La plupart d’entre elles confirmaient ce qui avait déjà été mis en lumière, mais elles n’apportaient pas d’avancées majeures, si ce n’est, du fait de leur abondance même, l’indication que le scepticisme climatique ne cessait de prendre de la force, et que le débat, moins que jamais, n’était clos.

Certains dossiers ont évolué, pendant ce temps là, et il parait utile d’en faire le point, à deux mois de l’ouverture du sommet climatique de Cancún, qui se tiendra à partir du 29 novembre 2010.

L’examen que je propose aujourd’hui porte sur quatre volets 

1 – Différentes enquêtes ont été diligentées à la suite du Climategate et des remises en cause des rapports du GIEC. L’une des plus attendues était l’audit du GIEC, commandé par les Nations Unies au Conseil Inter-académique, dont le rapport a été publié il y a quelques semaines. C’est l’occasion de faire le point sur le GIEC et son avenir.

2- En Europe, plusieurs dossiers donnent lieu à des négociations difficiles entre la Commission européenne et les états membre de l’Union : paquet climat-énergie, taxe carbone, taxe aux frontières. Quel futur peut-on envisager pour ces dossiers, et quelle est la situation de l’Europe dans le concert des nations?

3- Aux USA, le scepticisme climatique a fortement progressé. Aucune législation sur le climat n’a pu aboutir, jusqu’ici, faute d’obtenir l’adhésion du Sénat américain.

4- Le conflit constaté à Copenhague entre pays occidentaux et pays en développement demeure, malgré plusieurs conférences tenues pour préparer la Conférence climatique de Cancún. Cela pose la question des chances de parvenir à un accord en terre mexicaine, et, au-delà, de ce qui pourrait survenir à l’échéance du Protocole de Kyoto en 2012.

Le GIEC dans la tourmente 

Le GIEC a perdu une grande partie de son image d’organisation à caractère scientifique, et l’opinion constate de plus en plus qu’il s’agit d’une assemblée dont les objectifs politiques sont prépondérants. Les multiples activités privées de son président Rajendra Pachauri induisent des soupçons de conflits d’intérêts qui font douter de l’objectivité et de l’indépendance du Groupe d’Experts. Les révélations d’erreurs commises dans le rapport du Groupe II, et de la légèreté avec lesquelles ont été sélectionnées les sources ayant alimenté les informations erronées, font dire que les méthodes de travail des rédacteurs et des validateurs sont critiquables. La crédibilité du Groupe était tellement entamée que l’ONU s’est résolue à commander une enquête confiée à l’InterAcademy Council (IAC). Ce dernier a remis, à la fin du mois d’août, un rapport qui ne rétablit en rien la confiance vis-à-vis du GIEC, pointant des carences qui justifient une profonde réforme de cet organisme. Un résumé de ce texte peut être consulté en ligne , ainsi que le rapport complet .

Pour l’IAC, la démarche observée par le GIEC pour l’élaboration de ses rapports s’est révélée être un succès…MAIS l’élargissement de l’éventail des demandes faites à cet organisme depuis sa création par des instances qui représentent des intérêts divers exige des adaptations.

L’IAC a noté que la structure administrative permanente du GIEC, une dizaine de fonctionnaires, était insuffisante pour exercer un contrôle sur la méthodologie et les procédures employées pour élaborer les rapports, et propose la création d’un Comité exécutif de douze membres pour assumer cette mission.

La quantification des incertitudes manque de bases scientifiques, note l’IAC. Souvenons-nous, à ce sujet, du degré de confiance de 90% accordé aux calculs de hausses de températures exécutées par les modélisateurs (rapport 2001), qui ne traduisent que la proportion des scientifiques qui estiment que le réchauffement prédit par les modèles climatiques se produira, et ne proviennent pas d’un calcul stochastique rigoureux !

