lundi 16 janvier 2017

Réglementations bancaires : la grande panne monétaire mondiale

HL_2011_B.jpg Avec la venue de la nouvelle année, nous saluons la naissance d'une nouvelle revue on-line créée par notre ami Drieu Godefridi. Il s'agit de la revue ARGUMENTS (revue européenne de science), dont le premier numéro a été mis en ligne à la fin du mois de septembre, et le second au premier janvier.

Dans ce second numéro vous trouverez un remarquable article d'Alain Préat. Professeur à l'Université Libre de Bruxelles, il montre comment la géologie nous incite à beaucoup de prudence pour ce qui concerne le rôle du C02 dans les évolutions climatiques. De son côté, Drieu Godefridi dénonce les fantasmes de Jean-Claude Michéa dans son dernier essai sur la civilisation libérale. Pour ma part, j'y répond aux questions de Grégoire Canlorbe, dans une longue interview dont vous trouverez ci-dessous un extrait où j'attire l'attention sur les fâcheuses conséquences de l'hystérie réglementaire des années qui ont suivi la crise.

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Grégoire Canlorbe : Alarmé par la régulation prudentielle des banques, les opérations effrénées de quantitative easing, et le développement sans précédent des taux négatifs — au niveau des taux courts gérés par les banques centrales, mais aussi sur le marché des obligations à plus ou moins long terme — vous jugez la situation de l’économie mondiale fort préoccupante. Vous appréhendez le recours à des mesures de plus en plus extrêmes telles que « Helicopter money » et l’interdiction du cash. Pourquoi les approches théoriques et méthodologiques qui encadrent actuellement la politique monétaire sont-elles impuissantes à prédire et comprendre les effets délétères de ces procédures dites non conventionnelles ?

Henri Lepage : Actuellement (décembre 2016), c'est presque l'euphorie. En quelques semaines, le climat économique en Amérique s'est complètement retourné. Et, par contagion, il se passe un peu la même chose sur les marchés européens. C'était déjà le cas avant les élections US, mais l'élection de Donald Trump y a donné un sacré coup de fouet. Sa promesse de retour à un grand programme keynésien de dépenses publiques a dopé les Américains. Le mot à la mode actuellement est celui de reflation. On y parle même de Growthflation pour évoquer l'idée d'un retour à une croissance inflationniste.

Personnellement, je me méfie beaucoup de ces emballements psychologiques de nature quasiment miraculeuse. Ils ne durent souvent que ce que dure un feu de paille. Ils ne résistent pas à la pression de la réalité. Qu'il y ait un mieux, c'est incontestable. Mais ce n'est pas la première fois que cela se produit depuis la fin de la Grande Récession (on ferait mieux de dire la Très Grande Récession vu le très faible rythme de croissance — moins de 1% de moyenne — qui perdure depuis huit ans). En 2014 déjà, alors qu'elle annonçait (prématurément) la fin de son troisième programme de quantitative easing, la Fed avait crié victoire en prétendant qu'enfin l'économie américaine était en train d'atteindre sa vitesse de décollage. Et puis en août 2015, il y eut le décrochage de la croissance chinoise, suivi de la dévaluation du Yuan, et de tous les remous financiers auxquels on a alors assisté sur les marchés financiers, au point que les analyses les plus alarmistes se sont mises à circuler à l'approche de la fin de l'année et au début de 2016. Etait-ce l'annonce d'un prochain Armageddon économique et financier ? Certains y croyaient dur comme fer. Je dois avouer que moi-même je me suis laissé contaminer par cette vision du retour proche d'une nouvelle crise financière. Mais le ciel s'est dégagé, la situation s'est normalisée. La Fed a de nouveau pu faire passer son message comme quoi les USA étaient en train de retrouver le plein emploi.

Grégoire Canlorbe : Cette fois-ci est-elle la bonne ?

