Lord Lawson est une personnalité britannique célèbre. Il a été Chancelier de l’Echiquier sous le gouvernement de Margaret Thatcher, et siège depuis à la Chambre des Lords du Parlement Britannique. Il a provoqué cette réunion de presse dans le cadre de la Global Warming Policy Foundation, institution qu’il préside et qu’il a fondée en fin 2009 pour s’opposer aux projets mis en œuvre pour lutter contre le réchauffement de la Terre. Depuis longtemps, en effet, Lord Lawson estime que les travaux scientifiques ayant abouti à la théorie du changement climatique d’origine humaine sont critiquables et ne justifient en rien les politiques coûteuses et restrictives des libertés individuelles qu’elle inspire.

Les enquêtes

Revenons sur l’affaire des fichiers volés. Ceux-ci consistaient principalement en milliers de courriels échangés par des scientifiques, dont le plus grand nombre est concerné par les travaux du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Evolution du Climat (GIEC). Les documents révélés faisaient apparaître, ou laissaient supposer, des pratiques susceptibles d’entacher la validité et l’objectivité des travaux auxquels se livrent les scientifiques concernés. L’affaire était d’importance, compte tenu des enjeux considérables liés au changement climatique, et, si elle devait remettre en cause les conclusions du GIEC, toute les politiques environnementales mises en pratique par les principaux états, les communautés d’état, et les instances internationales auraient été privées de leur principal fondement : la lutte contre un réchauffement causé par l’usage de combustibles fossiles.

Le contenu des dossiers volés auraient justifié que des enquêtes minutieuses soient diligentées, avec des moyens importants en nombre d’enquêteurs et en prérogatives d’investigations. Lord Lawson et la GWPF constatent qu’en fait, on n’a procédé qu’à des examens bâclés…et biaisés.

Au Royaume Uni, ces enquêtes ont été au nombre de trois. Deux d’entre elles étaient menées à la demande de la direction de l’Université d’East Anglia. La troisième était une enquête parlementaire confiée à la Chambre des Communes. Ce sont ces trois procédures, et plus particulièrement celle du Parlement, qui font l’objet des remarques que la GWPF a proposé à la presse britannique. A cette fin, la Fondation de Lord Lawson avait commandé un rapport de 74 pages au journaliste Andrew Montford.

Dans la préface de ce rapport, Lord Turnbull précise que :

« Ces enquêtes ont été conduites dans la précipitation. Les références ne sont pas claires. Trop peu d’attention a été apportée au choix des membres du comité pour en assurer l’équilibre et l’indépendance… »

Le rapport Montford.

Je reproduis ci-dessous le résumé que fait Andrew Montford de son rapport, qui peut être lu en intégralité sur internet.

« La communication des courriels du CRU de l’Université d’East Anglia a provoqué une controverse globale qui continue à faire rage. Les médias ont répandu des allégations de résultats manipulés par des climatologues de renom, de lois sur la Liberté d’Information bafouées, d’obstacles élevés contre la publication de critiques dans les publications académiques. L’opinion s’est divisée, dans le monde entier, chez les scientifiques, les responsables politiques et le grand public. Des poursuites à propos de la légalité de certains événements liés à cette affaire de courriels sont en route aux USA, et d’autres pourraient bien suivre."

Les principales allégations concernées sont les suivantes :

Les scientifiques en cause ont-ils manœuvré pour empêcher la publication de points de vue sceptiques dans la littérature scientifique, ou bien ont-ils faussé ou ignoré les travaux critiques dans les rapports du GIEC ?

Ces scientifiques ont-ils détruits des courriels et autres informations pour se soustraire à la législation sur la Liberté d’Information ?

Ont-ils failli à l’obligation de rendre disponibles des données ou des codes informatiques pour en interdire l’examen et la contestation par des critiques ?

L’image et l’état de la science présentés par ces scientifiques dans les rapports du GIEC sont-ils en cohérence avec leurs propres écrits, qu’il s’agisse de littérature scientifique ou de leurs opinions exprimées en privé ?