Les remarques et critiques des relecteurs-réviseurs sont insuffisamment prises en compte et ne reçoivent pas les réponses qu’elles méritent. De plus, les résumés pour décideurs ne traduisent pas convenablement les incertitudes et controverses mentionnées dans les rapports.

La communication du GIEC est critiquée, entre autres les prises de positions politiques de son Président, qui outrepasse la mission d’expertise confiée au Groupe d’Expert. Il conviendrait, en outre, de préciser quels responsables ont autorité pour s’exprimer au nom du GIEC.

Les critères de sélection des membres pilotant les diverses instances et ceux des auteurs ne sont pas clairs et devraient être précisés.

Le rapport de l’IAC, malgré les éloges courtois qu’il décerne au Groupe d’Experts, exprime donc suffisamment de critiques pour confirmer, en partie, les jugements sévères portés par les sceptiques du climat sur le travail accompli à ce jour. Il est loin de restaurer la confiance, ainsi que l’espéraient les Nations Unies, commanditaires de l’évaluation.

Que les recommandations de l’IAC soient ou non suivies d’effet, on peut se montrer réservé sur la pertinence future des travaux du GIEC. Le Conseil Inter-Académique, en effet, s’est bien gardé de juger de l’objectivité des 130 représentants des pays membres qui valident les rapports des groupes, ni de la probité déontologique de certains rédacteurs, mis en cause notamment à l’occasion du Climategate. L’IAC s’est penchée uniquement sur le fonctionnement du Groupe d’Experts, et non sur les comportements des acteurs. De plus, l’enquête était circonscrite, et ne pouvait s’intéresser à ce qui se passe en amont du GIEC : les conditions dans lesquelles sont réalisées les études scientifiques sélectionnées, les cahiers des charges, les critères sur lesquels s’appuient les financeurs pour commander des recherches, la manière dont s’opère la révision par les pairs des communications scientifiques à publier dans les revues académiques…

Les rédacteurs du GIEC, qui interviennent bénévolement, ont une activité professionnelle dans des domaines concernés directement par les communications du Groupe d’Expert, et donc des intérêts matériels et personnels qui dépendent de la perpétuation des financements de leurs activités, ceux-ci, bien évidemment étant liés aux conclusions du GIEC. L’IAC n’a pas relevé le fait que les scientifiques dont les travaux et les publications ne concordent pas avec la théorie soutenue par le GIEC ne sont généralement pas invités à participer à la rédaction des rapports et que leurs publications sont ignorées. Or, depuis le Climategate, l’opinion publique s’interroge sur l’objectivité, voire la probité intellectuelle de certains collaborateurs du GIEC.

Un GIEC en partie décrédibilisé et à l’image ternie va donc avoir à participer à la prochaine conférence climatique de Cancún, et à préparer ses prochains rapports, -sous le regard suspicieux de sceptiques plus que jamais encouragés à scruter et contester ses travaux et ses démarches-, à faire face aux voix qui demandent la démission de son président, la liquidation des groupes de travail II et III, et même à celles qui réclament sa dissolution pure et simple.

Faut-il réformer le GIEC, ou le supprimer ? L’importance des politiques mises en œuvre depuis douze ans pour tenter de limiter l’effet de serre, les masses considérables de capitaux investis dans des solutions technologiques répondant à ces politiques, et des intérêts financiers gigantesques créent une pression, une dynamique, qui ont transformé un débat scientifique en enjeu majeur de nature économique et politique. Faire disparaitre le GIEC ne peut changer le paradigme. Au contraire, sa disparition ferait perdre un objet de cristallisation du débat public, et la vulgarisation scientifique née des controverses pourrait en pâtir. Où alors, il faudrait qu’une institution internationale indépendante et libre vis-à-vis des puissances économiques et politiques s’approprie la mission de faire la synthèse et l’évaluation des travaux scientifiques,  et laisse à des instances politiques le soin de tirer des conclusions pratiques pour des prises de décisions: le Conseil International pour la Science (ICSU) pourrait assumer une telle fonction.

