Liste des récessions américaines

Comme je l'ai expliqué dans “The Credit Triangle” (GlobeAsia, Janvier 2009), la grande résolution de la dette a déclenché un gigantesque bras de fer entre le système de crédit du secteur privé et la banque centrale.

Le triangle du crédit ci-après représente les grandes lignes de la bataille (cf. graphique Chart 1). Les couches supérieures de ce triangle représentent des tranches du système de crédit du secteur privé.

La pyramide du crédit

Depuis l'éclatement de la crise, les agents économiques de ces couches-là s’efforcent de se désendetter en réduisant leur bilan. La conséquence en est qu’une pression à la baisse s'est exercée sur le triangle, réduisant l'offre de crédit. La Réserve fédérale américaine a vigoureusement cherché à contrecarrer la contraction du crédit privé en faisant plus que doubler le volume de son bilan depuis le mois d'août 2008.

La banque centrale fournit des réserves aux banques ainsi que des pièces et des billets au public non bancaire. Par la magie du système bancaire à couverture partielle, la monnaie à fort pouvoir multiplicateur de la Fed s’est transformée en 8,3 billions de dollars de dépôts détenus au passif des banques.

L'explosion sans précédent du bilan de la Fed s’est traduite par une poussée de l'offre de monnaie. Par exemple, depuis Décembre dernier, la mesure M2 de la masse monétaire s’est accrue à un taux annuel de 23%. Plus important, le multiplicateur monétaire aux Etats-Unis (M2 / "monnaie de base"), s’est stabilisé après sa plongée et a subrepticement commencé à remonter (voir graphique Chart 2).

Evolution de la base monétaire US

Dans le bras de fer entre le système de crédit du secteur privé qui se désendette et la banque centrale qui accumule les passifs, la banque centrale semble maintenant avoir le dessus. Le triangle du crédit paraît s’être stabilisé. Si tel est le cas, les États-Unis pourraient être proches du minimum. Quoique la durée de la récession actuelle doive battre le record de l’après-Grande dépression, elle ne risque pas de prolonger ce record par de nombreux mois supplémentaires. Contrairement aux alchimistes qui transforment des bonnes nouvelles potentielles en mauvaises, il y a des signes que la dérive de l'économie américaine est en train de s’atténuer et que nous approchons de la fin de la crise.

Un indicateur fiable est le National Activity Index de la Federal Reserve Bank of Chicago.

Des signes encourageants ?

Le rendement sur les obligations d’état à 10 ans a également bondi de près de 90 points de base 0,9% à partir de son point bas de décembre 2008. Cet accroissement implique un changement dans les attentes vers davantage de croissance réelle, d'inflation, ou d’une combinaison des deux.

La vente des maisons existantes est également en hausse par rapport à son creux de novembre 2008, ce qui indique que les prix ont suffisamment baissé pour entraîner davantage de transactions et faire bouger les stocks.

Les prix des matières premières, instrument de mesure des plus sensibles, ont atteint leur plus bas en décembre 2008. Depuis, l'indice à vingt-trois produits du Commodity Research Bureau a monté de 5,33%.

Le revirement le plus spectaculaire a été celui de l’indice Baltic Dry, qui a plus que doublé depuis Décembre 2008. Cet indice volatil est important, parce qu’il est une référence pour les coûts de fret des marchandises sèches en vrac comme le minerai de fer, le charbon et les céréales. C’est au cours des cinq jours de visite en Europe du premier ministre de la Chine Wen Jiabao qu'il a connu ce rebond. M. Wen a dit de manière révélatrice que

"La confiance est la chose la plus importante, plus importante que l'or ou des devises".

Il s’est ensuite lancé dans une frénésie d’achats à hauteur de 15 milliards de dollars, signant des contrats pour des produits de base et de l'équipement pour tenter de « nous aider à rétablir et renforcer la confiance dans le marché. » M. Wen ne tirait pas à blanc.

Après qu’ils s’étaient effondrés au dernier trimestre de 2008, le scénario le plus probable pour 2009 indique une remise en place des prix des matières premières.

Un redressement économique au milieu de l’année, avec de la croissance, mais une croissance en-dessous de la tendance, va faire remonter les prix, y compris celui de l'or.

En outre, après la chute spectaculaire du prix de la plupart des produits de base par rapport aux prix de l'or, nous devrions nous attendre à ce qu’ils tendent à revenir vers leurs normes historiques. C’est toujours ce qu’ils font, après un spectaculaire écart par rapport à la "constante de l’or."

Avec une remise en place des prix, les anticipations d’inflation et des indicateurs généraux d’icelle seront plus élevées. Et à la suite de cela, la Réserve fédérale commencera à peser sur les freins. Le relâchement quantitatif va se terminer, et la Fed commencer à larguer des actifs pour alléger son bilan : et les taux d'intérêt vont augmenter. Ce qui, bien entendu, compromettra la reprise. Avec ce scénario-là, on peut décrire le chemin envisageable de l'économie à venir comme en forme de W. Qui l'eût cru ?




Steve H. Hanke est professeur d'économie appliquée à l'université Johns Hopkins de Baltimore et Senior Fellow au Cato Institute à Washington. Ce texte a été publié dans le numéro Mars 2009 du magazine indonésien Globe Asia.Traduction de François Guillaumat.

Liens complémentaires sur la récession :

- Bruce Yandle (Clemson University), The Economic Situation, March 2009. Comme l'article de Steve Hanke, le rapport du Professeur Bruce Yandle suggère que l'économie américaine se rapprocherait du point bas de la récession.

- Une courbe intéressante sur Café Hayek. Elle a en fait pour origine une page astucieuse de la FED de Minneapolis

- Le dernier éditorial de Steve Hanke dans Forbes.

- pour une autre analyse allant dans le même sens, voir Money morning