(...)Les trois enquêtes réalisées au Royaume Uni ont désormais fait l’objet de rapports et, comme je l’indique dans les pages qui suivent, Il n’est guère douteux qu’aucune d’elles n’a été réalisée de manière à rétablir la confiance dans le travail du CRU. Aucune ne s’est préoccupée d’objectivité et d’exhaustivité. La meilleure des trois, celle de la Chambre des Communes, a été cursive et a abouti à innocenter les scientifiques avec peu de justifications permettant une telle conclusion. Les enquêtes d’Osburgh et de Russel (les deux enquêtes internes à l’Université d’East Anglia) ont été caractérisées par le choix de jurys manquant d’impartialité et d’objectivité, des consultations qui écartaient les principales allégations, et un refus délibéré d’interroger des personnes critiques à l’égard du CRU ou discutant la pertinence des propositions de scientifiques.

Le présent rapport ne concerne que les enquêtes sur le Climategate. Il ne doit en rien servir à inférer à propos de culpabilité ou d’innocence de telle ou telle personne, ni à juger des allégations. Néanmoins, il existe aujourd’hui une évidence considérable que la Parlement et le public ont tous deux été trompés sur la nature des investigations faites par ceux qui en ont été chargés.

(...) Le changement climatique est l’un des sujets les plus importants auxquels est confronté aujourd’hui le peuple du Royaume Uni, alors que le gouvernement se lance dans un programme drastique de « décarbonisation ». Cela augmente de façon significative les factures de chauffage, avec un impact particulièrement dur sur les familles les plus pauvres. Il est regrettable que le gouvernement et le Parlement se montrent indifférents sur la qualité et l’intégrité de certaine science sur laquelle repose ses décisions.

(...) Si le Parlement manque à engager une enquête crédible sur les nombreux sujets restant sans réponses à propos de courriels du CRU, c’est la réputation de la science britannique, et celle du gouvernement qui en subiront les conséquences, tandis que la confiance du public dans science climatique ne se rétablira probablement pas. »

La démarche du GWPF de Lord Lawson se limite donc à faire pression sur l’opinion britannique, et, au-delà d’elle, sur les autorités du pays, pour qu’une investigation plus large, plus objective, soit à nouveau diligentée, en recourant aux moyens nécessaires, et ceci en vue de susciter une réflexion, voire une remise en cause, de la politique climatique engagée.

Ce que nous apprend le Climategate.

Doit-on en conclure qu’il ne s’agit que d’une affaire britannique, qui ne nous concerne pas, nous français, ni les autres européens ?

Il est étrange qu’après les révélations du Climategate, la dénonciation de multiples erreurs dans certains des rapports du GIEC, les refus argumentés des pays en développement à s’associer aux politiques promues par l’Union européenne, notre gouvernement et la grande majorité de nos parlementaires maintiennent le cap d’une politique climatique fondée sur quatre rapports successifs du GIEC, sans moindrement chercher à analyser les critiques de plus en plus nombreuses qui visent les affirmations du GIEC. Certes, nous avons échappé à la taxe carbone ! Mais nous ne le devons qu’à un veto du Conseil constitutionnel, fondé sur un principe de droit. Certes, on semble s’acheminer vers une atténuation de certaines des conséquences coûteuses de la Loi Grenelle II. Mais c’est l’état exsangue du Trésor public et de l’économie qui l’imposent. Le gouvernement, nonobstant, ne change pas de cap : les préconisations du GIEC demeurent au cœur de sa politique, et ne sont aucunement remises en cause.

Sans entrer dans le détail du rapport Montford, il parait utile d’en extraire certains arguments.

Montford critique le choix des membres des trois commissions d’enquêtes, qui écarte systématiquement les contradicteurs des théories officiellement admises. Ainsi, l’une des commissions désignées par l’administration de l’Université d’East Anglia était présidée par Lord Osburgh, qui préside une compagnie qui vend et installe des éoliennes, et qui est en outre président d’honneur d’une organisation concernée par la séquestration du carbone ! Ces deux entreprises ne vivent que grâce à la théorie du réchauffement catastrophique et provoqué par les activités humaines. Aucune des trois commissions n’a songé à demander le témoignage de Steve McIntyre et de Ross McKitrick, qui sont pourtant les deux personnes ayant consacré le plus d’efforts à évaluer la qualité des travaux menés par certains protagonistes du Climategate tels Michael Mann et Keith Briffa. Ces deux hommes avaient des arguments solides à présenter pour montrer que les courbes de températures produites par les scientifiques concernés étaient non seulement inexactes, mais bien faussées.

