Le 10 décembre 2009 : Analyse monétaire de la crise et de l'après-crise, séminaire avec Florin Aftalion
Par Institut Turgot le jeudi 7 janvier 2010, 16:55 - Réunions - Lien permanent
Florin Aftalion, professeur émérite à l'ESSEC, était l'invité du séminaire organisé par Philippe Simonnot le 10 décembre 2009, dans les locaux du 35 avenue Mac Mahon. A cette occasion le Professeur Aftalion nous a donné sa représentation de la crise et de son déroulement. L'exposé était très structuré, et accompagné de la projection de quelques graphiques clés.
Dans un premier temps, l'orateur s'est concentré sur le facteur déclencheur de la crise, à savoir la politique monétaire américaine. La responsabilité de la FED est écrasante.
En prenant ses distances, au lendemain de la crise de 2001, avec la célèbre "règle de Taylor" qui, jusque là, aidait (du moins implicitement) au calcul de son taux d'intérêt, la FED n'a pas créé la bulle immobilière, mais a contribué à son gonflement au-delà de tout entendement. D'où l'extrême sévérité du crash.
A contrario, la rôle essentiel de la politique monétaire est démontré par le contraste des situations enregistrées à l'intérieur de la zone euro. Les pays les plus touchés par la crise furent ceux où l'écart entre le taux d'intérêt imposé par la BCE à l'ensemble de l'eurozone, et le taux d'équilibre qui aurait été recommandé par l'application au pays considéré de la "règle de Taylor" était le plus grand. Cet écart y a engendré des booms immobiliers analogues au boom américain, mais sans qu'on puisse y invoquer la présence de subprimes (Grande Bretagne, Espagne).
Florin Aftalion a ensuite évoqué les "facteurs amplificateurs" : d'une part, les subprimes et la politique US du logement avec ses incitations politiques à prêter même à ceux qui n'avaient pas la capacité de rembourser; d'autre part l'abondance d'épargne à long terme, liée notamment aux excédents chinois et à la politique de change de la Chine; mais aussi les réglementations comptables et bancaires perverses qui ont conduit à une situation générale d'insolvabilité fondée sur la défiance de toutes les banques les unes envers les autres.
Florin Aftalion a conclu en expliquant que la crise financière était désormais terminée. Il a présenté à cet égard un graphique qui montre que sur les marchés monétaires et inter institutionnels la situation est aujourd'hui revenue à ce qu'elle était avant l'été 2007. Le problème a été résolu (temporairement) par les interventions massives de la FED et du Trésor US. Le calme devrait durer encore quelques temps.
Mais l'énormité des volumes d'actifs rachetés par la FED, l'impressionnante pyramide de réserves bancaires accumulées auprès du système fédéral de réserve, ainsi que l'endettement exponentiel du Trésor placent la banque centrale US devant un véritable dilemme : comment gérer sa sortie de crise ? Si elle se hâte trop vite pour remettre sur le marché les créances accumulées pour sauver le système bancaire, elle risque de provoquer une hausse des taux d'intérêt qui cassera net la croissance. Si, à l'inverse, elle tarde trop à réduire son bilan, elle risque de précipiter l'économie américaine dans une inflation démente.
La crainte exprimée par le Professeur Aftalion est que l'endettement de plus en plus élevé de l'Etat fédéral ne réveille la traditionnelle préférence des politiques pour l'inflation, comme moyen indolore de réduire la dette publique. Auquel cas, le danger est que la FED n'agisse trop tard, et que la sortie de crise se fasse dans l'inflation. La situation d'aujourd'hui ressemblerait beaucoup au calme que l'on observe dans l'oeil des cyclones !
Les sujets de discussion ont notamment porté sur la responsabilité des banques et des banquiers, la politique de la Banque centrale européenne, les perspectives d'inflation (dans quelle mesure peut-on vraiment compter sur l'inflation dans une économie véritablement mondialisée où la mobilité non seulement des capitaux, mais aussi des hommes est de plus en plus importante ?), ainsi que le rôle de l'épargne - ou plutôt l'absence d'épargne - dans le déclenchement des processus qui ont conduit à la crise.
Vous pouvez télécharger l'enregistrement audio de la conférence et de la discussion :
Vous pouvez également afficher les clichés .pdf des graphiques projetés par le Professeur Aftalion.
Commentaires
Décevant:
comment en fin 2009 peut-on être aussi aveugle, "total blind" ou autisme accadémique?
Franchement, si les graphiques de taylor etc sont justes, il manque le fait que beaucoup de gens ont prévus la crise, et comment? la moindre des choses est de regarder sur quoi se basaient ces gens pour prévoir la crise (follow the money) et d'inclure ces points dans l'analyse, l'économie est dynamique.
Ces gens n'appraîssent pas dans l'analyse (ni la technique qui les soutend) si ce n'est dans le terme cité de "pression politique". Quid de la fed qui est cité plusieurs fois, c'est une banque privé la fed? (this is the master clue of the crisis).
Quid des montages financiers Option ALT et ARM qui arriveront à échéance mi 2011 (rebelot plouf) en immobilier, Quid de Fanny May et Feddy MLac annoncée trois ans avant comme allant crasher par plusieurs (Organised to big to fail).
Quid de l'or dans la politique de la FED (cfr livre de greenspan en 1966) en rapport avec les taux?
Quid de la mafia Paulson je dis bien la mafia le mot est faible?
Quid de la manipulation du crédit et des marges sur les marchés boursiers en 1928 1929 et le rôle de JP Morgan à l'époque et aujourd'hui?
Quid de JP moragn actionnaire de la FED?
Quid des positions massives vendeuses à découvert de JP Morgan et Deutsh bank sur de l'or emprunté à la FED?
Quid de la disparition de l'or des stocks US?
etc etc
vive les méninges des profs en déconnections de la triste réalité mafieuse de Wall Street.
La conférence était intéressante car l'intervenant était clair, mais c'est vrai que plus on s'intéresse à la vision autrichienne, plus on a du mal avec la "cuisine" monétaire des autres visions de la monnaie.
Et certains graphes sont tout de même sacrement inquiétants.
Ton blog est vraiment bien redige. J'espere que tu vas continuer a nous faire d'aussi bon articles.