Le panache émis par le volcan islandais comporte beaucoup de vapeur d’eau, provenant de la fonte du glacier qui le recouvre, des gaz tels du CO2 et des gaz sulfureux, et d’abondantes et fines particules solides. Ces particules, ainsi que les gaz sulfureux qui se transforment en aérosols sulfuriques, diminuent la transparence de l’atmosphère aux rayons lumineux, et donc provoquent un refroidissement de la surface terrestre.

Ce phénomène avait engendré une baisse des températures de l’ordre de -0,6° C, pendant plus de deux ans, lors de l’éruption du Mont Pinatubo de 1991. La couche d’ozone s’était également fortement dégradée. Il s’agissait alors d’une éruption bien plus violente que celle que nous observons aujourd’hui, et les cendres étaient montées jusque dans la stratosphère.

Actuellement, le nuage de l’Eyjajöll plafonne à 8000-9000 mètres. A cette altitude, les particules solides du nuage retombent au sol en quelques jours à quelques semaines, sous l’effet de la pluie notamment, et l’obscurcissement de l’atmosphère n’est guère durable(il est peu perceptible d’ailleurs, mais suffisant pour diminuer le flux d’énergie parvenant au sol).

Toutefois, si l’éruption devait durer plusieurs mois à un an, comme cela s’est produit dans le passé, le nuage ne cesserait d’être alimenté et la baisse des températures serait plus longue. Le météorologue Emmanuel Bocrie, interrogé par le Point, prévoit dans un tel cas une baisse de températures de 0,2 à 0,4° C pendant deux ans.

La baisse de températures pourrait également intervenir au cas où les projections du volcan atteindraient la stratosphère, car alors les poussières y persisteraient très longtemps, faisant plusieurs fois le tour de la Terre et atténuant la transparence dans l’ensemble de l’hémisphère nord (exemples du Pinatubo, 1991, et du Krakatoa, 1883).

Enfin, une autre éventualité bien plus redoutable est évoquée par des volcanologues.

L’Islande s’est formée à la jonction de deux plaques tectoniques, la dorsale médio-océanique entre Europe et Amérique, ce qui a provoqué la formation d’une importante chaîne de volcans. Le phénomène en cours pourrait s’étendre au Mont Katla , l’un des plus redoutables d’Islande, puis à d’autres volcans, tous couverts de glaces ! Les éruptions se succédant pourraient durer longtemps. On encourt alors une catastrophe plus considérable que celle du Pinatubo de 1991, et aux conséquences semblables à celle de l’explosion du Krakatoa de 1883. Un tel cataclysme provoquerait alors une désorganisation durable du transport aérien, et également une baisse significative et prolongée des températures, qui aurait des répercussions sur l’agriculture, entre autres.

Les géophysiciens évoquent ces évolutions possibles, sans pouvoir en calculer la probabilité.

Ces émissions sont-elles dangereuses pour la santé ? Non, affirment les autorités, car le nuage se situe à une altitude trop importante. Depuis le nuage de Tchernobyl, nous avons appris à nous méfier de ces déclarations lénifiantes. Les particules qui se déplacent aujourd’hui à plus de 5000 mètres d’altitude vont redescendre. Nous n’en connaissons pas la taille, mais les plus fines seront celles qui seront portées le plus loin par le vent. Au dessous d’une dimension de 5 microns, le nez ne filtre pas, et les poussières pénètrent les poumons. Lors de l’éruption de la Soufrière, à la Guadeloupe, les médecins ont eu à faire face à une forte recrudescence de crises d’asthme et de pneumopathies.

La menace volcanique s’ajoute à deux autres phénomènes qui provoquent la baisse présente des températures : le cycle solaire de onze ans, entamé voilà 18 mois, se manifeste par une faible activité de notre astre, d’où une diminution de son irradiance responsable d’une chute de températures de 0,1° C à laquelle s’ajoute une augmentation de la couverture nuageuse basse qui a pour effet principal de réfléchir la lumière solaire, et donc de diminuer l’énergie qui parvient au sol.

