Pourquoi l’état intervient-il dans l’économie ?
Par Vincent Bénard le mercredi 9 mai 2012, 14:35 - Article - Lien permanent

L'échange, ce méconnu
S'il est un domaine où l'économie "simplifiée" qui sert à bâtir des modèles théoriques me pose quelques problèmes, c'est bien la question de l'échange. Y compris chez des économistes libéraux tout à fait respectables, vous trouverez immanquablement le postulat suivant, érigé en dogme, répétez après moi :
"Un échange libre est forcément gagnant pour les deux parties, sinon, il ne serait pas entrepris".
Désolé, mais cette assertion, sans être intégralement fausse, me paraît excessivement simplificatrice. Entre autres, elle néglige quelques éléments importants de psychologie individuelle, et notamment la propension, chez nos congénères humains, à la "frustration" : nous voudrions toujours avoir "mieux" en donnant "moins".
"Psychonomie" : entre satisfaction et frustration
Considérons un acheteur et un vendeur, qui négocient le prix d'un loyer.L'acheteur aimerait bien pouvoir louer l'appartement de ses rêves pour rien, mais, réalisme aidant, il aimerait pouvoir s'en tirer, pour, mettons, 700 Euros. Ceci dit, il sait qu'il devra peut être, compte tenu de l'offre disponible, aller un peu au delà de cette somme.
On peut donc dire qu'il sera satisfait s'il trouve la perle de ses rêves à 700 euros, et qu'il entrera dans une "zone de frustration" aux alentours de 800 euros, mais qu'il signera quand même, parce qu'il faut bien se loger. Au dessus de 900 Euros, il dira non, parce qu'il n'aura plus les moyens de faire face à l'ensemble de ses dépenses, et il devra chercher plus petit, ou moins bien situé.
On peut donc symboliser l'état psychologique de l'acheteur selon le diagramme suivant, en fonction du prix auquel la transaction sera conclue :
|
Zone |
Zone |
Zone |
---------
Prix Croissant --------------------------->>
Pour le
vendeur, la situation est inverse. Il est persuadé que son logement,
qu'il a refait à neuf en y consacrant plusieurs weekends, doit se
louer, disons, 900 Euros. Il est prêt à descendre à 750-800 si le
chaland se fait rare, mais juré, craché, mordicus, il ne descendra
jamais à 650 Euros, car là, il perdrait de l'argent, par rapport
aux frais qu'il a engagé pour son investissement
L'état
psychologique du vendeur en fonction du prix peut donc se schématiser
ainsi :
|
Zone |
Zone |
Zone |
----------
Prix Croissant ----------------------------->>
Dans
les deux cas, chaque protagoniste entreprendra la transaction si le
prix final se situe dans sa zone verte, et sous certaines conditions
s'il se situe dans sa zone orange. Par contre, en zone rouge, il
renoncera.
Asymétrie
de la satisfaction
Naturellement,
le raisonnement qui précède est valide quel que soit la transaction
considérée : acheteur et vendeur de voitures, employeur
(acheteur de force de travail) et salarié (vendeur), coopérative
agricole et centrale d'achat de grandes surfaces, céréalier et
minotier, acteur et producteur, etc...
Confrontons
maintenant le diagramme de satisfaction de l'acheteur et du vendeur
dans le cas d'une transaction librement négociée, sans influence
extérieure. Plusieurs cas sont possibles.
1
) Satisfaction mutuelle, tout va bien !
Les zones de satisfaction de l'acheteur et du vendeur se recouvrent : la transaction ne génère aucune frustration, et se conclut à un prix qui satisfait les deux parties. Inutile de développer. Cela arrive assez souvent dans nos achats courants.

2)
Refus mutuel
Seules les zones de refus et de frustration se recouvrent, aucun accord n'est possible entre l'acheteur et le vendeur. La transaction ne se fait pas. Inutile de développer non plus.

3)
Satisfaction asymétrique
Dans le cas ci dessous, la zone verte de l'acheteur recouvre la zone orange du vendeur, et vice versa : la transaction pourra se faire mais uniquement à certaines conditions.