Au-delà de la science, ce sont la politique et la géopolitique qu’il convient de considérer. Et sur ce plan là, les forces qui s’opposent apparaissent clairement. D’un côté, il y a le monde occidental, Amérique du Nord, Europe, Japon principalement. D’un autre côté, il y a le monde dit « en développement », avec des puissances industrielles majeures, telles la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, auxquels s’ajoutent de nombreux pays pauvres et souffrant de manque de développement. Le monde occidental rassemble les puissances financières et industrielles qui profitent de la manne qu’une vision alarmiste des questions climatiques leur procure, mais aussi les industries menacées par les politiques engagées. Le monde en développement ignore volontairement les alarmes climatiques, parce que leur priorité est de résorber le plus rapidement possible leur retard économique et industriel.

Géopolitique du climat : l’Union européenne.

Les pays de l’Union européenne sont les plus engagés dans la lutte contre un éventuel réchauffement climatique. La France est un des leaders de ce mouvement, de même que le Royaume Uni, l’Allemagne et la Suède. Alors que les négociations internationales sur les mesures à prendre après le terme du Protocole de Kyoto (2012) étaient loin d’aboutir, L’Union européenne s’est prononcée pour un «Paquet Energie Climat» qui doit régir la période postérieure à 2012. Rappelons brièvement ses principales dispositions : une diminution de 20% à 30% des émissions de CO2 d’ici 2020 (par rapport aux émissions de 1990), la mise en place d’un système d’attribution payantes, par mise aux enchères, de quotas de CO2 aux industriels les plus consommateurs d’énergie fossile et aux transporteurs aériens, une augmentation de 20% de l’efficacité énergétique, une part de 20% de la production d’énergie réservée aux énergies renouvelables.

Aucun pays, dans le reste du monde, ne s’est prononcé pour des mesures équivalentes. Les plus importants émetteurs de CO2, - Chine, USA, Russie, Inde -, ne se sont donnés aucunes obligations de même nature. En adoptant le Paquet énergie climat, l’Union européenne s’est infligée un handicap économique de taille. La mesure la plus décriée était la vente aux enchères de quotas d’émissions aux industries rejetant de grosses quantités de dioxyde de carbone. Cette mesure pouvait entrainer la délocalisation d’un nombre important d’usines et d’entreprises. Aussi, a-t-on décidé que les entreprises autres que les producteurs d’électricité n’achèteraient que 10% de leurs quotas en 2013, 70% en 2020, et 100% en 2027. Les conséquences négatives pour l’économie et pour l’emploi étaient donc atténuées, encore que le coût accru de l’électricité puisse constituer un handicap pour l’économie de pays qui tirent leur énergie électrique principalement du charbon, tels l’Allemagne, la Pologne, la Belgique, le Danemark.

Le reproche fait au système des quotas était qu’il ne s’appliquait qu’à un nombre limité d’unités industrielles, celles dont la puissance installée atteignait 20 mégawatts. Pour les autres entreprises, et pour les particuliers, la France a voulu instaurer une taxe carbone, votée par son Parlement en octobre 2009, invalidée par le Conseil constitutionnel en décembre 2009. Devant les difficultés soulevées par l’élaboration d’un nouveau texte conforme aux exigences du Conseil constitutionnel, Nicolas Sarkozy a demandé à la Commission de Bruxelles de se pencher sur l’instauration d’une taxation européenne du carbone. Deux types de taxes étaient requis. Le premier était constitué d’un impôt sur les consommations d’énergie génératrice de CO2 s’appliquant aux individus et à toutes les entreprises non soumises à quotas. Le second était la taxation des importations de produits dont la fabrication et le transport étaient générateurs d’émissions (« taxe aux frontières »).

