L’accession à la propriété de la maison individuelle sera donc réservée à des bénéficiaires de hauts revenus qui accepteront de payer des sommes en très fortes hausses par rapport aux niveaux actuels. Mais ceux qui se résoudront à la solution de l’appartement en ville n’échapperont pas, non plus, à une inflation qui sera due au manque de ressources constructibles en périmètre urbain, face à une demande en forte augmentation. Les immeubles devront pousser en hauteur pour offrir les mètres carrés nécessaires. L’équilibre de l’offre et de la demande se fera par la combinaison de prix au mètre carré en hausse, de surfaces moyennes rétrécies, de nombre d’étages augmenté. Les ménages aux revenus inférieurs à la moyenne seront évincés de ce marché.

Heureux ceux qui possèdent déjà leur logement, pensera-t-on ! Nombre d’entre eux pourtant vont déchanter. La loi prévoit un programme de 400000 rénovations par an. La CAPEB (Fédération des artisans du bâtiment) estime qu’il faudra consacrer de 15000 à 20000 euros par foyer. La somme pourrait atteindre 30000 euros pour les logements les plus anciens, souvent propriété de gens aux revenus modiques. Sur les quarante années à venir, l’investissement est évalué à 600 milliards d’euros, pour 31 millions de logements (la totalité de l’existant actuel). Certes, une part de la dépense (20% environ) devrait être assumée par l’Etat, sous forme de crédit d’impôt. Mais il s’agit d’un leurre, puisque tout le parc actuel de logements sera concerné, que les bénéficiaires d’une année seront les contribuables de toutes les années, et que, directement ou par l’intermédiaire de Bercy, il faudra que les français payent ces 600 milliards. Cela représente un triplement des budgets actuellement consacrés aux travaux de rénovation (source CAPEB).

Les lois Grenelle auront un coût sociologique dont nous ne sommes pas suffisamment conscients. Concentrer les populations dans les zones urbaines va accroître encore les difficultés de transport. Il est évident que les locataires subiront les hausses de coûts assumées par leurs propriétaires. Si l’Etat tente de s’y opposer comme il l’a fait tant de fois dans le passé, il ne provoquera que la disparition de l’offre locative. Les pouvoirs publics locaux tenteront de restreindre encore plus l’utilisation de voitures particulières, mais seront incapables de mettre en œuvre les transports collectifs urbains capables de satisfaire les besoins créés. Parqués dans des logements exigus, perdant un temps précieux dans des embouteillages ou des transports en commun, les citadins verront leur condition de vie se dégrader considérablement. Quand aux émissions de CO2, il est douteux que le raccourcissement des trajets compense le gaspillage d’énergie causé par les embarras de circulation.

Les conséquences fâcheuses concerneront également l’économie. Tripler le budget consacré à l’habitat, c’est également restreindre la consommation des autres biens. Ce qui ira à la construction manquera aux autres secteurs, avec les conséquences qu’on imagine, pour les revenus, pour l’emploi, et pour le bien-être de tous ceux qui auront à se rationner.

Cet article n’a abordé qu’un volet des lois Grenelle, dont les conséquences se chiffrent, de source officielle, à 440 milliards de dépenses pour les dix ans qui viennent, soit 14000 euros par foyer, un mois de salaire moyen par année. Une telle ponction ne peut s’opérer sans déséquilibres économiques et sociaux importants. Le gouvernement actuel en porte toute la responsabilité, et celui qui lui suivra en subira les conséquences s’il ne prend pas les initiatives radicales pour stopper la gabegie.