Dans un courriel adressé à Phil Jones, Directeur du CRU, l’auteur de la célèbre courbe en crosse de hockey, Michael Mann, se réjouit d’avoir trouvé une astuce (« a trick ») pour masquer le déclin (« to hide the decline »). De quoi s’agit-il ? Michael Mann, de l’Université de Pennsylvanie, travaillait, avec la coopération de Keith Briffa, d’East Anglia, à établir la courbe des températures moyenne des mille années précédentes, en utilisant la dendrochronologie. Cette science consiste à examiner des sections de troncs d’arbres vieux de plusieurs centaines d’années à plus de mille ans, afin d’examiner l’évolution de leur croissance par l’épaisseur et la composition des cernes annuels. Michael Mann se trouvait confronté à une difficulté majeure : les arbres examinés semblaient montrer, entre 1960 et la fin du XXème siècle, une diminution de la température, ce qui contredisait toutes les mesures de stations météo à sa disposition. Ce fait aurait du le conduire à la conclusion que la dendrochronologie n’était pas la bonne méthode pour poursuivre son étude, et à passer par pertes et profits le travail accompli précédemment. Son astuce a consisté à éliminer de la statistique les quarante années gênantes et à les remplacer par les statistiques tirées des mesures faites par les stations météorologiques. McIntyre et McKitrick ont démonté le subterfuge en 2006. Le courriel de Michael Mann ajoute à leur constat que les cernes d’arbres ne peuvent pas constituer un indicateur fiable pour des reconstitutions climatiques, et que l’auteur de la courbe en était bien conscient.

Depuis plus de 10 ans, des personnalités, telles le Professeur Lindzen, dénonçaient le barrage opposé presque systématiquement par des directeurs de revues scientifiques aux publications de travaux qui, soit dénonçaient des erreurs dans des documents retenus par le GIEC, soit proposaient des résultats d’études allant à l’encontre des conclusions retenues par cet organisme. Les échanges de courriels entre Jones, Mann, Santer, Trenberth, etc, éclairent sur la manière dont ceux-ci usaient pour faire pression sur les rédactions.

Le rapport Montford expose toute une série de faits de cette nature, qui montrent des hommes utilisant toutes sortes de moyens destinés à infléchir les résultats dans le sens qu’ils souhaitent et à empêcher toute manifestation de la vérité gênante pour eux.

Les deux enquêtes internes à l’Université d’East Anglia ont conclu n’avoir relevé rien de répréhensible dans les méthodes de travail du CRU. La Commission parlementaire s’est réunie une seule journée pour auditionner un petit nombre de témoignages. Les déclarations de Phil Jones leur ont paru sincères. L’audition de Lord Lawson et celle du directeur du GWPF, Benny Peiser, a donné lieu à un questionnement insistant sur les sources de financement du GWPF et de l’étude Montford, ce qui parait bien accessoire par rapport au sujet dont il fallait faire l’examen. Et les conclusions ont été que Phil Jones et les scientifiques du CRU s’étaient conformés à des pratiques coutumières dans le milieu des sciences climatiques. La Commission d’enquête se bornait à préconiser « plus de transparence » de la part des scientifiques, et à recommander de fournir les données de calcul aux tiers qui en font la demande.

Bref, ce fut une enquête bâclée en une journée, par des élus peu informés des questions scientifiques, certainement peu à l’aise pour juger d’éléments sur lesquels la majorité d’entre eux fondent les politiques qu’ils défendent depuis de nombreuses années. L’essentiel, semble-t-il, était de ne pas nuire à l’honorabilité d’une grande université britannique, et de passer rapidement à un autre sujet, les élections législatives étant alors bien proches…

Si les parlementaires avaient voulu enterrer le problème en agissant ainsi, ils ont largement échoué. Leur attitude ne fait que conforter le sentiment qu’il existe de nombreuses connivences entre les hommes politiques et les scientifiques du climat, et, plus encore, entre le monde politique et celui des affaires qui exploitent la filière du risque climatique.

La diffusion illégale des courriels du CRU n’a pas apporté beaucoup d’éléments nouveaux sur des pratiques décriées de longue date par nombre de scientifiques, des politiciens en moins grand nombre, et quelques journalistes courageux et lucides. Dans mon livre, « la Servitude Climatique » , imprimé avant que n’éclate le Climategate, j’avais abondamment fait état des manipulations de données, des censures exercées à l’encontre des contradicteurs du GIEC… La révélation des courriels n’a fait que confirmer ce que les initiés savaient déjà. Mais elle a eu l’effet de lancer, de façon spectaculaire, ces informations sur la place publique. Cela se produisit, de plus, à un moment où les opinions étaient fortement mobilisées et préparées en vue de la grande Conférence climatique de Copenhague.

