Le mythe du New Deal
Par Florin Aftalion le samedi 7 février 2009, 16:45 - Article - Lien permanent
Le New Deal a-t-il mis fin à la Grande Dépression des années 1930 ?
Contrairement à un mythe largement répandu, la réponse est non. L’évolution du chômage au cours des années 1930 le prouve. Alors qu’il avait frisé les 25% en 1933, première année de présidence de Franklin D. Roosevelt, il était encore de 15% à la fin de son premier mandat. Puis 1937 connaît une rechute brutale des conditions économiques – une crise dans la crise – le chômage remontant à 19%. En 1940 il est encore supérieur à 10%. Force est donc de constater que la dépression s’est prolongée durant des années malgré, ou à cause pensent aujourd’hui de nombreux économistes, de la politique du New Deal.
En annonçant dans l’enthousiasme du congrès démocrate de l’été 1932 son New Deal, le candidat Roosevelt ne savait pas en quoi celui-ci pouvait bien consister. Une fois élu, il chercha des idées auprès de ceux qu’il considérait comme les « meilleurs » experts. Des opinions de ce Brain Trust (l’expression date de cette époque) le nouveau Président tira la conviction, qui avait déjà était celle de son prédécesseur Hoover, que l’Amérique faisait face à un problème de surproduction, lui-même du à un excès de concurrence.
Pour sortir de la crise, il fallait, toujours selon les mêmes experts, que l’Etat force les prix, en particulier ceux des produits agricoles, et les salaires à augmenter. Afin d’atteindre cet objectif, l’industrie fut cartellisée, des prix et des salaires minimum imposés, des récoltes détruites, des millions de bestiaux abattus, des agriculteurs payés à ne rien faire. Dans cette logique absurde, les biens produits aux Etats-Unis devenant, pesait-on, trop chers par rapport à ceux provenant de l’étranger il était nécessaire de les « protéger ». Aussi les hauts tarifs douaniers votés sous Hoover, l’une des causes de l’aggravation de la Grande dépression, au lieu d’être supprimés furent maintenus. En réalité, contrairement aux prévisions, les salaires artificiellement élevés aggravèrent le chômage, les dépenses des ménages diminuèrent et les agriculteurs virent leurs revenus fondre. Les subventions versées généreusement aux « victimes de la crise » et les grands travaux publics (qui avaient déjà été lancés par l’administration Hoover, sans sortir l’Amérique de la crise) grevèrent lourdement le budget de l’Etat : ses dépenses doublèrent.
Comme le Président Roosevelt aurait voulu équilibrer ses budgets, des impôts nouveaux furent créés, les anciens alourdis. Au total les charges fiscales furent triplées, le taux marginal sur le revenu passant à 90%. Mais les déficits ne purent être évités tant les dépenses de l’Etat étaient gigantesques. Ils restaient cependant beaucoup trop faibles aux yeux de Keynes qui en critiqua l’insuffisance (Roosevelt, qui le considérait comme un mathématicien et non comme un économiste, ne l’écouta pas). Un mythe dans le mythe consiste à croire que le New Deal fut d’inspiration keynésienne. Nous venons de voir de que cela est inexact. La politique de Roosevelt consista en fait en une série de réformes improvisées et désordonnées s’appuyant sur une rhétorique anti-business et des interventions législatives brutales que la Cour suprême finit par déclarer inconstitutionnelles.
Il en résulta un climat d’incertitude telle que les entreprises arrêtèrent d’investir. L’économie qui était répartie au début de l’année 1933 stagna en 1934 et 1935 sous l’effet du New Deal. Puis, la FED ayant laissé croître la masse monétaire gonflée surtout par les mouvements de capitaux internationaux, l’économie américaine repartit vigoureusement en 1936. Ce qui fit craindre une poussée inflationniste et incita la Banque Centrale à freiner la croissance monétaire. D’où la crise dans la crise mentionnée plus haut. Finalement, ce fut sans doute la guerre qui mit fin à la Grande dépression. D’une part en créant une pénurie de main d’œuvre par la mobilisation de dix millions de GIs et d’autre part en chargeant le secteur privé de produire le matériel de guerre, ses dirigeants revenant à cette occasion conduire la politique économique du pays à la place des idéologues des années précédentes.
Nous voyons que loin d’avoir sorti l’Amérique de la dépression la politique du New Deal l’y a enfoncée ! Pour sept ans d’après une étude récente. Espérons que Barak Obama que certains se plaisent à comparer à son illustre prédécesseur démocrate n’en suivra pas les errements.