Henri Lepage : Je vous répondrai qu'il faut rester extrêmement prudent. Depuis la crise, la conjoncture américaine est en effet extrêmement instable. D'un semestre, ou même d'un trimestre à l'autre, le climat se retourne du tout au tout. Les nouvelles paraissent bonnes un jour, pour redevenir mauvaises le lendemain. Et le résultat est que d'une année sur l'autre, les prévisions de croissance des spécialistes, en particulier de la Fed, se trouvent démenties par les faits. La croissance est toujours plus basse qu'annoncée. Ceci est vrai même pour cette année. Certes les dirigeants américains peuvent être fiers de leur taux de chômage redescendu en dessous des 5%, seuil traditionnellement retenu comme marque du plein emploi. Mais il ne faut pas perdre de vue que, depuis la crise, plus de quinze millions de personnes sont sorties du marché de l'emploi et que, pour l'instant, il n'y en a pas beaucoup qui y soient rentrées. Même chose pour le retour tant attendu de l'inflation. L'indice des prix a cessé de baisser, il remonte. On noterait des frémissements sur le marché des rémunérations. Bonnes nouvelles pour ceux qui considèrent que le retour d'une certaine inflation est le préalable à une vraie reprise. Mais, si l'on regarde dans le détail, il semble que l'accélération de la hausse des prix au cours de l'année écoulée s'explique presque entièrement par l'arrêt de la baisse des prix du pétrole et de l'énergie. De plus, à côté de ces données macroéconomiques, il y a aussi toutes les informations beaucoup plus ambiguës, voire contraires, qui remontent des enquêtes statistiques de terrain. Par exemple celles qui concernent les ventes de détail, les chiffres d'affaires de la distribution, le sentiment des acheteurs professionnels, la baisse pendant pendant quinze mois consécutifs de la production industrielle, la montée du nombre des défaillances en matière de crédit, en particulier celles qui concernent le crédit automobile ou le crédit aux étudiants, nouveaux domaines de prédilection des emprunts pourris (1). Enfin, il y a la hausse du dollar dont la valeur par rapport à l'euro a monté de 31% en 36 mois (36 % en 48 mois par rapport au Yen).Traditionnellement la hausse de la valeur externe de la monnaie est interprétée comme un signe de vigueur économique, de redressement de la compétitivité. Mais il n'est pas certain que ce soit le cas aujourd'hui : il n'y a pas de boom des exportations américaines. Cette hausse de la monnaie US, qui se poursuit depuis la mi-2014, n'est pas du tout un événement dont les Américains devraient se réjouir ; mais, au contraire, le symptôme d'un piège dans les mailles duquel la mondialisation financière les enferme plus que jamais du fait même de la place prédominante (on pourrait même dire impériale) qu'y occupe le dollar. Ce qui n'est pas sans ironie.

La grande erreur que commettent tous les prévisionnistes, en particulier ceux des grandes banques centrales, est de raisonner en fonction de modèles de perception, de représentation, et donc de modélisation macroéconomique, qui sont désormais obsolètes. Ce n'est pas moi qui le dit, mais les experts de la BRI (la Banque des règlements internationaux à Bâle, qui joue en quelque sorte le rôle de banque des banques centrales), dans des études sans ambiguité. Il faut rendre hommage à la probité et au courage professionnel de ces économistes car il s'agit de gens qui ne sont que les employés des banquiers centraux mais qui, néanmoins, depuis plusieurs années, persévèrent dans la publication d'analyses et de travaux de recherche qui ne sont pas faits pour faire spécifiquement plaisir à leurs patrons.

Grégoire Canlorbe : Que disent ces économistes de la BRI ?

Henri Lepage : Pour résumer, très brutalement (car ce n'est évidemment pas de cette façon qu'ils s'expriment), que ce sont les banques centrales elles-même qui sont responsables de la situation à laquelle se retrouvent aujourd'hui confrontées les grandes économies mondiales, mais aussi, bien sûr, par ricochet, les économies leaders du monde émergent. Et cela en raison du vieillissement des cadres théoriques et empiriques qui structurent le fonctionnement de leurs méga modèles de prévision économique conçus pour l'essentiel dans les années 1980, sur la base de ce qu'était la science économique de cette époque. Bien sûr, ces modèles ont évolué, ils se sont enrichis, ils sont devenus de plus en plus complexes. Alors que, dans les années soixante-dix, économistes keynésiens et économistes monétaristes formés par Milton Friedman s'affrontaient dans des débats homériques, les modèles de nouvelle génération ont absorbé la synthèse des deux courants en intégrant certaines des grandes idées innovantes du monétarisme dans une structure de base macroéconomique fondamentalement keynésienne. Et c'est cette synthèse qui, depuis lors, soit depuis plus de trois décennies (depuis l'arrivée de Greenspan à la tête de la Fed, pour être plus précis), guide et éclaire l'action et les décisions des banques centrales.