Le 2 avril 2010, la Commission a émis de fortes réserves sur la taxe aux frontières. Un rapport de 60 pages rédigé par trois commissaires européens attirait l’attention sur les problèmes ardus que soulèverait un texte conforme aux règlements de l’OMC, sur les conflits commerciaux prévisibles et les mesures de rétorsion auxquelles les entreprises européennes seraient exposées, et enfin sur le coût administratif élevé d’un système de taxes d’un montant différent en fonction des produits, de leurs procédés de fabrication, et du coût en énergie de leur transport. En effet, pour franchir le barrage des règles de l’OMC, la taxe à l’importation devait avoir son équivalent à l’intérieur de l’Union : c’était le rôle dévolu à la taxe carbone intra-européenne. Pour les produits d’importation, on ne pouvait taxer les entreprises à la source, et il fallait élaborer une législation douanière permettant de taxer chaque produit d’une façon qui équilibre l’imposition des entreprises et des transporteurs à l’intérieur de l’Europe. On était alors obligé de connaître où, et comment le produit avait été fabriqué, par quelle succession de transports il se retrouvait aux portes de l’Europe, et répondre à toutes les réclamations qu’un système aussi complexe provoquerait. Il aurait fallu notamment pouvoir imposer aux producteurs extra-européens qu’ils calculent l’empreinte carbone de leurs produits et qu’ils l’affichent sur les étiquettes, et, bien entendu, avoir les moyens de contrôler ces calculs. Le 25 avril, la Commission européenne annonçait que le projet de taxe carbone aux frontières était, « pour le moment », écarté.

Mais la Commission maintenait le principe d’une taxe carbone interne. Elle proposait, le 2 juin 2010, une imposition minimale de 20 euros par tonne de CO2. En matière fiscale, les textes européens doivent être adoptés à l’unanimité des états-membres. L’Allemagne et la Pologne s’opposaient à une fiscalité qui aurait, en l’absence de taxe aux frontières, fortement pénalisé leurs industries. Le Royaume-Uni et l’Irlande, très attachés au principe de souveraineté, ne voulaient reconnaître aucun pouvoir à l’Union en matière fiscale. Le 23 juin, la Commission reportait l’examen du projet sans fixer de date, ce qui fit dire qu’elle enterrait la taxe carbone.

L’Europe a donc décidé de réduire ses émissions de CO2 de 20% en 2020, mais elle éprouve les plus grandes difficultés à mettre en place des réglementations conduisant à ce résultat. Elle avait même prévu de porter ce pourcentage à 30% au cas où un accord international de limitation des émissions interviendrait, ce qui ne s’est pas produit à Copenhague, et qui n’est toujours pas envisageable aujourd’hui. Pourtant, le 26 mai 2010, la Commission invitait les Etats membres à s’engager sur 30% de réduction. Devant la résistance de certains états, dont l’Allemagne et la France, arguant de la nécessité de relancer l’industrie face aux difficultés économiques, la proposition était retirée.

Toutefois certains pays européens avancent dans la voie d’une certaine maîtrise de la consommation énergétique, d’autres non. En France, Le Parlement a voté l’ambitieuse loi Grenelle II, qui vise à la réalisation de progrès importants dans le domaine de l’efficacité énergétique et dans le développement d’énergies renouvelables, au prix de mesures qui s’avèreront très coûteuses, pour les pouvoirs publics, les entreprises et les ménages. Cette loi vient en contradiction d’une politique de rigueur budgétaire rendue nécessaire par les déficits publics accumulés. Elle crée de nouvelles niches fiscales, alors qu’on veut « raboter » les niches. Son coût est estimé officiellement à 440 milliards sur les dix années à venir, dont la moitié supportée par les finances publiques. Aussi, il se dit dans les coulisses de la politique que les 2000 décrets d’application en préparation viseront à réduire autant que faire se peut cette enveloppe, et, par voie de conséquence, l’impact de la loi.