Florin Aftalion, Professeur émérite à l’ESSEC
Cet article est initialement paru dans la page Débats du Figaro en date du 28 janvier 2009
Commentaires
Au sujet de la crise économique de 1929 et des années suivantes, les experts ne sont pas dèjà d'accord, les analyses sont complétements contradictoires. Pour la crise actuelle qui vient de commencer, comment voulez-vous faire des prévisions. JE PENSE QUE C'EST IMPOSSIBLE. SI QUELQU'UN SAIT, JE L'INVITE A LE DIRE DE TOUTE URGENCE. Selon les "experts" toutes les situations sont décrites de la plus optimiste à la plus pessimiste, il y en aura forcement un qui aura raison mais je pense que ce sera le hasard (comme au loto).
Il est parfaitement exact que personne n'a réellement donné une explication complète, rationnelle et convaincante de la crise de 1929. La vulgate a été de considérer, après guerre, qu'il s'agissait d'une crise classique aggravée par les erreurs des uns et des autres et que le keynésianisme aidé par les théoriciens de la demande globale permettrait de sortir de tout nouveau mauvais pas.
A cette vulgate se sont ajoutées des fumisteries comme les bontés du New Deal, les talents du docteur Schacht, l'innocuité du Front populaire etc.
Mais c'est la vulgate qui était dangereuse : croire qu'en évitant les erreurs de réactions de 1929 on pourrait éviter les crises et empêcher qu'elles ne deviennent des dépressions était une illusion. Nous vivons cette illusion et nous gagnons comme les militaires distingués la guerre (économique) d'avant.
Parmi les grandes erreurs :
- croire que les banques centrales servent à quelque chose. Les orthodoxes américains ont cru cela après la sévère crise de 1907. La FED aura été créée en 1913. Résultat : la crise de 21 et celle de 29.
- croire en particulier que le banquier de dernier ressort peut éviter la faillite des banques : les faillites de banques furent de près de 9000 entre 1929 et 1933 jusqu'à ce l'Etat fédéral garantisse les dépôt avec un organisme ad hoc.
- croire que Greenspan était un messie qui bien qu'incompréhensible comme augure, volontairement, sauverait les économies et les bourses de toutes les crises dans toutes les circonstances en noyant les banques fautives sous la monnaie de singe. Résultat : l'once d'or qui valait 35 dollars lorsque les changes flottants ont été mis en œuvre vaut aujourd'hui 1000 dollars. 97% de dévaluation !
Nous continuons à perpétuer des erreurs tout aussi graves:
- ne pas voir la responsabilité des changes flottants comme cause de la crise
- ne pas voir l'inefficacité des politiques keynésiennes en environnement de changes flottants (Keynes était contre les changes flottants)
- ne pas comprendre que l'immense dette qui vient de s'effondrer et qui est largement internationale ne peut être consolidée et restructurée en système de change flottant (le cas de AIG et des CDS est assez probant)
- que les changes flottants provoquent des remous monétaires qui crée tous les jours de nouveaux actifs toxiques (voir les pays de l'esst et les banques autrichiennes et suisses).
- que les changes flottants génèrent des dévaluations compétitives comme on n'aurait pas osé en faire dans les années 30 !
Cette crise est d'abord une crise de l'observation économique et de l'intelligence.
Didier Dufau est économiste en chef du cercle des economistes E-toile.
La crise, quelle crise ?
USA en faillite ?
Le gros problème (quelqu'un a dit : "Nous avons un gros problème") est de vivre dans un non système monétaire avec une monnaie de réserve sans fondement (depuis au moins 1970), et même depuis les "accords" de Bretton-Woods en 1944. En effet le « choix » d'une monnaie d'un seul pays comme monnaie de réserve ne pouvait que faire vivre ce pays avec des déficits (et donc à crédit), avec le risque de le rendre à terme (ou de le conforter), paresseux et belliqueux (droit de seigneuriage). Cette conséquence (vivre à crédit sur le dos de la planète), inéluctable dès le départ, est connu sous le nom de paradoxe de Robert Triffin (économiste Belge qui a été un conseiller de Kennedy), il a été exposé dès 1965. Le général de Gaulle avait parlé de privilège exorbitant. Ce non système a été poussé jusqu'à l'extrême et jusqu’à l’absurde jusqu'à aujourd'hui avec les dérives (et mêmes dérivés, c'est le cas de le dire) les plus inimaginables et avec des montants proprement astronomiques. Les ultra-libéraux et les néo-conservateurs supprimant toute régulation ont fait exploser (ou imploser) le système (ou plutôt le non système). J'invite à lire (sur internet) Robert Triffin, Maurice Allais, Le monde Diplomatique (Manière de voir) en particulier les articles de Ibrahim Warde, Christian de Brie, écrits depuis 1995, etc.... Et d’autres (liste non exhaustive)