On devrait dire : éclaire de plus en plus mal. Le grand problème est en effet que ces modèles datent d'une époque où la représentation des mécanismes de transmission des mouvements de la conjoncture restait fondamentalement liée à une conception nationale et territoriale de l'économie. Ces grands systèmes de prévision sont en fait fondés sur un modèle keynésien d'économie close où la réalité économique qui compte est d'abord et avant tout nationale. Certes on y prend en compte les interpénétrations avec l'environnement international, mais essentiellement par la modélisation des relations commerciales (exportations, importations, balance commerciale). En sont exclus les phénomènes d'interpénétration et d'interdépendance monétaire ou financière. Tout simplement parce que cette macroéconomie reste étroitement keynésienne et que, nonobstant quelques emprunts à la théorie monétariste, elle reste fondamentalement attachée à la théorie dite de neutralité de la monnaie – c'est à dire l'idée que la monnaie n'est qu'un voile, qui ne joue que dans le court terme, et qui n'exerce donc aucune influence déterminante sur l'évolution à long terme de l'économie réelle. De même, les variables financières – comme par exemple l'évolution du niveau et du taux d'endettement, le poids du service de la dette, tant privé que public – n'y jouent aucun rôle.

Or la grande caractéristique du processus de mondialisation enclenché dans les années 1990, et accéléré depuis l'entrée dans le XXIème siècle, est qu'il ne concerne pas seulement les échanges commerciaux mais tout autant, et plus encore, la finance et aussi (ce que l'on oublie souvent) la monnaie. Nos économies nationales sont de plus en plus immergées dans une réalité mondiale qui fait que désormais l'évolution macroéconomique de nos pays dépend tout autant, sinon plus, de ce qui se passe sur les marchés financiers et monétaires mondiaux que des décisions prises par les autorités à l'intérieur de leurs frontières. Et cela est maintenant vrai même pour les Etats-Unis. Le temps où le statut privilégié du dollar au sein du système monétaire international dotait l'Amérique d'un pouvoir d'influence économique et financier asymétrique sur le reste du monde est révolu. Aujourd'hui, ce pouvoir s'exerce dans les deux sens, autant dans le sens reste du monde (et notamment les pays émergents, en particulier la Chine) vers l'économie américaine que dans le sens traditionnel de l'économie américaine vers le reste du monde. Les difficultés rencontrées par la Fed pour mettre en œuvre ses projets de normalisation monétaire par la hausse des taux en sont une illustration. Dès lors que le dollar Made in World (c'est à dire les liquidités libellées en dollar fabriquées en dehors du système bancaire américain, sur le marché des eurodollars) représente quelque chose comme 60 % de l'ensemble mondial des actifs liquides libellés en dollars assimilables à de la monnaie, contre seulement 40 % au dollar Made in USA, il faut admettre que les Etats-Unis ont perdu une très large part de leur indépendance monétaire, et cela malgré leur impressionnante puissance de première économie mondiale. Or, cela n'apparaît nulle part dans les modèles supposés guider les décisions de la banque centrale. Ceux-ci n'en tiennent aucun compte. Avec pour résultat des prévisions économiques auxquelles on ne peut accorder qu'une confiance de plus en plus limitée, et une banque centrale qui donne le sentiment de ne plus rien commander du tout.

Ainsi la conjoncture américaine dépend de moins en moins de ce qui se décide à Washington, et de plus en plus de ce qui est décidé non seulement à Pékin ou ailleurs, mais surtout au niveau très décentralisé de tous ces acteurs privés internationaux — banques, entreprises, établissements financiers, fonds monétaires, investisseurs.... – qui forment ce que certains économistes, comme Perry Mehrling(2), appellent la Global Money.3 Voilà pourquoi, personnellement, je reste fondamentalement très prudent sur les perspectives économiques de l'Amérique – et en particulier sur l'idée qu'on y serait, quoi qu'en dise le marché sur les taux futurs, à la veille d'un retour remarqué de l'inflation. Car, quand on regarde l'économie mondiale, c'est la tendance à la déflation monétaire qui continue de persister.