Les difficultés rencontrées par l’Europe dans sa démarche volontariste viennent essentiellement du refus des grandes nations non européennes de prendre des mesures significatives pour lutter contre le changement climatique. Ce refus se manifeste chez les pays en développement, et particulièrement chez les plus industrialisés d’entre eux, Chine et Inde en tête, mais aussi aux Etats-Unis, non pas du fait du gouvernement fédéral, mais de l’opposition manifestée par le Sénat, les entreprises et les syndicats de la filière charbon, ainsi que d’une partie importante de l’opinion publique.

Géopolitique du climat : les Etats-Unis.

Depuis 1998 le Sénat américain s’est opposé au Protocole de Kyoto, pourtant signé par le gouvernement fédéral de Bill Clinton et du Vice-président Al Gore, parce qu’il le jugeait dommageable pour l’économie du Pays, et surtout parce qu’il exonérait les pays en développement de toute obligation concernant les émissions de CO2. George Bush s’était rangé du côté des sénateurs, et s’était opposé au Protocole, préférant agir souverainement par des mesures nationales de lutte contre la pollution et pour la sécurité énergétique. Dans ce débat, les Républicains soutenaient le Président Bush, tandis que les Démocrates évoluaient en faveur d’une politique résolument orientée vers la limitation des émissions de CO2, en soutenant notamment les projets d’échanges de droits à polluer (« cap and trade »). L’arrivée d’Obama à la présidence et l’avènement de majorités démocrates au Congrès, pensait-on, devait permettre l’émergence d’une politique radicalement différente, et faire des USA le guide et le leader mondial de la lutte contre le changement climatique.

En 2009, le projet de loi des membres démocrates de la Chambre des Représentants Waxman et Markey semblait avoir toutes les chances d’être voté par les deux chambres du Congrès. Ce projet de plus de 1000 pages contenait un nombre considérable de mesures pour aboutir à une réduction de 17% des émissions de CO2 en 2020, par rapport aux émissions de 2005, et à une réduction de 80% en 2050. Sa disposition phare était l’institution d’un système « cap and trade » calqué sur le système européen de quotas d’émissions et d’échanges de droits. Le projet était voté à une courte majorité de 218-212 à la Chambre des Représentants, en juin 2009, l’ensemble des parlementaires démocrates se prononçant en sa faveur. Le projet prévoyait également la possibilité d’instituer une taxe carbone aux frontières, à l’initiative du Président fédéral.

Mais le projet Waxman Markey avait suscité une campagne d’opposition forte de la part des industriels de la filière charbon, des syndicats de cette filière, et des populations des états à forte activité industrielle, qui voyaient dans ce texte une menace pour la compétitivité des entreprises et pour les emplois. De plus, il devenait évident, à partir de juillet, que la Chine et l’Inde refuseraient de se plier à une législation internationale contraignante sur les émissions. Dès lors, il apparaissait que le projet Waxman Markey aurait les plus grandes difficultés à recueillir la majorité qualifiée de 60 voix pour être adopté au Sénat. Il aurait fallu l’accord unanime des 60 sénateurs démocrates, ou bien obtenir les votes de plusieurs sénateurs républicains. Or plusieurs sénateurs démocrates d’états fortement industrialisés semblaient peu disposés à appliquer la discipline de parti, au risque de perdre leurs sièges aux élections de novembre 2010. De plus, une élection partielle faisait perdre un siège aux Démocrates en faveur des Républicains, rendant impossible l’atteinte de 60 voix favorables à la loi sans l’apport de votes républicains.

A l’automne, l’examen du projet était différé, ce qui ne faisait pas l’affaire du Président Obama, qui escomptait le vote de la loi pour se présenter en position de force à la Conférence climatique de Copenhague. L’échec de cette conférence, l’affaire du Climategate, les mises en causes du GIEC affaiblissaient encore le courant d’opinions favorables à des mesures draconiennes de lutte contre l’effet de serre. Au début de mars 2010, le Sénateur Graham annonçait que le projet de « cap and trade » était définitivement enterré.