Ainsi,
il faudra que l'un des deux protagonistes de l'échange soit
fortement contraint à réaliser la transaction, et ne puisse trouver
une contrepartie plus conciliante. Par exemple, si, à chaque
logement visité, l'étudiant se retrouve en face de 10 concurrents
ou plus, il finira par accepter de conclure un bail à 400 euros là
où il pensait que jamais il ne dépasserait 300. Dans le sens
inverse, si un vendeur de maison, qui croyait que son bien "typique,
belle exposition sud", pouvait se vendre 200 000 Euros, mais n'a
eu au bout de 6 mois qu'une offre à 170 000, il finira peut être
par craquer, de guerre lasse. La zone de "frustration" est
souvent une ancienne zone de "refus" que la contrainte
financière a rendue péniblement "acceptable".
Dans
chacun des cas, la frustration d'un des deux participants alimente le
bonheur de l'autre.
4)
Frustration partagée
Dernier cas, seules les zones orange se recouvrent.

Dans
ce cas, il est assez peu probable que la transaction ait lieu, car si
l'un des protagonistes doit "absolument conclure", l'autre
le détectera aussitôt et en profitera pour déplacer le prix vers
sa zone de satisfaction à lui. Mais il peut se rencontrer, dans
certaines situations un peu extrêmes, des marchés avec peu d'offre,
peu de demande, et une "correspondance" (les économistes,
ces prétentieux, parlent "d'appariement") médiocre entre
le niveau de gamme de l'offre et la capacité financière du
demandeur.
Les économistes évoquent souvent le concept
"d'asymétrie de l'information". Il me semble qu'ils
devraient tout autant tenir compte de ces situations "d'asymétrie
de la satisfaction" pour expliquer certains phénomènes liés
aux échanges.
Comment
réduire la frustration ?
Vous
aimez être frustré, vous ? Non. La frustration est un
sentiment désagréable.
Vous allez donc tenter de
réduire vos zones de frustration lorsque vous entreprenez des
échanges. Pour ce faire, deux catégories de moyens existent :
ceux où vous ne compterez que sur vous mêmes, et... d'autres. N'en
disons pas plus pour l'instant.
1)
Réduire la frustration par l'effort
Reprenons
notre exemple immobilier : le vendeur de maison qui n'a pas
d'acheteur au prix qu'il demande peut investir 2% du prix de vente
qu'il souhaite obtenir dans du "home staging", vous savez,
ces travaux d'embellissement de dernière minute que nous
vantent certains
animateurs de télévision.
Le
salarié qui trouve que son patron le paie mal peut développer, à
force de cours du soir et d'investissement personnel, des compétences
nouvelles qui lui permettront de négocier une paie plus élevée,
avec cet employeur ou un autre.
L'agriculteur qui trouve
que, décidément, les grandes surfaces sont bien pingres avec sa
production de pommes, pourra développer une variété plus rare qui
séduira de nouveaux consommateurs, ou se lancer dans la vente
directe sur Internet.
Etc, etc. Ces moyens d'action,
essentiellement concentrés sur les vendeurs, ont deux "inconvénients
majeurs" du point de vue du frustré qui sommeille chez certains
d'entre eux : ils exigent un investissement de départ, et le
résultat n'est absolument pas garanti. En contrepartie, ils sont
"vertueux" au niveau économique, car ils tendent à
améliorer la qualité des offres disponibles.
L'acheteur
peut aussi réduire son risque de frustration, notamment en apprenant
à mieux négocier, ou en consacrant plus d'énergie à trouver des
vendeurs plus raisonnables. Là aussi, le retour sur effort n'est en
rien garanti.
2)
Réduire la frustration grâce à l'état et une "bonne"
loi
Aussi,
si vous arrivez à vous associer avec des personnes partageant la
même frustration que vous, trouverez vous peut être plus rentable
d'aller réduire votre niveau de frustration sur le marché
politique, en demandant à l'état de réduire les possibilités de
négociation de votre contrepartie, de par la loi.
Par
exemple, un syndicat obtiendra un salaire minimum, au dessous duquel
aucun contrat ne pourra être légalement conclu, voire des "grilles
de salaires type" s'imposant à tout employeur dans une branche
donnée, et notamment dans la fonction publique.