Grégoire Canlorbe : Qu'est-ce qui vous fait dire que la déflation monétaire est le phénomène de fond qui commanderait nos évolutions économiques actuelles ?

Henri Lepage : D'une conception étroite de la monnaie réservée aux moyens de paiement créés dans le cadre du monopole d'émission d'une banque centrale, on est passé à une notion plus large tenant compte de ce que les banques elles-mêmes, par leur activité de crédit, sont elles aussi source de création de moyens monétaires privés. On est ainsi passé de l'aggrégat M0, à M1, puis M2 et M3. Mais c'était sans compter sur le génie et l'inventivité des financiers et des banquiers. Avec la mondialisation est arrivée une nouvelle génération d'institutions financières non bancaires spécialisées dans la fabrication de nouveaux actifs présentant des caractéristiques de liquidité proches de celles de la monnaie bancaire. D'où la naissance d'un nouvel aggrégat, M4 Divisia, qui désigne la masse monétaire globale au sens le plus large. Il regroupe les actifs monétaires d'origine étatique (espèces + réserves + bons du Trésor), plus la monnaie des banques (les dépôts), mais également les actifs monétaires liquides ou quasi-liquides issus du secteur financier non bancaires (commercial paper, repos, titres de créances négociables...), en pondérant la part de chaque catégorie dans le total par son degré de liquidité (moneyness). Appliquée à l'économie américaine cette nouvelle mesure de la monnaie fait apparaître une réalité très différente de celle que les médias nous dépeignent chaque jour.4

Avec la succession des opérations d'ajustement quantitatif et autres opérations Twist nous avons le sentiment que, depuis 2010, la Banque centrale a noyé le pays sous les liquidités. En réalité c'est faux. Ce qui a explosé, c'est le volume de la monnaie banque centrale (multipliée par 4) alors que, pour la même période, la création de monnaie bancaire  — qui représente 80% de la masse monétaire globale — n'a progressé que de 1,5 % par an (ce qui est très faible comparé à un trend moyen de long terme de près de 5%). Ces chiffres nous révèlent que même en augmentant considérablement le volume de la monnaie de base, et en nourrissant ainsi l'illusion d'une politique monétaire ultra généreuse, l'action de la banque centrale n'a pas empêché que l'économie US continuât de souffrir, pratiquement jusqu'à aujourd'hui, d'une forte pénurie d'offre de crédit (dont les principales victimes ont été les petites et moyennes entreprises).

Depuis un an, le rythme de croissance de M4 s'est modérément accéléré, rompant avec la tendance moyenne des huit dernières années. C'est incontestablement une bonne nouvelle, qui explique sans doute une grande part de l'amélioration du climat économique actuel. Mais il faut absolument cesser de croire que le mariage quantitative easing et taux d'intérêt bas est nécessairement le gage d'une plus grande facilité monétaire, et donc, en l'occurrence, d'une plus grande abondance de dollars.

Maintenant, regardons ce qu'il en est du dollar off shore, c'est à dire des moyens de paiement internationaux essentiellement assis sur des créances libellées en dollars et qui résultent de l'activité des réseaux de la finance de marché mondiale (ce que l'on appelle plus familièrement, et de manière erronée, à mon avis, le Shadow Banking5 – la finance de l'ombre).6