Ce phénomène a été étudié par Henrik Svensmark. Lorsque le soleil est très actif (multiplication des taches et des éruptions solaires), il crée un fort champ magnétique qui dévie de leur trajectoire une partie des rayons cosmiques qui se dirigent vers la Terre. Or Svensmark a mis en évidence, au cours d’un cycle d’expériences nommé « SKY », que les rayons cosmiques provoquaient une ionisation de l’atmosphère qui engendre à son tour la formation de nuages. Le lecteur peut prendre connaissance des travaux de Svensmark en regardant une excellente vidéo qui a été diffusée par Arte le 4 avril dernier : « le Secret des Nuages » .

L’autre phénomène a fait l’objet de travaux et de communications par l’océanographe Mojib Latif. Il s’agit des variations multi-décennales de régime de courants qu’on observe dans l’Océan Atlantique Nord, appelé « Oscillation Nord Atlantique ». Sa configuration actuelle conduit l’océanographe à prévoir une à deux décennies de refroidissement. En fin de XXème siècle, au contraire, le régime de cette oscillation provoquait un réchauffement.

Voilà dons trois phénomènes, volcanisme, activité solaire et courants marins, qui se conjuguent pour refroidir le climat ! De telles conjonctions se renouvelleront dans l’avenir, mais on observera aussi des périodes de réchauffement dues à une reprise de l’activité solaire au cours des prochains cycles solaires et des variations dans les systèmes de courants océaniques. Nous n’avons aucun moyen de prévoir longtemps à l’avance ces évolutions, ce qui rend problématiques toutes les prévisions.

La seule tendance dont nous pouvons être à peu près assurés, c’est l’augmentation de la concentration atmosphérique en CO2, ce qui fait dire aux climatologues dont les travaux sont collectés et analysés par le GIEC que la température de la surface de la Terre augmentera, au cours du XXIème siècle, dans une fourchette de 1,4° C à 5,6° C. Mais ces estimations, provenant de la mise en œuvre de modèles climatiques, et non d’expériences scientifiques, sont sujettes à bien des controverses.

Il apparait en effet que les modèles, qui fournissent à peu près les mêmes renseignements depuis 20 ans, malgré leur complexité croissante, n’ont qu’imparfaitement pris en compte les phénomènes océaniques et solaires cités ci dessus. Quand aux éruptions volcaniques futures, ils ne peuvent évidemment pas les inclure à leur programmation. Les simulations informatiques ne peuvent reproduire que très imparfaitement et incomplètement les variations climatiques, d’autant plus qu’elles mettent en œuvre des programmes qui ont été paramétrés sur l’à-priori que les gaz à effet de serre provoquaient la plus grande partie du réchauffement observé au XXème siècle, ce que les travaux de Svensmark et de Latif remettent en cause. Les lois présidant à la formation des nuages, notamment, sont encore très mal connues, et la modélisation est particulièrement déficiente dans ce domaine.

Aborder l’étude du climat sous le seul angle de l’effet de serre et de son origine anthropique nous a égarés dans l’appréciation des risques majeurs que nous encourrons. Ainsi, il apparait aujourd’hui que le problème d’obstruction des réacteurs d’avions par les particules en suspension dans notre atmosphère était bien connu, mais qu’aucune solution technique n’a été étudiée pour parer à ce risque. Pourtant, le problème est résolu depuis longtemps par l’adjonction de filtres appropriés pour les véhicules opérant dans certaines régions du monde, tels les déserts. En ce moment même, il semble que nous nous inquiétons de la désorganisation des transports, alors que d’autres dangers peuvent nous menacer. Sommes-nous parés pour les affronter ?

Il est plus que temps de libérer la science des pressions exercées par les stratèges de la géopolitique et des affaires. Les six milliards de dollars annuels affectés aux recherches sur l’effet de serre et la responsabilité humaine auraient pu été mieux répartis, en fonction de toutes les évolutions environnementales identifiables, dans une véritable politique de gestion des risques, se substituant au principe de précaution.

L’identification des risques ne doit pas être confiée à des organes politiques, mais doit être de la responsabilité entière des communautés savantes qui peuvent indiquer les axes de recherche et de développement aux politiciens et aux entrepreneurs.