Laurent Alexandre s'est notamment centré sur deux sujets :

- d'une part, sur ce qu'il appelle "le toboggan des biotransgressions" - c'est à dire la facilité tout à fait étonnante, et inattendue, avec laquelle nos sociétés contemporaines acceptent aujourd'hui la perspective de développement de nombreuses techniques et thérapies avancées, qui touchent au vivant, alors qu'elles La discussion qui a suivi les exposés d'Alain Madelin et de Laurent Alexandrefaisaient jusqu'à il y a encore peu de temps l'objet d'interdits et de tabous éthiques ou philosophiques extrêmement puissants. Le Dr Alexandre évoque notamment les mécanismes sociologiques et politiques qui conduisent d'année en année au renversement de tous ces interdits, les uns après les autres, et à poser la question de ce que pourraient être "les institutions d'une bio-politique" nécessaire pour canaliser les perspectives proprement vertigineuses ouvertes par la nouvelle "Révolution du futur".

- d'autre part, les répercussions géo-économiques et géo-politiques considérables qui risquent de résulter de ce que les populations asiatiques (et surtout chinoises) ne nourrissent pas les mêmes préventions que nous devant les questions existentielles posées par les progrès fulgurants réalisés par exemple en matière de nano technologies, ou dans le domaine des sciences du cerveau.

Pour sa part, Alain Madelin, s'est interrogé sur les immenses conséquences éthiques et philosophiques posées par les incroyables perspectives aujourd'hui ouvertes en matière d'allongement de la vie. De l'homme "prolongé', explique-t-il, nous sommes en train de passer à l'homme "réparé", puis à l'homme "augmenté", et enfin l'homme "allongé". Cette évolution, insiste-t-il, nous empêche de regarder l'avenir avec les yeux d'aujourd'hui. Elle repose la question de la Mort (apparition d'une forme d'"amortalité"), celle du dualisme entre l'esprit et le corps, et enfin, bien évidemment, celle du monopole des religions. Elle touche aux fondements mêmes de nos civilisations; notamment à toute cette problématique du Droit naturel et des Droits de l'homme - et donc de la liberté - si essentielle pour les idées libérales et l'ordre juridique que nous défendons.

Que se passera-t-il si nous changeons "la nature de l'homme" ? Ces concepts - et notamment celui d'Universalité - conserveront-ils encore leur pertinence ? Comment gèrerons-nous les inégalités génétiques ? N'allons nous pas ressusciter un nouveau problème de cohabitation d'espèces humaines différentes ? Les questions qui apparaissent sont proprement abyssales. Et, insiste, Alain Madelin, il ne faut pas croire qu'il s'agit là de spéculations sur un avenir lointain. Non, rappelle-t-il, il s'agit de problèmes qui vont se poser à nous bien plus rapidement que nous le pensons, et qu'il faut donc, dès aujourd'hui, accompagner d'une nouvelle réflexion politique sur la liberté.