En annonçant dans l’enthousiasme du congrès démocrate de l’été 1932 son New Deal, le candidat Roosevelt ne savait pas en quoi celui-ci pouvait bien consister. Une fois élu, il chercha des idées auprès de ceux qu’il considérait comme les « meilleurs » experts. Des opinions de ce Brain Trust (l’expression date de cette époque) le nouveau Président tira la conviction, qui avait déjà était celle de son prédécesseur Hoover, que l’Amérique faisait face à un problème de surproduction, lui-même du à un excès de concurrence.

The_Great_Depression.jpgPour sortir de la crise, il fallait, toujours selon les mêmes experts, que l’Etat force les prix, en particulier ceux des produits agricoles, et les salaires à augmenter. Afin d’atteindre cet objectif, l’industrie fut cartellisée, des prix et des salaires minimum imposés, des récoltes détruites, des millions de bestiaux abattus, des agriculteurs payés à ne rien faire. Dans cette logique absurde, les biens produits aux Etats-Unis devenant, pesait-on, trop chers par rapport à ceux provenant de l’étranger il était nécessaire de les « protéger ». Aussi les hauts tarifs douaniers votés sous Hoover, l’une des causes de l’aggravation de la Grande dépression, au lieu d’être supprimés furent maintenus. En réalité, contrairement aux prévisions, les salaires artificiellement élevés aggravèrent le chômage, les dépenses des ménages diminuèrent et les agriculteurs virent leurs revenus fondre. Les subventions versées généreusement aux « victimes de la crise » et les grands travaux publics (qui avaient déjà été lancés par l’administration Hoover, sans sortir l’Amérique de la crise) grevèrent lourdement le budget de l’Etat : ses dépenses doublèrent.

Comme le Président Roosevelt aurait voulu équilibrer ses budgets, des impôts nouveaux furent créés, les anciens alourdis. Au total les charges fiscales furent triplées, le taux marginal sur le revenu passant à 90%. Mais les déficits ne purent être évités tant les dépenses de l’Etat étaient gigantesques. Ils restaient cependant beaucoup trop faibles aux yeux de Keynes qui en critiqua l’insuffisance (Roosevelt, qui le considérait comme un mathématicien et non comme un économiste, ne l’écouta pas). Un mythe dans le mythe consiste à croire que le New Deal fut d’inspiration keynésienne. Nous venons de voir de que cela est inexact. La politique de Roosevelt consista en fait en une série de réformes improvisées et désordonnées s’appuyant sur une rhétorique anti-business et des interventions législatives brutales que la Cour suprême finit par déclarer inconstitutionnelles.

Il en résulta un climat d’incertitude telle que les entreprises arrêtèrent d’investir. L’économie qui était répartie au début de l’année 1933 stagna en 1934 et 1935 sous l’effet du New Deal. Puis, la FED ayant laissé croître la masse monétaire gonflée surtout par les mouvements de capitaux internationaux, l’économie américaine repartit vigoureusement en 1936. Ce qui fit craindre une poussée inflationniste et incita la Banque Centrale à freiner la croissance monétaire. D’où la crise dans la crise mentionnée plus haut. Finalement, ce fut sans doute la guerre qui mit fin à la Grande dépression. D’une part en créant une pénurie de main d’œuvre par la mobilisation de dix millions de GIs et d’autre part en chargeant le secteur privé de produire le matériel de guerre, ses dirigeants revenant à cette occasion conduire la politique économique du pays à la place des idéologues des années précédentes.

Nous voyons que loin d’avoir sorti l’Amérique de la dépression la politique du New Deal l’y a enfoncée ! Pour sept ans d’après une étude récente. Espérons que Barak Obama que certains se plaisent à comparer à son illustre prédécesseur démocrate n’en suivra pas les errements.

Florin Aftalion, Professeur émérite à l’ESSEC

Cet article est initialement paru dans la page Débats du Figaro en date du 28 janvier 2009