On pourrait penser que l'addition de tous ces quantitative easing aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, dans la zone euro et au Japon se traduisent au plan international également par une très grande aisance monétaire. Mais là aussi c'est exactement l'inverse que l'on observe. Donner une mesure du volume total de ce stock de Global Money est une tâche impossible. Tout ce dont on dipose sont des évaluations provenant de la Banque des réglements internationaux sur la valeur notionnelle globale des différentes catégories de produits offerts par les établissements financiers du marché de l'eurodollar (Repos, commercial paper, CDS, CDOs, Interest Rates Swaps...), complétées par l'étude des bilans en eurodollars des principaux acteurs de ce marché. Or toutes les informations ainsi obtenues convergent pour faire apparaître un mouvement de contraction de l'eurodollar — donc de rétraction des liquidités monétaires mondiales — qui a été très brutal au moment de la grande crise financière, qui s'est quelque peu stabilisé ensuite, mais a repris de plus belle, en particulier à partir de l'année 2014 (ce qui correspond à l'amorce de la remontée du dollar sur les marchés mondiaux) et qui ne paraît pas près de s'arrêter. La remontée du dollar est le produit d'une situation de rareté croissante qui rend de plus en plus problématique la position des nombreuses entreprises qui, de par le monde, se sont endettées à long terme en dollars pour profiter des bas taux d'intérêt de l'après-crise.

Grégoire Canlorbe : Quelle serait l’origine de cette grande panne monétaire mondiale ?

Henri Lepage : Fondamentalement la cause se trouve dans l'hystérie réglementaire qui s'est emparée des pouvoirs publics au moment de la crise financière.

Plus jamais cela ! nous a-t-on dit. Les banques ont été beaucoup trop imprudentes ! Nous devons la gravité de la crise au degré absurdement élevé de leurs effets de levier. Pour éviter de nouvelles crises du même genre, il faut absolument les contraindre à réduire leurs pyramides d'endettement, leur imposer de recapitaliser à tout prix leurs bilans. D'où tout le programme de mesures réglementaires nouvelles édicté en 2010 par Comité de Bâle (Basel Committee on Banking Supervision) connu sous le nom de Bâle III et qui concerne le renforcement des exigences en matière de fonds propres et de liquidité, la création de nouveaux ratios destinés à limiter le recours abusif à l'effet de levier ainsi que la mise en place de divers éléments prudentiels visant à contenir le risque systémique (comme la contrainte discriminatoire de ratios plus élevés pour les entreprises relevant de la catégorie dite des Too Big To Fail).

Mais ce genre de réforme n'est pas gratuit. Il est bien de vouloir renforcer la capacité de résilience des établissements bancaires, mais l’addition de ces dispositions – en particulier le relèvement des ratios de fonds propres et des ratios de liquidité – conduit à un alourdissement notable du coût marginal des activités de crédit. Les banques sont des entreprises de production comme les autres. Elles produisent des prêts. Mais si le coût marginal de leur production augmente, elles vont réduire leur offre. Et l'effet est d'autant plus important que, dans le même temps, la permanence de taux zéro réduit encore la rentabilité de leur activité. C'est exactement ce qui s'est passé — d'où l'échec des QE et le constat paradoxal que les milliards de rachats d'actifs effectués par la banque centrale n'ont débouché sur aucune relance monétaire réelle alors qu'au contraire tout le monde croit que l'économie est inondée de liquidités.. L'accélération de la planche à billets (virtuels) n'a pas été suffisante, et de très loin, pour compenser la déflation monétaire privée induite par le renforcement de la réglementation prudentielle (selon certaines estimations privées, aux Etats-Unis, le déficit serait de l'ordre de… 7 000 milliards de dollars !  à comparer aux 4 500 milliards de réserves excédentaires accumulées par la Fed7).

Il était normal que, dans une perspective de moyen/long terme, les autorités se préoccupent de voir les banques recapitaliser leurs bilans. Mais il était criminel de les y contraindre en pleine crise économique, et alors même que la reprise continuait de vaciller. De toute façon elles s'y seraient mises spontanément, comme en témoignent les dernières études de la BRI qui montrent que les banques ont reconstitué une marge de sécurité en fonds propres en moyenne supérieure de 5 points aux ratios obligatoires.8 On pourrait s'en féliciter. Malheureusement il y a tout lieu de croire que ce surcroît de précaution est tout simplement le produit de l'insécurité institutionnelle et réglementaire entretenue par le flot continu de nouvelles contraintes en cours de mise en place ou en cours de discussion. A Bâle les négociations continuent pour définir le contenu des dernières réformes à imposer. Cette queue de négociation a déjà été baptisée Bâle IV. Or certains estiment que, combinées aux contraintes complémentaires qui résultent de la loi Dodd-Frank, ce dernier train de mesures pourrait se traduire par un déficit supplémentaire de près de … 7000 milliards d'ici 20199 !

