Le rapport du Groupe 1 de l’AR5 recèle un grand nombre d’informations importantes qu’il convient d’examiner attentivement pour évaluer les impacts des évolutions climatiques présentes et futures, et pour déterminer les enjeux des choix politiques à faire.

L’une des informations les plus importantes réside dans les augmentations de températures globales prévues pour le 21ème siècle. Ces évaluations dépendent des scénarios d’évolution des concentrations en CO2 définis en vue de modélisations. Ils sont au nombre de 4, et le rapport AR5 communique très peu d’information sur eux. Pour mieux les connaitre et les comprendre, les francophones peuvent consulter un document en ligne publié par la Direction Générale de l’Energie et du Climat .

Le tableau ci-dessus indique dans les colonnes successives le nom des scénarios, le forçage radiatif résultant en 2100, la concentration en CO2 atteinte en 2100, l’augmentation de température moyenne globale par rapport à la période préindustrielle, et la forme de courbe obtenue. Intéressons-nous d’abord aux concentrations prévues.

Un ppm de CO2 atmosphérique correspond à 2,19 gigatonnes de carbone atmosphérique. Cette valeur est tirée de la masse globale de CO2 atmosphérique (3160 GT), divisée par 390 ppm, valeur actuelle de la concentration, qui ce qui donne 8,10 gigatonnes de CO2 par ppm. Pour obtenir la valeur de carbone contenu, il convient de diviser cette dernière valeur par 3,7, et on obtient 2,19 GT par ppm.

On sait que le carbone qui reste dans l’atmosphère correspond à la moitié des quantités émises. Il faut donc émettre 4,38 GT de carbone pour une concentration augmentée de 1 ppm. Nous pouvons alors calculer la quantité de carbone à émettre d’ici 2100, et donc à consommer sous forme d’énergie fossile, dans chacun des scenarios.

Rapprochons maintenant les valeurs de la colonne 5 des réserves mondiales en énergie fossiles.

D’après l’annuaire statistique BP de l’énergie 2013, les réserves prouvées de pétrole sont de 236 gigatonnes, correspondant à 196 GT de carbone contenu, les réserves de charbon sont de 405 GT, celles de lignites et charbons sub-bitumineux 456 Gt, correspondant à 319 GT de carbone, et les réserves de gaz naturel sont de 187000 milliards de m3, ce qui correspond à 89 GT de carbone contenu. Soit un total de réserves de 1009 GT de carbone combustible. On voit déjà que les consommations RCP8.5 et RCP 6 sont irréalistes. Malgré toutes les espérances de découvertes en gaz et huiles de schistes, en pétrole conventionnel, et en ajoutant toute la biomasse disponible, on se situera très au-dessous des 2000 gigatonnes de la RCP 6.

Certains argueront qu’il faut ajouter aux émissions de CO2 l’équivalent CO2 du méthane et des autres gaz à effet de serre. Cela peut représenter une centaine de Gt équivalent C pour le scénario RCP 6 et 150 à 200 GT pour le RCP8, et ne change pas substantiellement les ordres de grandeur.

D’autres s’alarmeront de la possible saturation des puits de carbone océaniques et végétaux. Lorsque sa température augmente, l’océan émet du CO2, car la solubilité du dioxyde de carbone dans l’eau varie en sens inverse de la température. Mais la solubilité du CO2 atmosphérique dans l’eau est proportionnelle à sa pression partielle (Loi de Henry), et donc à sa concentration atmosphérique, et ce facteur est bien plus important que le facteur température (qui ne joue que sur 2 ou 3 degrés Kelvin). Quant aux végétaux, la longue expérience des serres à atmosphère enrichie en gaz carbonique, à des taux allant jusqu’à 1500 ppm, montre que la croissance végétale augmente fortement avec la concentration en CO2. D’ailleurs le GIEC n’a pas retenu de facteur limitant relatif aux puits de carbone, et les modélisations n’en tiennent pas compte.

Cela nous conduit à ne retenir que les deux scénarios RCP 4.5 et RCP 2.6. Les deux autres scénarios n’ont manifestement été sélectionnés que pour faire peur et annoncer des fourchettes de températures culminant à +4,8° C.

La réalisation du RCP 4.5 suppose que l’on découvre quelques 400 GT de carbone combustible en plus des 711 GT des réserves actuelles. Ce n’est pas impossible, bien que les espoirs les plus optimistes de découvertes de réserves économiquement exploitables de gaz de schiste sont bien inférieurs à cette valeur, et que les découvertes de pétrole conventionnel ou de charbon seront probablement très limitées. Mais on pourrait penser aussi à une augmentation de la consommation de biomasse combustible. Bref, le scénario 4.5 n’est pas irréaliste, mais sa réalisation est aléatoire.