D'autres
réclameront un encadrement des loyers. Des grandes surfaces
obtiendront le vote de lois limitant la possibilité d'établissement
de concurrents (on
parle de "barrières à l'entrée sur le marché"),
des pharmaciens lutteront pied à pied pour que les grandes surfaces
ne puissent pas vendre de médicaments. Des fabricants d'éthylotests
convaincront, on ne sait trop comment, un ministre de l'intérieur à
rendre cet équipement obligatoire dans les véhicules. L'ordre des
architectes négociera l'obligation, pour un particulier, d'avoir
recours à leurs services pour toute construction de plus de 170m2,
et fera du lobbying intensif pour abaisser cette limite. Etc, etc, on
ne compte plus les lois fixant des prix plancher ou plafond, imposant
des conditions de diplôme, de numerus clausus ou d'agrément aux
vendeurs, ou imposant à certains acheteurs des frais qu'ils
n'auraient pas consenti sans la loi.
3
) Réduire la frustration grâce à l'état et une "bonne"
subvention
L'autre
moyen de réduire votre zone de frustration est de permettre à
une transaction en "zone orange", voire "rouge",
de se conclure tout de même, mais en subventionnant le vendeur.
Notez que parfois, la subvention est en apparence accordée à
l'acheteur, mais au final, c'est toujours le vendeur qui en profite,
la subvention lui permettant d'augmenter le prix affiché à
l'acheteur... Naturellement, la subvention sera toujours accordée
selon un motif politiquement présentable, comme "l'intérêt
général", "le sauvetage de la planète", "l'accès
égal à la culture", "la relance de l'économie", "la
justice sociale", ou que sais-je encore.
Ainsi, les
"primes à la casse" permettent de vendre des voitures au
dessus du prix que les acheteurs seraient prêts à mettre en son
absence. Les subventions agricoles permettent aux gros agriculteurs
(les petits n'en voient que peu la couleur, leur pouvoir de nuisance
est trop faible...) de ne pas trop s'en faire quant aux tarifs que
leurs consentent leurs acheteurs; le rachat à perte obligatoire, par
les distributeurs d'électricité, du courant produit par des
énergies pseudo-renouvelables, permet de fourguer à vil prix des
éoliennes et des panneaux photovoltaïques; une remise fiscale
permet de vendre des chaudières à condensation à des prix
"massacrants" ou des appartements "Scellier" à
des prix délirants. Liste non exhaustive.
Et, bien sûr,
dans ce cas, le frustré est "le troisième participant" à
l'échange, celui qui n'avait rien demandé, le "cocu", le
contribuable, dont le racket, en l'occurrence, sert à apaiser à la
fois les frustrations et de l'acheteur et du vendeur.
Bien
sûr, l'acheteur devrait se rendre compte que lorsqu'il est
subventionné, il est aussi contribuable, et donc spolié. Mais
traiter cette question nous obligerait à enfoncer un autre mythe de
l'économie classique, celui de l'individu infiniment rationnel... Et
cela fait beaucoup pour aujourd'hui, non ?
EN RÉSUMÉ :
Si
tous les échanges libres étaient totalement satisfaisants pour les
deux parties, personne ne demanderait l'intervention de l'état pour
les réglementer.
Mais, tout comme l'information, la
satisfaction liée à l'échange est asymétrique. Parce qu'un
certain nombre d'échanges engendrent une frustration chez une des
parties, certains, plutôt que de chercher à réduire le risque de
frustration par l'effort, lequel n'est pas toujours récompensé,
vont plutôt essayer d'obtenir de l'état qu'il les aide.
L'aide
de l'état peut prendre la forme soit d'une loi limitant la
possibilité de la contrepartie de négocier, soit d'une loi
obligeant les gens à devenir clients de produits qu'ils n'auraient
pas envisagé d'acheter sans la loi (ce qui revient au même), soit
d'une subvention qui transfère la frustration sur un troisième
protagoniste, qui n'a rien demandé et qui est souvent mis devant le
fait accompli : le contribuable. L'aide
de l'état a toujours pour but de transférer la frustration d'une
des parties vers une autre.
A
chaque fois qu'un règlement limite votre possibilité de
négociation, ou vous oblige à acheter quelque chose dont vous
n'auriez pas spontanément envie, demandez vous "à
quel lobby la loi profite",
et qui est le "cocu". Et à chaque fois que l'état vous
subventionne pour acheter tel ou tel achat, demandez vous "quel
vendeur aide-t-il réellement", "à
qui va vraiment la subvention",
et pourquoi vous payez tous ces impôts et taxes...
