau dont la modélisation scientifique est à peine achevée.
Complètement d'accord avec le passage "le développement, pour être durable, doit consommer moins de ressources qu'il n'en produit".