Le désastre de la plateforme pétrolière BP de la Baie du Mexique a été l’occasion, pour les partisans de politiques de lutte contre les émissions et les énergies fossiles, de relancer les débats parlementaires. Leur but était de profiter du train de mesures destinées à règlementer les forages en mer pour y adjoindre de nouvelles dispositions climatiques. C’est dans cette démarche que plusieurs projets sénatoriaux ont vu le jour : Les sénateurs démocrates John Kerry et Joseph Libermann ont déposé un projet soumettant les producteurs d’électricité et les usines à un système de « cap and trade ».

La sénatrice démocrate Maria Cantwell propose un système de vente aux enchères de droits d’émissions, effectué directement par l’Etat fédéral. Les ventes se feraient mensuellement. Ce système éliminerait les possibilités d’échanges interentreprises de droits d’émission, et s’apparenterait à une taxe carbone au montant fluctuant au gré des enchères.

Un projet soumis par Jeff Bingaman prévoit une politique incitative en vue de parvenir à une part de 15% d’énergies renouvelables dans la consommation d’électricité, et pour accroître l’efficacité énergétique des bâtiments et des activités. Cette législation pèserait lourdement sur les finances de la fédération et des Etats. Enfin, une proposition du sénateur républicain Richard Lugar privilégie le recours à l’électricité d’origine nucléaire et à la séquestration du carbone par les centrales fonctionnant au charbon.

Tous ces projets sont actuellement soumis à l’examen des commissions, qui ont par ailleurs fort à faire avec les dispositions concernant les forages pétroliers off-shore et les questions de politique économique. Il est impossible qu’aucune d’elle ne débouche d’ici la tenue du sommet de Cancún.

Enfin, les élections au Congrès des Etats Unis auront lieu le 2 novembre 2010, et les Républicains ont la faveur des pronostics. Le gouvernement fédéral et les Démocrates perdraient alors toutes chances de faire aboutir la politique énergie-climat du pays dans le sens qu’ils souhaitent.

Ainsi, tant en Amérique du Nord qu’en Europe, les nations « développées » apparaissent comme impuissantes à mettre en œuvre des politiques résolues de lutte contre le réchauffement climatique. Leur faiblesse, leurs divisions, leurs contradictions internes, les placent dans une position fragile face au bloc bien plus solidaire des pays en développement, qui n’envisagent absolument pas de se soumettre à des politiques internationales contraignantes en matière de lutte climatique.

Géopolitique du climat : les pays en développement.

Parmi les pays en développement, certains ont atteint une puissance industrielle considérable. C’est le cas de la Chine et de l’Inde, et aussi du Brésil, de l’Afrique du Sud, du Mexique. Mais le développement industriel n’a pas permis d’augmenter considérablement la qualité de vie et le pouvoir d’achat des masses populaires. Dès lors, la poursuite de la croissance industrielle est jugée indispensable par les autorités de ces nations. De plus, leur potentiel d’investissement limité, eu égard à leurs objectifs industriels, les pousse à s’équiper principalement en installations utilisant les énergies fossiles, charbon et hydrocarbures, les centrales nucléaires exigeant de lourdes mises de fonds initiales, et les énergies nouvelles, - éoliennes, photovoltaïque, géothermie -, conduisant à des coûts de l’énergie trop élevés. Le risque climatique ne leur apparait pas comme une priorité. Certains même insinuent que ce risque a été délibérément exagéré par les occidentaux, dans le dessein de freiner le développement des pays pauvres et conserver aux pays occidentaux la consommation d’une part prépondérante des ressources naturelles.