Le
dirigisme, père de tous les clientélismes, qu'il soit "socialiste"
ou "oligarchiste",
est donc le moyen trouvé par l'état, et les politiciens et
fonctionnaires qui en vivent, de répondre aux frustrations que toute
vie en société ne manque jamais d'engendrer. C'est de cette réponse
qu'il tire sa popularité.
L'interventionnisme
économique est donc avant tout une réponse politique AUX BAS
INSTINCTS DES INDIVIDUS.
Les libéraux qui veulent
affranchir la société de ces interventions doivent trouver des
réponses crédibles au problème de la gestion des frustrations.
Sans quoi, leur avenir politique est désespérément
groupusculaire. 
Cet article de Vincent Bénard est le dernier d'une série de trois textes publiés sur objectifeco.com sous le titre "L'économie du bon sens". Voir les deux premiers épisodes : 1- L'économie ou la mort et 2 - Tout part de la valeur ajoutée, concept clé de l'économie
Commentaires
C'est malheureusement vrai.
Quelles solutions proposer face à ça :
Démontrer qu'il n'est pas vertueux de vivre au dépend d'autrui.
Je pense sincèrement qu'il n'y a pas de solution immédiate, le principe de "solidarité" en France fait l'objet d'un véritable endoctrinement dès le plus jeune âge (cf l'article du poisson arc en ciel), même si on arrivé à convaincre les bienfaits d'un véritable libéralisme vertueux, penses-vous vraiment qu'un individu, mettons de 30 ans, victime du joug socialiste soit capable d'admettre qu'il se soit fait berner pendant 1/3 de sa vie ?
Une solution vient alors, sur du très long terme, refaire l'éducation,apprendre aux individus dès leur plus jeune âge qu'ils n'auront que se qu'ils méritent, de ne dépendre de personne, d'être responsable.
Mais nouveau problème, certains se diront surement : "n'est-il pas plus intéressant de ne rien faire toute sa vie tout en demandant aux autres de nous nourrir ?"
Cet article est intéressant mais il manque un point.
Les parties ne sont pas 2 mais trois avec l'Etat comme tierce partie. Sur le prix de vente d'un immeuble l'Etat encaisse la TVA à 20% des droits d'enregistrement etc. Cela se décline a toutes les transactions avec des variantes.
C'est souvent le "tiers Etat" qui met les parties en frustration ou en impossibilité de contracter. On peut même considérer que l'Etat bloque énormément pour débloquer sélectivement, en tenant compte des lobbies, se mêlant ainsi de décider de tout.
Cordialement,
Hubisan
"Y compris chez des économistes libéraux tout à fait respectables, vous trouverez immanquablement le postulat suivant :"Un échange libre est forcément gagnant pour les deux parties, sinon, il ne serait pas entrepris"."
Désolé, Vincent. Ce n'est pas un postulat ni un dogme, mais une nécessité logique.
L'erreur est de faire dire à cet énoncé plus qu'il ne dit. En effet, il ne dit pas que les parties obtiennent TOUTE la satisfaction qu'elles espéraient, ce qui laisse la place à la frustration. Mais si frustration il y a, elle aurait été encore plus grande si l'échange n'avait pas eu lieu.
Donc cette assertion est intégralement vraie, mais elle ne doit pas être surinterprétée.
De plus, on ne la trouve pas "y compris chez les libéraux", mais elle est caractéristique des libéraux, par opposition à l'assertion plus répandue y compris chez de très grands auteurs : "dans tout échange, il y a un gagnant et un perdant"
2 réponses:
1 - La démocratie directe peut neutraliser le clientélisme et briser l'effet de cliquet qui rend les "acquis sociaux" irréversibles (jusqu'à la faillite).
Il faut écouter Yvan Blot sur l'irresponsabilité.
2 - Réfléchir à la déconfiture de l'éthique de responsabilité, qui est la condition de la liberté. C'est un problème culturel très profond, à mon avis le produit de la déchristianisation. L'éthique de responsabilité qui fonde le libéralisme se rattache à l'anthropologie chrétienne; et on ne peut qu'être frappé par la corrélation entre l'adhésion populaire au christianisme et celle au libéralisme (autrement que par pragmatisme économique, ce qui n'est pas suffisant).
