Les marchés de l’immobilier et des actions qui s’y sont effondrés dans les années 1990 sont tout à fait pertinents pour la récession actuelle.

Entre 1992 et 1999, le Japon a adopté huit plans de relance, pour un total d'environ 840 milliards en dollars d'aujourd'hui.

Durant cette période, le rapport de l’endettement public au produit intérieur brut (PIB) a grimpé en flèche, le pays a été secoué par des scandales de corruption massive, et quant à l'économie, elle n'est jamais repartie.

Tout le Japon a pu montrer pour tous ce ces efforts n’a été qu’une montagne de dettes et certains projets de travaux publics qui ressemblent à s’y méprendre à des ponts qui ne mènent nulle part.

Les biens et services du Plan de relance des Démocrates –qu’il s’agisse de béton pour de nouveaux projets autoroutiers ou d'épicerie pour des familles affamées— requinquer une demande flapie, et stimuler une activité économique en panne ?

Si c’était le cas, c’est la première fois de l'histoire qu’on l’aurait observé.

Prenez le New Deal.

D’après les économistes Christina Romer, présidente du Conseil des Experts Economiques d’Obama, et David Romer, jamais les dépenses du New Deal n'ont sorti l'économie de la récession.

Dans un article de 1992 du Journal of Economic History ils avaient examiné le rôle que la stimulation de la demande globale avait joué dans la fin de la Grande Dépression. Ils avaient conclu :

"Un calcul simple montre que la quasi-totalité du redémarrage de l'économie américaine observé avant 1942 était due à l'expansion monétaire. D’énormes afflux d'or au milieu et à la fin des années 1930 sont venus grossir la masse monétaire des États-Unis et semblent avoir stimulé l'économie en abaissant les taux d'intérêt réels et en encourageant les investissements ainsi que les achats de biens durables."

Rien ne prouve seulement que les énormes dépenses de la Seconde Guerre mondiale, longtemps présentées comme ayant tiré l'Amérique de sa Dépression, y aient nécessairement contribué.

Dans un article de 2006 pour le National Bureau of Economic Research, les économistes Joseph Cullen et Price V.Fisher se sont demandé si les économies locales, qui avaient été les bénéficiaires principales des dépenses fédérales pour la mobilisation de la Seconde Guerre mondiale, avaient connu une croissance plus rapide de la consommation que d'autres. Leur constat: les dépenses militaires n’avaient eu pratiquement aucun effet sur la consommation.

Un autre économiste, Robert Higgs, a offert une critique encore plus complète en 1992 dans un excellent article du Journal of Economic History.

Après avoir mis en cause la représentation conventionnelle des résultats économiques au cours des années 1940, Higgs devait conclure que

"la guerre n'a pas en elle-même sorti l'économie de la crise. L’économie n’a connu ni un « carnaval de la consommation », ni un envol des investissements, quel que soit le succès avec lequel elle écrasait les ennemis du pays avec ses bombes, ses obus et ses balles. Ce n’est pas casser les fenêtres en France et en Allemagne qui a ramené la prospérité en Amérique."

Dans son livre de 2008 Macroeconomics: A Modern Approach, l’économiste de Harvard Robert Barro montre que 1 $ des dépenses étatiques en temps de guerre a produit moins de 1 $ dans le PIB -- 80 cents seulement, pour être exact.

L’économiste de Stanford Bob Hall et Susan Woodward, chef de Sand Hill Econometrics, ni l’un ni l’autre particulièrement libéraux, ont récemment affirmé que chaque dollar de dépenses étatiques au cours de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre de Corée avaient engendré environ 1 $ de PIB.

En d'autres termes, ce ne sont pas les dépenses de guerre qui stimulent l'économie.

La plupart des contribuables connaissent bien les deux derniers plans de relance et leur échec.

En 2001, le gouvernement Bush a fait voter le Tax Relief Act et en 2008 l’Economic Stimulus Act, deux plans semblables de baisse des impôts, avec des effets analogues : c'est-à-dire pas grand-chose.

