« Aujourd'hui, vous avez :

• la moitié des Etats européens qui sont en faillite, • 40% de chômage chez les jeunes en Espagne, • un taux de chômage qui n'a jamais été aussi élevé en Europe depuis 1948, • des marchés financiers qui sont complètement bloqués, • un écroulement de nos systèmes bancaires puisqu'on les as forcé à acheter des obligations qui ne valaient rien en disant qu'une obligation grecque valait la même chose qu'une obligation allemande, donc on a manipulé le droit pour forcer les banques à acheter des choses qui ne valait rien.

Vous vous trouvez dans un désastre financier sans précédent. Nous mettons en risque la croissance mondiale dans son ensemble, et vous me dites "Est-ce qu'il faut continuer cela ?"

Eh bien je vous dis : est-ce qu'il faut continuer la ligne Maginot ?

J'ai longtemps dit que l'Euro c'est comme une ligne Maginot, qu'on allait se retrouver avec les allemands à Paris et que c'est simplement quand les allemands seraient à Paris qu'on se rendrait compte que la ligne Maginot est un désastre. L'Euro est une ligne Maginot. C'est une manoeuvre défensive pour empêcher la domination de l'Allemagne sur l'Europe. Et comme toutes les crétineries faites par ces hommes politiques français ou les technocrates français, on a bâti un système pour empêcher la domination de l'Allemagne moyennant quoi, l'Allemagne n'a jamais été aussi dominante qu'aujourd'hui.

Donc, si vous voulez, je vous dis "arrêtons le désastre !" Combien de temps va-t-il falloir, combien de souffrance va-t-il falloir... Combien de chômeurs, combien d'entreprises en faillite, combien de banquiers ruinés avant que l'on arrête cette imbécillité ?

De toute façon, au jour d'aujourd'hui, si vous voulez faire fonctionner cela moi en tout cas, je ne sais pas comment. Ce n'est pas moi qui ai créé cette imbécilité. Je l'ai toujours dit que c'était une imbécillité. Donc je ne vois pas pourquoi on me demande comment on pourrait arranger la chose. La seule chose que je sais, c'est que la situation actuelle est intenable et nous amène à un désastre économique par mauvaise allocation du capital. Et que, il n'y a pas d'autre solution. Ou on va vers un effondrement de plus en plus profond, ou on sauve l'Euro et puis on en paye le prix.

Il y a une erreur qui a été faite, il faut payer le prix. Et si on ne veut pas payer le prix, et bien on va tous sauter. On rentre en dépression en Europe. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte aujourd'hui. L'Europe ne rentre pas en récession, elle entre en dépression. L'Espagne est en dépression, le Portugal est en dépression, la Grèce est en dépression. La France sera en dépression l'année prochaine. A partir du moment ou l'on sera en dépression, le déficit primaire de la France - je suis prêt à en prendre le pari -, sera de 8 ou 9 %. Les recettes fiscales vont s'écrouler.

Donc les soi-disantes mesures de réduction du déficit budgétaire, c'est une PLAISANTERIE. Dites-vous bien que l'année prochaine, le déficit budgétaire va exploser par écroulement de... 60% des recettes fiscales en France, c'est à dire de la TVA. La consommation va s'écrouler. Et bien la TVA va s'écrouler. Je ne comprend même pas comment il y a encore une discussion sur "Est-ce qu'il faut sauver l'Euro ?" Est-ce qu'il faut sauver la peste bubonique ? Mais bien sûr que non !

La réalité c'est que je ne sais pas ce qui va se passer pour l'Euro et personne n'en sais rien. Je n'en ai aucune idée. Mais par contre je sais très bien où nous en seront dans 3 ans. L'Europe depuis 10 ou 15 ans, l'Europe vit au-dessus de ses moyens. Donc la consommation européenne a été la consommation gagnée plus la consommation empruntée. Cette consommation empruntée, cela va s'arrêter puisqu'on ne va plus nous prêter d'argent. D'une façon ou d'une autre, la consommation empruntée va disparaître. Donc, la consommation va tomber à un niveau : consommation gagnée moins remboursement de la dette passée. C'est à dire qu'on a devant nous une baisse de la consommation entre 5 et 15%. Et c'est absolument certain. C'est ce qui s'est passé en Asie en 1998. La consommation a baissé de 25% en 3 semaines. Et donc quand Alain dit que la consommation, c'est stable... la consommation c'est stable, c'est quand il n'y a pas de rupture. Or là nous avons devant nous une rupture qui arrive."

Question : Est-ce que si fondamentalement l'Euro se plantait, ce n'est pas finalement l'ensemble de la planète qui se plante ? Le risque systémique souverain n'a-t-il pas atteint un paroxysme absolument inédit ?

Réponse : les gens me disent il faut maintenir un système abominable, technocratique, parce sans cela on va sauter. Ce sont les Attali de ce monde qui se trompent sur tout depuis 40 ans. Quand le mur de Berlin est tombé, c'était une bonne nouvelle. Ce n'était pas une mauvaise nouvelle. Il y avait une technocratie qui crevait, et bien quand il y a une technocratie crève, c'est toujours une bonne nouvelle.

Question : Est-ce que vous vous êtes déjà trompé Charles Gave ?

Réponse: très souvent, très souvent. Mais par contre, je me suis toujours trompé lorsque je me suis mis à croire soit les politiques soit les banquiers. Ce sont les deux raisons pour lesquelles je me suis toujours trompé. Soit je croyais un politique, soit les banquiers me disaient quelque chose qui n'était pas vrai.

Question : On dit aussi qu'on a inventé les économistes pour que les météorologues aient l'air moins bêtes.

Réponse : Mais, moi, la différence c'est que je gagne de l'argent avec mes prédictions.

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Avec tous les remerciements de l’institut Turgot à Josick Croyal pour son travail de retranscription.