Je suis tout a fait daccord avec G.Drean. Il faut rajouter a l analyse la frustration de ne pas echanger, ce qui rend la sitation vrai et irrefutable a mon sens. La seule contradiction possible a cela sont les externalites (les ventes d armes par exemples (je rappelle toutefois que les etats sont en generale les premiers producteurs d armes))
A cela 2 critiques :
1- Ce n est pas la vente d arme le probleme mais son utilisation.
2- Si on considere que les vendeurs d armes sont indirectement complices alors il peut emerger des lobbying prives, boycot impactant la reputation de ceux qui financent, pretent a ces entreprises.
Pour revenir au reste de l article peut etre une piste....
La demande de subvention des frustres a un cout: Il faut organiser les manifs, avoir des delegues, etc etc... Il faudrait donc commencer par ne pas subventionner ces organisations par l etat. La seule subvention possible serait celle des cotisations des employes adherents et pourquoi pas de l entreprise si elle juge important qu il y ait dialogue entre les salaries et la direction. Cela diminuerait les incitations de demande de subventions et augmenterait l effort pour eviter la frustration. Pour cela il n y a pas de mystere, il faut des deputes pour voter une loie de ce type...
Pourquoi l'Etat intervient?
parce que comme l'a si bien dit Bastiat c'est une fiction... derrière ce paravent magique se cache des hommes avec leurs qualités et vilains défauts....
il en faut de la vertu pour ne pas profiter de la coercition légale ,pour ne pas s'enrichir au détriment des administrés,les premiers pas de la nouvelle équipe politique sont éloquents
Sarkozy fut démoli par une campagne acharnée anti bling bling et anti riches....les jets privés Hollandais démontrent dés le premier soir que tout cela n'était que manipulation et tartuferie
Selon les échos dés cette année le nouveau pouvoir reviendra sur l'ISF encore une fois en gardant le seuil d'exonération à 1300000 euros:ça tombe bien le nouveau président déclare un capital de 1170000 ..
Hier ce sont des élus municipaux qui mettent les bâtons dans les roues de KRYS qui veut se relocaliser ou une start up qui part aux USA car impossible de se faire financer chez nous et qui obtient très rapidement là bas l'argent qui lui manquait...
Derrière l'intérêt général cherchez l'intérêt particulier vous le trouverez
sans difficultés
quand on rajoute que la démocratie fonctionne par clientélisme,on comprend pourquoi nos comptes sont plombés
@ Fucius.
Votre point 2: houla! Vous soulevez-là un fameux lièvre. Voilà un sujet passionnantissime. Je penche comme vous pour cette trame d'explication laquelle mériterait d'être développée et je brûle d'envie de trouver de la lecture à ce sujet. Une suggestion?
"Un échange libre est forcément gagnant pour les deux parties, sinon, il ne serait pas entrepris"
On reconnait là une proposition de Mises et de ses disciples. Premièrement, ce n'est pas un postulat mais une conclusion d'un raisonnement "praxéologique", c'est-à-dire une déduction de "l'axiome de l'action" (cf. Mises - Human Action, et Rothbard - Man, Economy, and State).
Et oui, bien sûr, elle "néglige" des éléments de psychologie car pour ces auteurs, ces choses relèvent d'un autre champ d'analyse. La théorie économique et la psychologie sont pour eux des domaines d'étude différents. Ils sont très explicites là dessus. C'est dans un sens purement formel que la praxéologie parle de satisfaction ou de gain. Sont impliqués dans le fait d'agir préférer et écarter pour satisfaire des objectifs prioritaires.
