En prenant ses distances, au lendemain de la crise de 2001, avec la célèbre "règle de Taylor" qui, jusque là, aidait (du moins implicitement) au calcul de son taux d'intérêt, la FED n'a pas créé la bulle immobilière, mais a contribué à son gonflement au-delà de tout entendement. D'où l'extrême sévérité du crash.

A contrario, la rôle essentiel de la politique monétaire est démontré par le contraste des situations enregistrées à l'intérieur de la zone euro. Les pays les plus touchés par la crise furent ceux où l'écart entre le taux d'intérêt imposé par la BCE à l'ensemble de l'eurozone, et le taux d'équilibre qui aurait été recommandé par l'application au pays considéré de la "règle de Taylor" était le plus grand. Cet écart y a engendré des booms immobiliers analogues au boom américain, mais sans qu'on puisse y invoquer la présence de subprimes (Grande Bretagne, Espagne).

Florin Aftalion a ensuite évoqué les "facteurs amplificateurs" : d'une part, les subprimes et la politique US du logement avec ses incitations politiques à prêter même à ceux qui n'avaient pas la capacité de rembourser; d'autre part l'abondance d'épargne à long terme, liée notamment aux excédents chinois et à la politique de change de la Chine; mais aussi les réglementations comptables et bancaires perverses qui ont conduit à une situation générale d'insolvabilité fondée sur la défiance de toutes les banques les unes envers les autres.

Florin Aftalion a conclu en expliquant que la crise financière était désormais terminée. Il a présenté à cet égard un graphique qui montre que sur les marchés monétaires et inter institutionnels la situation est aujourd'hui revenue à ce qu'elle était avant l'été 2007. Le problème a été résolu (temporairement) par les interventions massives de la FED et du Trésor US. Le calme devrait durer encore quelques temps.

Mais l'énormité des volumes d'actifs rachetés par la FED, l'impressionnante pyramide de réserves bancaires accumulées auprès du système fédéral de réserve, ainsi que l'endettement exponentiel du Trésor placent la banque centrale US devant un véritable dilemme : comment gérer sa sortie de crise ? Si elle se hâte trop vite pour remettre sur le marché les créances accumulées pour sauver le système bancaire, elle risque de provoquer une hausse des taux d'intérêt qui cassera net la croissance. Si, à l'inverse, elle tarde trop à réduire son bilan, elle risque de précipiter l'économie américaine dans une inflation démente.

La crainte exprimée par le Professeur Aftalion est que l'endettement de plus en plus élevé de l'Etat fédéral ne réveille la traditionnelle préférence des politiques pour l'inflation, comme moyen indolore de réduire la dette publique. Auquel cas, le danger est que la FED n'agisse trop tard, et que la sortie de crise se fasse dans l'inflation. La situation d'aujourd'hui ressemblerait beaucoup au calme que l'on observe dans l'oeil des cyclones !

Les sujets de discussion ont notamment porté sur la responsabilité des banques et des banquiers, la politique de la Banque centrale européenne, les perspectives d'inflation (dans quelle mesure peut-on vraiment compter sur l'inflation dans une économie véritablement mondialisée où la mobilité non seulement des capitaux, mais aussi des hommes est de plus en plus importante ?), ainsi que le rôle de l'épargne - ou plutôt l'absence d'épargne - dans le déclenchement des processus qui ont conduit à la crise.

Vous pouvez télécharger l'enregistrement audio de la conférence et de la discussion :

Vous pouvez également afficher les clichés .pdf des graphiques projetés par le Professeur Aftalion.