En 2008, la principale composante avait consisté à renvoyer 100 milliards de dollars en liquide aux Américains pour qu'ils aient plus à dépenser afin de soi-disant redémarrer l'économie. Ce fut un échec. Les gens n’ont dépensé qu’une faible partie de la remise temporaire, et la consommation n’est pas repartie.

L’idéologie de la relance économique souffre de plusieurs problèmes graves.

Pour commencer, elle suppose que les gens sont stupides.

Les réductions d'impôt, par exemple, supposent que si les gens reçoivent de l'argent pour augmenter leur consommation, les entreprises vont augmenter leur production et embaucher davantage. Ca ne marche pas. Même si les producteurs remarquent une bosse dans la courbe des ventes une fois que les chèques de remise sont partis, ils savent très bien que ce n’est que temporaire.

Les entreprises ne vont pas embaucher davantage d'employés ni construire de nouvelles usines à la suite d'une augmentation temporaire de leurs ventes. Celles qui s’y laisseraient prendre feraient faillite.

Deuxièmement, le raisonnement qui inspire la relance législative suppose que les hommes de l’état sauraient mieux que le secteur privé comment dépenser 800 milliards.

Lorsque le Président Obama dit, « Nous allons investir dans ce qui marche », ce qu’il veut dire c’est « contrairement à vous, bande de nuls ».

Le Président a une confiance touchante envers Washington, mais c’est la politique et non des principes économiques raisonnables qui dirige la dépense des hommes de l’état.

Quand il s'agit de décider comment dépenser l'argent des autres, c’est aux lobbies des syndicats, des entreprises, des groupes de pression, et des collectivités locales que s’en remettent les hommes politiques.

A l’opposé, ce qui guide les entrepreneurs dans la décision de dépenser leur propre argent ce sont les gains et les pertes en argent. Ça des chances de mieux marcher et c’est assuré de produire davantage d’innovation.

Mais le plus gros problème est que les hommes de l’état ne peuvent pas injecter d'argent dans l'économie sans avoir commencé par le lui prendre, à l'économie. Où les hommes de l’état l’obtiennent-ils cet argent ? Ils peuvent l’emprunter ou s’en emparer en tant qu’impôts. Il n'y a donc pas d'augmentation de la demande globale.

Que les hommes de l’état empruntent pour dépenser ne relance pas le revenu national ni le niveau de vie, mais ne fait que le redistribuer. On partage le gâteau différemment, mais il n'en est pas un poil plus gros.

Les plans de relance —et les augmentations d’impôts actuelles ou à venir qui entretiennent les dépenses des hommes de l’état— finissent par peser lourdement sur l'économie. C’était le cas dans les années 1930, pendant la Seconde Guerre mondiale, et au Japon dans les années 1990. Heureusement, les abattements d’impôt de 2001 et de 2008, quoique inefficaces comme moyens de relance, n'ont pas aggravé les choses.

Si les hommes politiques veulent faire quelque chose qui rapporte pour résoudre nos problèmes économiques, voici quelques conseils:

abstenez-vous de toute augmentation des dépenses ou de remboursements d’impôts.

A la place, concentrez-vous, de véritables incitations à travailler et à investir, telles que réduire tous les taux marginaux d'imposition, réduire les charges sociales « pour les salariés » comme « pour les employeurs », et abolir l'impôt sur les sociétés.

Véronique de Rugy est éditorialiste à Reason Magazine et économiste au Mercatus Center de l'Université George Mason à Fairfax (Virginie). L'original de cet article a été publié sur le site de Reason Magazine en date du 13 février 2009.

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Sur le sujet des plans de relance, nous vous conseillons également la lecture des articles suivants :

- Mario Rizzo, The Macroeconomic Knowledge Problem , mais aussi l'article plus récent Inappropriate Stimulation

- Jean-Jacques Rosa, Vaudou Keynesien ou riposte graduelle

- Avoiding an Ameri can “Lost Decade”:Lessons from Japan’s Bubbl e and Recession, By Anthony Randazzo, Michael Flynn and Adam B. Summers, Reason Foundation, Février 2009.