Un dépressif chronique peut bien être dit dans un état de frustration permanente, ce n'est pas dans le même sens que la théorie économique utilise. Ainsi on peut bien dire en psychologie que notre dépressif quoi qu'il choisisse de faire ce soir demeurera dans un état de frustration extrême, ça ne change rien au fait que du point de vue de la théorie économique, il sera satisfait en choisissant de regarder la télé par exemple plutôt qu'en faisant autre chose car c'est son option envisagée préférée. A contrario, si l'option est retirée par la force -il a été cambriolé et n'a plus de télé- il y perd relativement au meilleur choix de son point de vue qui aurait été possible autrement. De la même manière, si un individu est particulièrement agacé et frustré qu'un bien X soit aussi cher qu'il n'est (description d'un état psychologique) mais est néanmoins prêt à l'acheter, son achat est à ce moment là l'acte qui lui permet de satisfaire son objectif prioritaire étant donné les conditions. Cela le satisfait (au sens utilisé par la praxéologie)
Bref, suggérer que la proposition susmentionnée correspondrait à l'affirmation selon laquelle les échangistes pourvu qu'ils soient libres seraient satisfaits au sens d'un état psychologique correspondant aux zones vertes dans les graphiques est erroné. Comme le dit M. Dréan plus haut, c'est de la surinterprétation.
Aussi, la proposition ne néglige pas qu'on veut toujours mieux en donnant moins, pourvu qu'on entende ces termes dans le sens purement formel indiqué. Tant qu'il y a rareté, il y a une "gêne" pour reprendre les termes de Mises. Un individu s'en trouverait mieux s'il payait moins cher un bien qu'il ne le paie effectivement par exemple. Mais la proposition susmentionnée dit seulement qu'étant données les options que l'acteur estime à sa portée -les usages de ses ressources qu'il croit possibles- il choisit celle qu'il préfère. Cela ne nie aucunement qu'il aurait pu s'en tirer mieux si les conditions de l'action avaient été autres et cela ne suppose pas que toute gêne est écartée.
"La démocratie directe peut neutraliser le clientélisme et briser l'effet de cliquet qui rend les "acquis sociaux" irréversibles (jusqu'à la faillite)." C'est tout à fait cela, mais ceux qui votent ne devraient pas être uniquement ceux qui paient à la fin? Parce que si l'électorat est un ensemble de clients...
Plus sérieusement, je pense que l'origine de cette variante du clientélisme des "acquis" est dans la confusion entre la liberté et le droit. Avec la surenchère actuelle du "droit à", il devient impossible d'expliquer à certaines personnes que le bonheur et l'absence de frustration ne sont pas des droits, qu'un Etat empressé se devrait de satisfaire immédiatement (au détriment de la liberté des un et des autres). Avec le "droit à", d'autres notions ont été pareillement dévoyées", telles la "solidarité" ou le "service public" (notion qui définit l'Etat comme une vaste épicerie où l'on n'a qu'à se servir sans la moindre contrepartie). Cette notion du droit et du service allant dans une seule direction bénéficie de canaux de transmission très importants, depuis les séries tv où l'on nous fait la morale au lieu de nous divertir à l'école, mais c'est surtout la télévision qui conforte les électeurs dans leurs certitudes et leur inculture. Avez-vous souvent entendu le mot libéralisme à la télévision sans qu'il soit accompagné du préfixe -ultra?
"Si tous les échanges libres étaient totalement satisfaisants pour les deux parties, personne ne demanderait l'intervention de l'état pour les réglementer.
Mais, tout comme l'information, la satisfaction liée à l'échange est asymétrique. Parce qu'un certain nombre d'échanges engendrent une frustration chez une des parties, certains, plutôt que de chercher à réduire le risque de frustration par l'effort, lequel n'est pas toujours récompensé, vont plutôt essayer d'obtenir de l'état qu'il les aide."
Clairement, pour que des gens soutiennent l'intervention de l'Etat, il faut qu'ils s'attendent à ce qu'elle améliore les choses de leur point de vue, quoi que cette amélioration envisagée puisse être concrètement. Mais il est difficile de voir en quoi la description d'états psychologiques trouvée ici éclaire grand chose. Car si quelqu'un trouve que le résultat d'un échange libre le situe dans la zone verte de satisfaction, il pourrait bien trouver que ce serait encore mieux si l'Etat intervenait. Et s'il ne le situe pas dans la zone verte, encore faut il qu'il considère que l'intervention de l'Etat améliore sa situation. Il faudrait alors expliquer comment il vient à croire cela, que la croyance soit erronée ou non dans le cas particulier envisagé.
l' herbe du pré voisin étant toujours plus verte , les sources d'insatisfaction perdurent quelque soit objectivement l'état du marché.