Parmi les mesures les plus dommageables, deux sont très récentes. Il s'agit des dispositions américaines qui concernent le ratio de liquidité et le régime de valorisation du bilan des fonds monétaires institutionnels. Dans le premier cas, le législateur a décidé que désormais les contraintes du ratio de liquidité (Leverage Coverage Ratio – LCR) s'appliqueront à l'ensemble consolidé des activités des groupes bancaires US au plan mondial, c'est à dire y compris toutes les succursales à l'étranger ; ce qui représente une sacrée extension. La seconde oblige désormais les Prime Money Market Funds à publier leurs comptes en utilisant la valeur de marché de leurs actifs, ce qui ruine leur promesse commerciale de toujours satisfaire sur l’instant les demandes de remboursement de leurs clients sur la base de 1$ pour 1$ de placement (au pair).  Conséquence : en quelques mois, au fur et à mesure du rapprochement de l'échéance prévue pour octobre, plus de mille milliards de dollars de capitaux ont massivement quitté le secteur des Prime Money Funds pour aller s'investir dans le secteur concurrent des Government Funds qui limitent leurs placements à des investissements en valeurs d'Etat. Or un tel déplacement est loin d'être anodin.10

Ces fonds monétaires comptent en effet parmi les principaux apporteurs de fonds internationaux au petit nombre de très grands groupes bancaires et financiers sur l'activité de broker/dealer desquels repose en définitive toute l'architecture du système mondial de finance de marché – c'est à dire le bon fonctionnement de l'ensemble des étapes d'intermédiation et de transformation qui, hors Etats-Unis, servent à fabriquer les dollars Made in World.11 On en a vu le résultat avec la publicité qui a été donnée par la presse financière aux difficultés de groupes comme la Deutsche Bank, la Société de Banque Suisse, J.P Morgan, et même Goldman Sachs. Du fait de l'accumulation croissante de toutes ces réglementations et de leurs coûts, ces établissements se voient aujourd'hui obligés de réduire la voilure de leurs activités mondiales, en particulier dans le domaine de la tenue de marché (Market Making12) – cette fonction essentielle qui assure la liquidité des marchés obligataires et fait que les broker/dealers remplissent au niveau de la finance internationale, et de manière décentralisée, un rôle pilier d'assurance mutuelle en quelque sorte équivalent au lender-of-last-resort d'une banque centrale nationale. L'apparition depuis l'an dernier d'un certain nombre d'anomalies de marché (negative spreads sur le marché des swaps de taux d'intérêt, disparition de la covered interest rate parity  — parité des taux d'intérêt avec couverture) est un signe qui semble témoigner de l'intensité des stress qui tendent ainsi à se répandre sur les marchés.

Grégoire Canlorbe : Est-ce vraiment inquiétant ?

Henri Lepage : Ce qui m'inquiète sont évidemment les retombées économiques de cette actualité (le risque d'une nouvelle crise de liquidité internationale, l'absence d'un retour à la normale toujours retardé, la longue perpétuation d'une croissance molle), mais aussi les intentions que cela traduit.

J'entends par là la volonté des autorités américaines de mettre au pas l'eurodollar – c'est à dire de tuer de manière définitive cette sorte d'organisation spontanée de type Free Banking qui, depuis les années 2000, était en train de se positionner comme système bancaire et monétaire alternatif en dehors du maillage des systèmes nationaux soumis à la botte du cartel des banques centrales. De ce point de vue, la décision concernant les Money Funds est assez caractéristique car elle aboutit de fait à rapatrier vers le bilan de la Fed une large partie des ressources dont dépend précisément la finance de marché libre pour fonctionner. Ce n'est pas un hasard si les Government Money Funds figurent depuis peu dans la liste des institutions non bancaires nouvellement habilitées à disposer d'un compte à la Fed, et à bénéficier ainsi du nouveau mécanisme des Reverse Repos mis en place, nous a-t-on dit à l'époque, pour sortir de QE 3 et contribuer  à la normalisation de la politique monétaire US.

