.Car ce sont bien les régulations et les interventions toxiques des États et des banques centrales qui ont généré et amplifié la crise. Et non la folie de marchés financiers laissés à une soi-disant "autorégulation".

Ce sont les autorités politiques des États-Unis qui ont conçu et développé les subprimes, à l'origine du séisme.

Si la haute technologie financière a assurément favorisé la dissémination des premiers actifs toxiques issus des subprimes, ce sont les nouvelles normes comptables (la "juste valeur") et les nouvelles normes prudentielles (Bâle 2) qui — au lieu d'agir comme coupe-feu — ont propagé et amplifié l'incendie provoquant de proche en proche une immense destruction de valeur.

Quant à la réaction des États — à commencer par les États-Unis —, elle a été tardive et maladroite. Dès la mi-2007, il était clair qu'il fallait nationaliser les pertes des subprimes (pour une facture alors de "seulement" 100 à 200 milliards de dollars), suspendre les nouvelles normes comptables (ce que l'on commencera à faire seulement fin 2008), isoler les premiers actifs contaminés (ce que l'on vient d'entreprendre). Que dire aussi des cafouillages du plan Paulson et de la calamiteuse mise en faillite de Lehman Brothers? Ou encore de cet été 2008 où l'on vit les autorités françaises proclamer la France épargnée, la Banque centrale européenne relever ses taux et le G8 évacuer la crise pour s'inquiéter de l'inflation et de la flambée du pétrole ?

Dans la pléthore de régulateurs et de superviseurs du système financier, comment se fait-il qu'il ne s'en est trouvé aucun pour remplir son devoir d'alerte? Le Forum de stabilité financière dont le G20 de Londres a renforcé le rôle jugeait en septembre 2006 la situation "globalement stable", en janvier 2007 "un très faible niveau de risque" et encore en septembre 2007 "un problème de crédit limité à une faible proportion" ! Quant au FMI — qui publie deux fois par an un rapport sur la stabilité financière —, il a certes livré en avril 2007 une excellente analyse technique des subprimes, mais c'était pour conclure à "la faible probabilité" d'un danger majeur.

La crise financière est avant tout la crise d'une régulation qui a laissé se construire des colosses bancaires trop grands pour qu'on puisse les laisser faire faillite. Or la règle fondamentale du capitalisme libéral veut que les coûts des risques soient supportés par ceux qui les prennent et que les erreurs humaines puissent être sanctionnées par la banqueroute.

La comparaison entre les banques hyperréglementées et les hedge funds à la réglementation plus légère est édifiante. Les banques commerciales américaines sont sorties de leur métier et de leurs frontières. Avec l'abrogation du Glass Steagall Act (qui séparait les activités de dépôts et d'investissement), elles se sont lancées dans les métiers des banques d'investissement, à l'instar des banques universelles françaises. Pour développer toujours plus ces activités qui dopaient le produit net bancaire (et assuraient de confortables bonus), elles ont créé des véhicules hors bilan utilisant des leviers d'endettement de 30 ou 40 fois les fonds propres (et plus encore pour les banques européennes). Les réglementations étaient respectées, les superviseurs avisés.

Les hedge funds, eux, ont fait preuve de beaucoup plus de prudence. L'effet de levier moyen de l'endettement n'est que de 1 ou 2. Il est vrai que la sanction des mauvaises décisions et le risque de faillite pèsent à chaque instant sur les managers. Les "directeurs" des hedge funds ont une responsabilité sans commune mesure avec celle des membres des conseils d'administration des banques. Les bonus sont étroitement liés aux performances. Résultat : quand, aujourd'hui, les banques doivent faire appel à l'État pour les garantir et les recapitaliser, les hedge funds ont réduit leurs risques et su procéder à une purge darwinienne. Ce sont d'ailleurs ces mêmes hedge funds tant vilipendés qui sont appelés à la rescousse des banques pour les débarrasser de leurs actifs toxiques.

Aux réglementations tatillonnes il faut préférer des principes de responsabilité plus clairs. Si des banques sont trop grosses pour les laisser faire faillite, il faut en limiter la taille ou les métiers. La socialisation des pertes et la privatisation des profits sont inacceptables.

Aux failles de la réglementation s'ajoute la responsabilité des banques centrales et des politiques monétaires. Si les marchés financiers se sont laissé griser, c'est parce que des banques centrales ont trop longtemps abreuvé le système bancaire d'argent bon marché. On sait depuis longtemps que les manipulations des taux d'intérêt par les banques centrales — tout comme les manipulations de taux de change — peuvent falsifier le calcul économique et engendrer des crises dont la fonction est de liquider les erreurs du passé.

Ironie de l'histoire, les risques générés par ces réglementations et ces politiques monétaires toxiques retournent aujourd'hui aux banques centrales et aux gouvernements. Et pour soigner la crise, on creuse les déficits et les politiques monétaires se font encore plus laxistes. Il sera assurément difficile demain de faire rentrer le dentifrice dans le tube.

Ce commentaire d'Alain Madelin a été initialement publié dans La Tribune du 20 Avril 2009.

Par ailleurs, Alain Madelin était l'invité des 4 Vérités de l'émission Télématin, sur France2, jeudi 16 avril. Cliquez ici pour retrouver la vidéo de l'interview d'Alain Madelin.