Cependant tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes..
la cupidité humaine fait que celui qui domine le marché va exagérer ses prix ,créant à son insu la vocation de " Me Too".les produits concurrents vont faire baisser les prix du dominant .
celui ci aura la possibilité soit d'innover pour garder ses marges soit de perdre des marchés et finir par disparaitre si sa contre attaque n'est pas efficiente
Ceci dans un monde global et cette situation d'instabilité déplait fortement aux employés et ouvriers ainsi qu'aux politiques tenant à prouver qu'ils peuvent changer la donne économique au niveau microéconomique
c'est dans cette situation que la situation devient cornélienne
l'Etat va empêcher la concurrence par des moyens nationalistes directs ou sournois au grand plaisir des chefs d'entrepris et personnels menacés;Le résultat sera payé par les consommateurs . et par les autres commerçants qui ne vendront pas d'autres produits le pouvoir d'achat n'étant pas élastique
face à cette situation les syndicats vont réclamer des hausses de pouvoir d'achat que généralement les politiques accordent pour sauvegarder leurs propres emplois....
face à ces hausses l'Etat va augmenter ses impôts ce qui diminuera les augmentations accordées ,....charges d'autant plus importantes que les secteur public sera important....
Pour faire passer la pilule,généralement on taxera les "riches" en clair tous ceux qui par leur industrie tiennent à ne pas entrer dans le carcan de la fonction publique .. pour gagner plus...
fatale erreur dans notre pays....l'envie, autre fléau national , en fera des boucs émissaires parfaits
plus la situation-se dégradera plus les riches seront taxés,plus ils prendront les chemins de l'exode....plus les emplois nationaux disparaitront ....
Et je ne parle même pas de la situation ou c'est l'Etat qui créé des monopoles ,prenant en otage les consommateurs...
bref notre modèle secrète son propre poison ,poison, réclamé avec insistance par une très large majorité de Français conditionné depuis le plus jeune âge à vivre sous le parapluie Etatique.
le seul rôle de l'Etat en matière économique devrait être d'empêcher la formation de monopoles,d'encourager par tous les moyens la concurrence, de baisser les impôts pour attirer les entrepreneurs; de ne plus donner des masses faramineuses aux syndicats pour la formation professionnelle mais à travers les observations des pôles emplois de former des gens aux emplois qui existent et d'empêcher ou décourager les études ou la situation du marché montre à l'évidence la vacuité de telles Etudes universitaires aux frais de la Nation.
réapprendre aux français que la notion de responsabilité est inséparable de la Liberté
la liberté sans limites,mais aux frais de la collectivité c'est du parasitisme ou de l'inconscience ;D'accord ce n'est pas libertaire-:)
Un libertaire est un libertin qui s'est pris un râteau :-)
Sinon, une remarque à votre commentaire : sur les études universitaires. L'université est l'un des canaux de transmission de l'opinion commune visant à faire accepter le clientélisme, les monopoles et toute l'incurie socialiste comme une situation normale et même souhaitable. Le problème ne se réduit pas à la France. Il y a quelques années, j'ai lu plusieurs articles de Walter Williams montrant la pointe de l'iceberg de l'endoctrinement dans certaines universités américaines, devenues des dépotoirs du politiquement correct. Aux Etats-Unis, on dispose néanmoins de guides comme "Choosing the right college", qui permettent de séparer le bon grain de l'ivraie, ou d'alerter certains parents... En revanche, lorsque je vois des établissements européens qui ressemblent plutôt au sanatorium "Berghof" de "La Montagne magique" qu'à des universités, cars ils semblent hors du temps, plongés dans leur nombrilisme, leur auto-complaisance et leurs utopies délétères (comme si la misère et la ruine provoquée par les idées marxistes n'avait pas été suffisamment mise à jour, comme si le mur de Berlin n'était jamais tombé), je me dis que l'Etat ne jouera jamais son rôle en décourageant les études longues et onéreuses qui ne mènent à rien, car la caution universitaire donne une légitimité factice à n'importe quelle folie, légitimité très utile par la suite lorsqu'il s'agit d'imposer ladite folie comme "politique sociale". Une idée stupide sera plus facile à imposer lorsqu'elle est énoncée par le professeur Untel que lorsqu'elle est seulement "entendue à la télé", cela donne un vernis de respectabilité supplémentaire et crée ou entretient le mythe de "l'intelligentsia".