Les mésententes entre pays portent d'abord sur la raison d'être du nouvel impôt bancaire. Alimenter une caisse destinée à financer, lors d'une prochaine crise, les banques en difficulté ? Rendre les activités risquées moins attrayantes ? Réduire l'activité du secteur financier ? Rembourser l'argent que les contribuables ont avancé pour sauver les banques (remarquons que, dans le cas de la France la presque totalité des fonds avancés a été remboursée, le Trésor touchant au passage des intérêts de 2 milliards d'euros) ?

L'assiette du nouvel impôt représente un second sujet à controverses. Doit-elle être constituée par le bilan auquel s'ajouteraient les postes hors bilan ? Ou par le seul bilan ? Ou encore par le bilan diminué des capitaux propres ? Voire par certains autres postes du passif ? L'usage fait des fonds récoltés constitue, enfin, une troisième pierre d'achoppement. En attendant l'arrivée d'un cataclysme, doivent-ils être gérés dans chaque Etat indépendamment du budget général ou, au contraire, confiés au Trésor (au risque que ce fonds subisse le sort de la vignette auto : destinée à l'origine à financer les retraites, elle a vite été détournée de cet usage) ? A moins que, comme le suggère le Fonds monétaire international, toutes les contributions nationales soient versées dans un pot commun européen !

A tous ces désaccords s'ajoute une véritable cause de fâcherie : plusieurs pays refusent de surtaxer leurs banques. C'est le cas notamment des gouvernements australien et canadien sous prétexte que leurs systèmes bancaires, solides et bien réglementés, n'ont pas rencontré de problème au cours de la crise et, de ce fait, n'ont pas dû être « sauvés » et n'auront pas à l'être dans le futur. Ce qui est d'autant plus embêtant pour le clan des taxateurs que le Canada préside actuellement le G7-8 et s'apprête à recevoir, en juin, des réunions au sommet tant du G7-8 que du G20. Le ministre des Finances de ce pays se permet même de faire remarquer que surtaxer les banques diminue leurs résultats, donc leurs capitaux propres. Or, pour diminuer le risque systémique du secteur financier, tout le monde est d'accord qu'il faut plutôt renforcer ces derniers !

De ce désordre, il ressort qu'il n'existe ni raison convaincante de taxer les banques, ni moyen persuasif de le faire. Mais comme l'on a fait croire aux opinions publiques que les banques sont les seules coupables de la crise, les punir, peu importe comment, sera sûrement populaire. Même si les taxer va à l'encontre de l'intérêt général. Trait_html_691a601b.jpg

Florin Aftalion est Professeur émérite à l'ESSEC. La version originale de cet article a été publiée dans Les Echos, en date du 16 août 2010.