Même avec des découvertes de réserves de 400 GT ou plus, le réalisme économique nous oblige à penser que la consommation d’énergie fossile augmentant, il arrivera un moment où la raréfaction de la ressource entrainera une augmentation des prix de l’énergie telle, entrainant une évolution, progressive mais rapide, vers d’autres sources d’énergie. On peut penser à l’énergie électrique issue de réacteurs nucléaires de quatrième génération, qui rendent la ressource en uranium et thorium illimitée à l’échelle de nombreux millénaires, et qui diminuent les volumes de déchets radioactifs les plus dangereux. On peut espérer que le temps viendra où l’électricité photovoltaïque bénéficiera de solutions technologiques bien moins coûteuse que celles reposant sur le silicium (des solutions prometteuses sont au stade de la R & D), et que des progrès importants seront obtenus dans le domaine du stockage de l’électricité. On aboutirait alors à un mix énergétique dans lequel les combustibles fossiles seraient fortement minoritaires.

Le scénario 4.5 aboutit à une prévision de hausse de températures de +2,4° C par rapport à celle de la période préindustrielle (voir le premier tableau), soit +1,8° C par rapport à celle d’aujourd’hui, ce qui devrait comporter bien plus d’avantages que d’inconvénients. Compte tenu des remarques faites au paragraphe précédent, il est probable que nous nous plafonnerons assez nettement en dessous de la consommation de 1139 GT de carbone calculée pour ce scénario, et que la hausse des températures sera encore moins forte et se situera entre celles des scénarios 2.6 et 4.5.

Ainsi, à défaut d’imposer des politiques de limitation des émissions dont ne veulent pas les pays en développement, qui sont ceux qui génèrent les hausses d’émissions de CO2 actuelles, on peut compter sur les mécanismes du marché et la hausse des prix des énergies fossiles pour parvenir à une limitation choisie par tous, en fonction d’intérêts économiques.

Ce que nous avons de mieux à faire est d’éviter les dommages économiques que nous subirons en perpétuant la politique énergétique actuelle de règlementation, de taxation, de subventions à des solutions industrielles inadaptées et non rentables (éolien, photovoltaïque), mais plutôt d’assurer le meilleur développement possible à nos économies, afin qu’elles nous permettent de financer l’effort de recherche et développement nécessaire aux énergies du futur.

Il reste à évaluer le scénario RP 2.6, celui que le GIEC et les mouvements écologistes veulent promouvoir. Il peut paraitre séduisant par sa prévision d’une hausse de températures de +1,5° C par rapport à la période préindustrielle, soit +0,9° C par rapport à aujourd’hui. Mais en examinant les conditions dans lesquelles il devrait se dérouler, on constate qu’il est tout à fait irréaliste et irréalisable.

Dans le tableau ci-contre figure les courbes d’émissions de CO2 correspondant aux quatre scénarios. La courbe verte est celle du scénario RCP 2.6. On constate qu’elle prévoit une inversion brutale de la tendance en 2020, avec une diminution constante et forte jusqu’au niveau zéro en 2070, c’est-à-dire l’abandon complet des énergies fossiles à cette date. Même si on peut imaginer infliger un tel traitement aux populations des pays les plus développés, cette médecine n’est pas supportable pour les pays en développement, car elle tuerait leur développement économique.

La courbe rouge du scénario 4.5 est bien plus acceptable, en prévoyant une croissance des émissions au rythme d’aujourd’hui jusqu’en 2040, avec une inflexion douce sur une dizaine d’années avant de redescendre progressivement et d’atteindre, en 2080, un palier de 4,5 GT/an, moitié moindre qu’aujourd’hui.

Ainsi, l’AR5 nous délivre un message d’espoir, si on ne se laisse pas impressionner par les alarmes qu’il multiplie tout au long de ses chapitres. Même pour celui qui prend le parti d’accepter dans sa totalité son contenu scientifique, les considérations développées ci-dessus montrent bien que la situation n’est pas alarmante, que les augmentations de températures annoncées sont loin d’être redoutables, et que l’évolution naturelle des comportements économiques aboutira à une situation maîtrisée bien mieux que ne le feraient des politiques coercitives aux conséquences négatives.

Jean-Michel Bélouve