Vol de courrier, ou acte de salut public ?

Il a fallu dont un acte délictueux, un vol de courrier assorti de diffusion publique illégale, pour obtenir un début de débat sur des questions de la plus haute importance pour l’avenir de nos sociétés. Ce n’est pas l’aspect délictueux qu’il convient de retenir, mais la rébellion de gens qui, lassés de la censure officielle sur les affaires climatiques, impuissants à obtenir par voie de justice les informations auxquelles ils ont un droit d’accès, utilisent un moyen révolutionnaire pour que la démocratie puisse s’exercer !

L’événement a stimulé le zèle des climato-sceptiques. Les rapports du GIEC ont été analysés avec plus de minutie, et on a vu paraitre successivement des révélations sur des malfaçons majeures du rapport de 2007 : la soi-disant fonte prochaine des glaciers himalayens, la fonte supposée accélérée des glaciers alpins, africains et andins, la disparition de 40% de la forêt amazonienne, etc…

Des scientifiques et des journalistes spécialisés ont entrepris des recherches pour contourner le fait que le CRU refusait de fournir les mesures de températures servant à leurs calculs, de la même manière d’ailleurs que les deux autres institutions chargées de collecter ces températures, la NOAA et le GISS, refusent la communication des données en leur possession. Et l’on a vu paraitre, dans la presse anglo-saxonne essentiellement, nombre d’exemples de mesures défaillantes, en Nouvelle Zélande, en Sibérie, en Australie, en Tchécoslovaquie, et ce travail d’enquête se poursuit.

Un remarquable rapport de Joe d’Aleo et Anthony Watt a été publié, dès janvier 2010 dans sa première version : « Surface Temperature Record : Policy-Driven Deception ? ».La dernière version, datée d’août 2010, est disponible en PDF sur le site du Science and Public Policy Instiutute (SPPI) .

Il s’agit d’une étude absolument remarquable qui démontre l’inadéquation de la répartition et des méthodes de la plus grande partie des stations de mesures de température utilisées par le CRU, la NOAA et le GISS, qui fait le point sur cette question en Russie, au Canada, en Chine, en Europe, en Afrique, en Amérique du Sud, aux USA, en Turquie, en Australie et Nouvelle Zélande, qui montre que les ajustements réalisés par les trois instituts précités sont insuffisants et laissent subsister une partie importante d’élévation de température dues à l’extension de l’urbanisation (les îlots de chaleur urbains), et exposent les problèmes non surmontés des mesures de température en mer. Qu’elles paraissent désuètes et dérisoires les enquêtes de parlementaires ou d’administrations universitaires anglaises lorsqu’on prend connaissance d’un tel document dont le contenu justifierait l’invalidation de tous travaux scientifiques utilisant les données passées au crible et de tous modèles climatiques qui y ont recours !

Le climategate a-t-il joué un rôle de catalyse dans ce phénomène qui a vu s’accélérer la contestation du dogme institué par le GIEC et les instances politiques ? Je le crois. L’enquête disposant des moyens d’investigation les plus importants est celle que Scotland Yard conduit pour démasquer les coupables du piratage. Elle demeure sans succès. Mais peut-être ne souhaite-t-on pas mettre la main sur ces malfaiteurs qui deviendraient alors des héros !

Le GIEC a bien du mal à se remettre des secousses provoquées par l’affaire. Les Nations Unies, elles aussi, ont demandé une enquête sur les méthodes de travail de ce Groupe d’Experts. Il semble que celle-ci ne progresse pas bien vite. On éprouve des difficultés à trouver des rédacteurs pour le rapport de 2014. On s’avance vers la Conférence de Cancun sans qu’aucun progrès n’ait pu être constaté depuis celle de Copenhague, et le Protocole de Kyoto parviendra à son terme en 2012 !

Le discours global sur le climat et l’énergie se transforme en cacophonie dont rien de positif ne sort. On poursuit mollement les politiques mises en route, on met au placard les nouveaux projets législatifs, mais rien n’est envisagé pour ce qui serait l’essentiel : un audit généralisé et planétaire des sciences du climat et des institutions chargées de les développer.

Trait_html_691a601b.jpg Rappelons que Jean-Michel Bélouve est l'auteur de La servitude climatique, ouvrage paru à l'automne 2009 chez Liber Media