Les pays en développement se fondent sur un principe adopté lors des négociations en vue du Protocole de Kyoto, qui est celui de la « responsabilité commune, mais différenciée » des différentes nations dans le changement climatique. Les pays occidentaux, dont l’industrialisation a commencé au XIXème siècle et dont les habitants consomment considérablement plus d’énergie que ceux des pays moins développés, sont responsables de l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Ils doivent donc supporter entièrement les conséquences de leur comportement passé, et renoncer à réclamer des sacrifices aux autres nations. Ces dernières acceptent de coopérer en ayant recours à des énergies renouvelables non polluantes et en accroissant leur efficacité énergétique, à condition que les pays développés prennent en charge une grande part des efforts financiers requis, et transfèrent aux pays en développement les technologies adaptées. La Chine et l’Inde sont à la pointe de ces revendications largement soutenues par tous les pays en développement.

Ces deux pays, entrainant tous les autres, réclament donc aux occidentaux de réduire considérablement leurs émissions de CO2, -25% à 40% d’ici 2020-, alors qu’eux-mêmes refusent de prendre tout engagement réciproque. Tout au plus indiquent-ils qu’ils pourraient envisager d’améliorer leur efficacité énergétique, mais sans s’y engager par un traité multilatéral. Ainsi la Chine prévoit de poursuivre sa croissance au rythme de 8% par an, mais de limiter la croissance de ses émissions de gaz à effet de serre à 4% par an. Cela veut dire qu’elle envisagerait de « limiter » ses émissions à cinq fois leur volume actuel au terme des quarante prochaines années. Autant dire qu’elle ne s’engage à rien, vu qu’elle ne pourra jamais consommer tout le pétrole et le charbon nécessaire pour émettre de telles quantités de CO2 ! Si la croissance chinoise se maintient à 8%, ce sera par le développement de services, de biens immatériels et de produits innovants, et, dès lors, la Chine tiendrait sa promesse sans aucun souci d’efficacité énergétique.

De plus, les pays développés doivent accepter de verser 1% de leur PIB à un fond international destiné à aider les pays en développement en matière de lutte contre l’effet de serre. Les chinois laissent entendre qu’on s’accommoderait d’un effort de 0,5% seulement. Or 0,5% de PIB annuel soustrait à la croissance entraînerait mathématiquement, en 2050, un appauvrissement des pays développés de 20% par rapport au niveau de PIB qui serait atteint sans ces dons en faveur des pays en développement. Et encore, ce calcul mathématique ne tient pas compte des conséquences indirectes induites par la distraction, chaque année, d’un demi-point de PIB.

Il est clair que les pays en développement ne souscrivent pas à la volonté manifestée par les occidentaux de lutter contre un changement climatique supposé entretenu par la croissance économique, mais qu’ils veulent jouer des menaces véhiculées depuis plusieurs dizaines d’années pour obtenir des pays riches un maximum d’avantages, tout en améliorant à bon compte leur compétitivité. Leur stratégie s’appuie sur l’influence des forts courants écologistes et des intérêts financiers considérables qui dominent au sein des pays occidentaux, ainsi que sur la faible compréhension des questions économiques de la part des populations. Dès lors, les injonctions paradoxales des chinois et des indiens bénéficient de soutiens moraux importants de la part d’occidentaux conditionnés par les propagandes écologistes et la publicité du business vert.

Déjà à Copenhague, les pays en développement ont arraché aux pays développés la promesse d’un versement de cent millions de dollars à un fond multilatéral, d’ici la fin de 2012. L’Union européenne a convenu de participer à hauteur de 30 millions de dollars. C’est la seule mesure concrète qui résulte de la conférence climatique stérile de décembre 2009 ! Il reste à répartir ces enveloppes entre les différents pays donateurs, et là, manifestement, la négociation achoppe !

Conclusion : le climat, facteur de bouleversement géopolitique et social.

Compte tenu des situations exposées ci-dessus, la Conférence de Cancún ne pourra constituer qu’une étape de plus, probablement aussi improductive que celles de Bali et de Copenhague. On s’accordera pour remettre à 2011 et à une nouvelle conférence la recherche d’un accord contraignant. Ce qui parait certain, c’est que la Chine et l’Inde ne feront aucune concession quant à leur détermination à ne s’engager sur rien de contraignant.

