Sarkozy et la taxe carbone : les enjeux politiques de son abandon
Par Jean-Michel Bélouve le dimanche 28 mars 2010, 10:40 - Article - Lien permanent
La taxe carbone est donc enterrée, définitivement, quoi qu’en disent les membres de notre gouvernement.
Les conditions mises à son exhumation, accord européen unanime, taxe aux frontières de l’Union, ne sont qu’incantations.
Elles ne seront pas réunies de sitôt ! L’examen des tours et des détours qui ont conduit à l’abandon mérite réflexion. L’alibi de la menace climatique n’a pas pesé lourd dans les jeux politiques, ni même les considérations économiques. En fait, ce sont les combinaisons politiciennes d’alliance et d’intérêts des partis politiques qui ont pesé tout au long du projet.
Au départ, il y a la signature du Pacte Hulot par le candidat Sarkozy, et neuf autres prétendants. Tous veulent donner des gages aux écologistes dont les voix peuvent faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. C’est la carte que joue le nouveau Président de la République en réunissant de manière spectaculaire son « Grenelle ». Cela lui réussit plutôt bien, puisque le Parti Socialiste, miné par ses luttes tribales internes, perd des voix au profit notamment des Verts. Sa déconfiture est complète aux élections européennes. Sarkozy pense que la taxe carbone lui permettra d’accentuer encore son avantage et d’empêcher une alliance entre socialistes et écologistes, ou, tout au moins, d’éviter que l’électorat vert ne se tourne en bloc vers la gauche rose ou verte.
La décision du Conseil constitutionnel porte un coup sévère à sa politique. Qu’importe, il réaffirme son intention de mener tambour battant le projet, qu’on va remanier à la hâte pour le rendre acceptable par les Sages. Las, le scrutin des régionales ruine définitivement sa tactique : l’unité sans faille entre écologistes et socialistes provoque la défaite totale de la majorité parlementaire, et la gauche, aux abois un an plus tôt, se retrouve aussi forte qu’à ses plus beaux jours. Pire, le Front National, qu’on croyait moribond, réalise ses meilleurs scores de tous les temps, là où il est présent au second tour.
Ce qui provoque la décision de report sine die du projet de taxe, c’est la fronde qui s’ensuit au sein même de l’UMP. Les députés de ce parti ne craignent plus de monter publiquement leur désaccord avec une politique qui les a aiguillé vers une impasse. Comme, de plus, le projet est devenu inopérant vis-à-vis des Verts, il n’y a plus qu’à le renvoyer aux calendes grecques.
Voila comment se bâtit la politique de la France. A aucun moment on n’a voulu considérer les doutes grandissants sur la validité du fondement scientifique des politiques carbone. On n’a pas mis en balance la situation économique et financière du pays, qui mériterait que tous les efforts soient concentrés sur le seul redressement de cette situation, et la complète inefficacité de notre taxe carbone nationale sur les émissions globales de gaz à effet de serre. « Il ne faut pas plomber la compétitivité de nos entreprises », déclare le Premier Ministre. Cette question, il n’en avait eu cure lorsqu’il a élaboré le premier texte qu’il a fait voter par le Parlement en 2009 !
Ces jeux de partis constituent une calamité, car ils conduisent à des décisions publiques contraires à l’intérêt général. Ils donnent du grain à moudre aux adversaires de la démocratie qui prêchent pour des formes de gouvernance supranationales bureaucratiques. Ils favorisent des politiques démagogiques génératrices de déficits publics toujours croissants et dont on voit le résultat, aujourd’hui, en Grèce.
La taxe carbone n’était qu’un élément parmi d’autres d’une politique de développement durable dominée par les jeux politiciens et affairistes. Le projet de loi Grenelle 2, qui va conclure la démarche abordée au Grenelle de l’Environnement dans quelques semaines est encore plus pernicieux, car il va enfermer la population dans de multiples contraintes d’habitat et de transports à la fois liberticides et financièrement insupportables pour nombre de foyers, et accroître encore les engagements financiers de l’Etat et des collectivités publiques. 440 milliards à y consacrer d’ici 2020, dont la moitié en dépenses publiques : notre Etat, nos régions et nos communes ne peuvent supporter cela, vu l’état actuel de leurs finances, pas plus d’ailleurs que les ménages aux revenus moyens et modestes.
Le projet, actuellement mis en forme par les commissions, sera examiné en hémicycle au début du mois de mai. Il faut espérer que les députés l’amenderont suffisamment pour rendre tolérables ses obligations de construction, de rénovations d’habitat, d’urbanisme et de transports, car il ne faut pas compter sur le Conseil constitutionnel, cette fois, pour nous sauver d’un désastre.
Au-delà de ces questions de court terme, capitales, il faut se poser la question de toute une démarche politique fondée sur une idéologie contraire à nos valeurs de liberté, de progrès, de croissance. Il faut remettre en cause le constructivisme autoritaire qui veut nous contraindre à un changement de société auquel la majorité d’entre nous se refuse. La menace climatique n’est pas crédible autant qu’il le faudrait pour que nous acceptions de lourds sacrifices de pouvoir d’achat, de bien-être et de mode de vie. Ce n’est ni de la courte vue, ni de l’égoïsme, mais simplement l’expression d’une incompréhension face aux contradictions de plus en plus évidentes de la problématique du climat… et d’une défiance accrue envers les jeux politiques.
Commentaires
Le chemin entre idéologie verte prêchant l'immobilisme ou le recul, ou de sa version colorisée dans une pseudo croissance verte soutenable qui est abusivement et parfois naïvement présentée comme une voie nouvelle de développement qui résoudrait tous nos maux, et la nécessité d'une inflexion raisonnable de certains choix énergétiques est étroit. L'idéologie verte a un coeur profondément rouge qui tourne même parfois vers un brun inquiétant. Les tacticiens au pouvoir viennent de le découvrir et, marris, amorcent un virage à 180 degrés. Les Borloo et autres Kociusko ou successeurs sont priés de se mettre en veilleuse et de remiser les Grenelles et autres Grand-Guignol. En d'autres temps moins médiatiques aurait été posé tout simplement le problème de la politique énergétique de notre pays et de celle des nations européennes de la zone monétaire. Il faudra fournir beaucoup de travail et d'intelligence pour moins utiliser et donc importer moins de pétrole durablement trop cher, pour mettre en place une politique d'approvisionnement de gaz naturel sur le marché mondial et profiter ainsi d'immenses ressources à bas prix non indexés sur les cours du pétrole, pour redonner plus de flexibilité à la production d'électricité en France et à son utilisation de façon décentralisée, pour éviter de faire payer aux consommateurs les rentes éoliennes ou photovoltaïques indues par le biais de trop généreux tarifs préférentiels. Bref il ne faut pas oublier la nécessaire optimisation de la facture énergétique de notre pays et de celle de l'Europe, par un accroissement constant de l'efficacité énergétique des processus et par une mise en concurrence des ressources primaires permettant de réduire les coûts unitaires. Un exemple: la révolution du transport terrestre par l'électrification des véhicules va se dérouler tout au long du siècle, les constructeurs européens et leurs sous-traitants, cruellement en retard, vont devoir s'ébrouer. Un autre exemple: avoir refusé l'implantation d'un terminal de regazéification au Verdon pour faire plaisir à José Bové, me semble être une faute grave de la part des hommes et des femmes au pouvoir. Il est juste qu'un tel geste démagogique ne leur ait apporté la moindre voix.