Plus que jamais nous devons faire passer le message si nous voulons sauvegarder à la fois les ressources environnementales et la liberté.

Max Falque est le délégué général du Centre for Research on Environmental Economics fondé en 1993 et aujourd'hui rattaché au Centre d'analyse économique de l'Université Paul Cézanne à Aix en Provence.

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NE PAS ABANDONNER LE NAVIRE DU MARCHE

par Terry Anderson

La crise financière a conduit de nombreuses personnes, surtout des hommes politiques, à en accuser le marché et à s'accrocher à la cohorte de la réglementation.

Alors que les problèmes de Wall Street sont beaucoup plus liés à la réglementation des marchés qu'à leur libre fonctionnement, on en appelle à toujours plus de réglementation pour remédier à ce qui est en fait une réglementation défaillante.

Dr Terry AndersonAjoutez à cela le fait que le Président Obama et un Congrès contrôlé par les Démocrates ne sont pas près d’adopter la notion de la main invisible d’Adam Smith, et nous pouvons nous attendre à ce que l’état d’esprit anti-réglementaire, né avec le gouvernement Reagan, s’affaiblisse rapidement.

La protection de l'environnement n’échappera pas à cette mentalité antilibérale et réglementaire.

En dépit des preuves qui s’accumulent du fait que les droits de propriété et les marchés conduisent le secteur privé à améliorer la qualité de l'environnement, il y a trois facteurs qui risquent de favoriser l’« écologisme réglementaire » et au détriment de « l'écologie de marché ».

Tout d'abord, un moindre capital et une baisse des revenus, du fait de la récession économique mondiale, vont faire baisser la demande pour nombreux produits, et l'environnement ne fera pas exception.

C’est un fait bien établi que la qualité de l'environnement, dans la plupart de ses aspects, est positivement corrélée à la croissance économique : c’est à mesure que le PIB augmente que les gens veulent de l'air et l'eau plus propres, davantage d’espaces naturels, et de sauvetage des espèces menacées.

Le dernier livre de Terry AndersonBien entendu, le niveau de cette demande-là varie en fonction de la manière dont certains biens écologiques affectent directement la santé et le bien-être de l’homme : ainsi, c’est à des niveaux de revenu inférieurs à celui de la protection des espèces menacées que la qualité de l'air et l'eau devient un centre d’intérêt.

Qu'on le veuille ou non, ce sont des produits de luxe que la plupart des améliorations de l'environnement, et leur demande varie inversement avec les vicissitudes de l'économie.

Il s’ensuit que nous allons leur consacrer moins de dépenses dans la mesure où nous allons nous soucier davantage d’emplois et de revenus.

La deuxième raison pour laquelle l’écologie de marché doit aujourd’hui s’attendre à des difficultés c’est que le problème numéro un des écologistes aujourd’hui, le réchauffement de la planète, ne se prête pas facilement à des solutions de marché.

Appeler à l'échange sur des marchés de droits sur le carbone se rapproche autant que faire se peut d'une réponse marchande aux émissions de gaz à effet de serre, mais ces marchés-là ne sont pas sans poser des problèmes.

Par conséquent, nous pouvons nous attendre à ce que l’écologisme réglementaire gagne en influence à mesure que les températures s’accroîtraient dans le monde.

La troisième raison est que le gouvernement Obama ne parle que de "changement", et surtout de changement par rapport au gouvernement Bush.

Fond_marin.jpgRappelons que le président Bush s’était négligemment installé à Washington, il faisait profession de libéralisme. Avoir nommé Gale Norton comme secrétaire à l'intérieur avait été sa manière de signaler qu'en écologie il rétablirait l’équilibre dans le sens de positions moins extrémistes.

Les écologistes s’étaient attendus à ce que Bush fasse obstacle à des politiques telles que l'interdiction des nouvelles routes sur des millions d’hectares de terres fédérales et les dernières limites contraignantes à la teneur en arsenic dans l'approvisionnement en eau.

Sous Bush, le Forest Service n’a construit que 11 kilomètres de pistes, la production de combustibles fossiles sur les terres fédérales ont augmenté moins rapidement que sous Clinton, et l'air et l'eau sont plus propres aujourd'hui qu'ils ne l'étaient il y a huit ans, mais peu leur chaud : l’impression dominante est que « le laissez-faire de Bush » aurait imposé une régression écologique et qu’il faut que le prochain président mette fin à tout cela. C’est la formule de Wesley Warren, directeur des programmes au Natural Resources Defense Council : « Les jours du libéralisme sauvage sur la frontière ouverte arrivent à leur terme. »

Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’Obama se mette à tout réglementer, des marchés financiers aux émissions de gaz carbonique.

Quoique ces trois facteurs annoncent une mer agitée pour l’écologie de marché, il y a deux bonnes raisons pour ne pas abandonner ce navire-là.

  • Tout d'abord, dans le contexte institutionnel actuel le gouvernement va se trouver contraint dans ses ressources pour imposer sa réglementation.

Les 700 milliards de dollars du plan de sauvetage ne sont que la partie émergée de l'iceberg : des déficits record finiront pas obliger même un Congrès et un Président démocrates à chercher la manière de faire des réductions.

Dans un tel climat budgétaire, il y a des chances pour que les subventions à tout va, de l'énergie de substitution aux parcs nationaux, ne se trouvent pas en tête de liste, et que les bureaucraties réglementaires ne se développent pas trop.

  • Une deuxième raison pour choisir l’écologie de marché est que celle-ci peut afficher des résultats probants pour ce qui est d'inciter les gens à faire ce qu’il faut.

L'adage selon lequel « personne ne lave une voiture de location » rend bien compte de la logique de l’écologie de marché.

Lorsqu’on abandonne les ressources à la propriété commune, elles se trouvent gaspillées, Lorsqu’elles sont la propriété d'individus ou d’organisations, elles sont bien gérées.

Comme Chris Costello (Fellow de PERC Lone Mountain) et ses collègues l’ont montré dans Science, les réserves de poissons sur lesquels on a défini des droits de propriété s’accroissent, alors que celles qui sont réglementées s’effondrent.

Les marchés de l'eau fournissent aux agriculteurs de bonnes raisons pour utiliser plus efficacement cette ressource et vendre aux villes et aux intérêts écologiques l'eau ainsi préservée.

Saving_our_Streams.jpgEntre 1998 et 2007, on a mis en œuvre plus d'un millier de contrats sur le marché de l'eau pour dégager les cours d'eau à l'ouest des États-Unis.

Avec à peine 90 contrats, la Californie et de l'Idaho ont pu restituer plus de 4,2 milliards de m3 aux fleuves et aux rivières (voir Saving Our Streams à perc.org).

Le Niger, pays africain en pleine explosion démographique, a créé 3 millions d’hectares de forêt depuis 1980, grâce à une législation qui faisait fait des arbres une propriété privée.

Partout dans le monde, des entrepreneurs de l’écologie trouvent des moyens de faire de l'environnement un actif gérable par des propriétaires privés.

Ce n'est pas le moment d’étouffer l'esprit d'entreprise en retournant à des réglementations de l’environnement à coups d’ordres directs.

L'avenir de l'écologie ne se trouve pas dans la main lourde de la réglementation étatique, mais dans la main invisible d'Adam Smith et la libéralisation des marchés.

Comme toujours, le défi est d’empêcher les hommes politiques et les bureaucrates de la réglementation de barrer la route au progrès.



Terry Anderson est directeur exécutif de PERC. L'article original a été publié sous le titre "Don't Abandon the Market Ship" en décembre 2008 sur le site de PERC. Nous sommes redevables à François Guillaumat pour sa traduction en français.