Donc, si l’on finit par trouver un accord d’ici la fin de 2012, ce sera un traité mettant à la charge des pays développés tout l’effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre, avec l’engagement de subventionner le développement dit « propre » des pays en développement. Dans un tel cas, le sort de nos sociétés occidentales serait scellé : la décroissance et l’appauvrissement seraient la rançon, tandis que la puissance économique et politique de la Chine et de l’Inde ne ferait que croître. Ces pays, voyant diminuer la richesse de leurs clients occidentaux, trouveraient des compensations économiques et commerciales dans le développement de leurs marchés intérieurs et dans les échanges entre pays en développement. Les équilibres géopolitiques basculeraient, au détriment des nations et des populations occidentales.

Il est toutefois possible, - probable ?-, que rien n’évolue jusqu’au terme du Protocole de Kyoto, et que la négociation aboutisse à une impasse. Plusieurs facteurs rendent plausible une telle éventualité: Les difficultés financières des états occidentaux et la faiblesse de leurs économies les rendent incapables de soutenir des politiques ambitieuses de réductions d’émissions alimentées par des fonds publics. Elles limiteront également les élans de générosité vis-à-vis des pays en développement.

Les dysfonctionnements du GIEC pourraient devenir encore plus évidents, en même temps que la connaissance des mécanismes du climat progresserait. Si cette évolution devait montrer que le réchauffement observé dans la dernière partie du XXème siècle était du autant, sinon plus, à des facteurs naturels qu’aux activités humaines, et nous disposons déjà de nombreuses études qui vont dans ce sens, les incohérences de la politique climatique européenne deviendraient évidentes et la résistance des élus et de la population des Etats Unis serait confortée. Les recherches en cours sur les phénomènes physico-chimiques de la formation des nuages et des précipitations (expérience CLOUD , entre autres), l’étude de l’influence des facteurs océaniques sur le climat, devraient déboucher assez rapidement sur des résultats dont il faudra bien tenir compte.

Les scientifiques sceptiques commencent à pouvoir s’exprimer dans des débats organisés par des conseils scientifiques de grandes nations. Ainsi, la Royal Society (union scientifique britannique) vient de publier un rapport de synthèse qui pointe toutes les incertitudes actuelles de la climatologie. L’Académie des Sciences de l’Institut de France a lancé un débat entre scientifiques partisans des théories soutenues par le GIEC et leurs collègues opposants, pour en tirer un rapport au mois d’octobre 2010 . Les conclusions qui découleront de ces débats pèseront sur les instances politiques des pays concernés, et probablement sur les instances internationales telles que le GIEC et les Nations Unies.

L’éventualité de l’échec de la négociation internationale conduirait à la caducité des accords définis au Protocole de Kyoto. Le GIEC pourrait difficilement s’en relever, et la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique n’aurait plus de raison d’être. Il n’existerait plus de structure officielle pour canaliser le débat entre partisans et sceptiques des thèses du réchauffement climatique catastrophique d’origine humaine. Ceux qui redoutent les cataclysmes climatiques annoncés seraient désemparés au constat que l’humanité se montre impuissante à mettre en œuvre des parades. De part et d’autre, on désignerait des coupables, on chercherait des boucs émissaires. Au mieux, cette bataille durerait quelques temps avant que la peur du changement climatique ne devienne qu’un souvenir et que le monde se dote d’autres frayeurs. Au pire, elle déboucherait sur un schisme durable entre les courants d’opinions, une perte de cohésion sociale, des affrontements...Cette crise propre au monde occidental pourrait s’accompagner de tensions extrêmes entre l’Occident et le reste du monde (le « Nord » contre le « Sud »). Tous ces dangers doivent inciter les citoyens éclairés à agir en vue d’un retour à la raison. Trait_html_691a601b.jpg