"Le marché a échoué!" . Le slogan est simple et direct. La politique est trop souvent dominée par de tels récits simplistes. Notre défi est de proposer une explication plus précise mais aussi convaincante.

En réalité, la crise financière mondiale découle non pas d'une défaillance du capitalisme, ni d'ailleurs de l'échec des politiques traditionnelles de redistribution, mais plutôt d'une confusion croissante des frontières entre secteur privé et monde politique.

Comme les formes les plus anciennes de collectivisme ont échoué, les étatistes ont cherché le moyen de conserver la valeur créative du capitalisme tout en restant fidèles à leurs rêves idéologiques. Ils ont imaginé un monde où le c'est le marché qui ramerait, mais l'État qui tiendrait la barre.

Rappellons-nous le débat sur le «socialisme de marché" des années 1930. Ce fut un échec intellectuel, mais un beau succès politique. Plus récemment, les problèmes financiers et les dérives de l'État providence ont conduit les adeptes de l'État redistributeur à glisser de formes relativement « honnêtes » de socialisme – où la poursuite de leurs objectifs était confiée à des ministères, dotés de budgets apparents, et politiquement responsables - à une sorte de « troisième voie », modèle d'économie mixte où le soin d'encadrer les entreprises et les marchés pour les « inciter » - via la contrainte réglementaire, l'allocation de subventions, et l'offre de certaines garanties - à adopter les bons comportements collectifs souhaités est confiée à des « agences » supposées rester plus ou moins privées, mais disposant de ressources hors-budget, et agissant donc en dehors de tout contrôle démocratique visible.

Les adeptes de l'économie mixte croient avoir ainsi trouvé la formule miracle pour réaliser d'une manière beaucoup plus économique pour eux, comparée aux anciennes formes archaïques de socialisme d'état, tout ce que les socialistes ont toujours rêvé de faire.

Le défi auquel nous sommes aujourd'hui confrontés, nous économistes libéraux, est de faire apparaître cette imposture au grand jour. Nous devons développer et diffuser un autre récit de la crise qui puisse se décrire en slogans aussi simples aussi efficaces que ceux utilisés par nos adversaires. Ce défi est à la fois intellectuel et politique. Mais, plus que tout, il suppose que nous en ayons les moyens, notamment les moyens de communiquer et de faire le marketing de nos idées.