La finance de marché, pour la Fed, tel est l'ennemi ! En tant que partisan du Free Banking, je n'ai pas le sentiment que ce coup de force politique de la banque centrale américaine aidera à la solution des maux économiques et financiers du monde d'aujourd'hui. Bien au contraire. Nous ne devons pas perdre de vue que la réglementation bancaire participe elle aussi de la politique monétaire. Et, en l'occurrence, elle joue contre la normalisation de la croissance. C'est une autre façon de donner une explication au phénomène apparent de stagnation séculaire dont le concept semble séduire de plus en plus d'esprits.

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NOTES

1. Jeffrey Snider, « Bernanke's successor errs despite a 2002 promise », Real Clear Markets, 16 décembre 2016

2. Voir la video : "Shadow Banking is the natural form of banking in the globalized world", Global Money : Past, Present, Future, Conference à Columbia University, Avril 2016, sur YouTube.

3. Perry Mehrling, « Global Money, A work in Progress », Perry Mehrling personal blog, 12 juin 2016.

4. Lawrence Goodman, « Why CFS Divisia Money Matters, Now ! », Center for Financial Stabilit, 8 juillet 2016

5. Zoltan Pozsar, « Shadow Banking : the Money View », Office of Financial Research Working papers, Washington, 2 juillet 2014.

6. Henri Lepage, « Shadow banking et bulle financière : l'autre vision », Institut Turgot, 14 septembre 2015.

7. Jeffrey Snider, « Why Quantitative Easing Can Never Work », Alhambra Investment Partners, juin 2016.

8. Jaime Caruanan, « What are capital markets telling us about the banking sector ? » BIS, 17 novembre 2016.

9. Steve Hanke, intervention au colloque monétaire du Cato Institute, 17 novembre 2016,

10. Zoltan Pozsar, « From Exhorbitant Privilege to Existential Trilemma », Global Money Notes n°8, Credit Suisse,18 novembre 2016.

11 Perry Mehrling, « __The New Lombard Street : How the Fed Became the Dealer of Last Resort__», Princeton University Press, 2011.

12 Jeffrey Snider, « Shrinking Eurodollars, Eurobanks and Dark Leverage », David Stockman's Contra Corner, 1ermars 2016.

mardi 4 octobre 2016

Plaidoyer pour le libre échange : sauvons le TTIP !

Corentin.png Quand, en lisant les écrits de Frédéric Bastiat, on examine les arguments de ceux qui, au XIXème siècle, s’opposaient avec virulence à la libéralisation des échanges entre, par exemple, la Belgique et la France à propos de l’acier, on remarque que leurs arguments sont en tous points identiques à ceux des ennemis du TTIP aujourd’hui.

La peur du libre échange, rappelle notre ami de Bruxelles, Corentin de Salle, c'est la peur de la liberté.

Depuis l’époque où des tribus primitives troquaient entre elles des peaux de bêtes jusqu’à celle des échanges intercontinentaux de notre économie planétaire, la marche du commerce a toujours coïncidé avec celle de la civilisation et du progrès. A contrario, les périodes où le commerce se rétracte ou disparaît correspondent aux périodes de violences, de guerres et de recul économique, social et culturel. Ce fut le cas au moyen âge mais, plus proche de nous, ce fut le cas au début du XXème siècle avec la montée en puissance des nationalismes et des idéologies collectivistes à l’origine des deux plus grands conflits mondiaux.

Le libre-échange est pacificateur. Comme l’écrivait un certain Otto Mallery en 1943, « si nous ne souhaitons pas que les soldats traversent les frontières pour faire la guerre, il faut que les biens traversent les frontières pour maintenir la paix ».

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vendredi 30 septembre 2016

Bitcoin, Blockchain et Ordre spontané : cybernétique de la liberté

Gérard Dréan La doctrine libérale se fonde sur les avantages que présente la plus grande liberté en tant que principe d'organisation et de coordination des actions individuelles (cf Hayek).

Au terme d'un texte aux apparences très techniques - mais dont la lecture, malgré sa difficulté, est illuminante - notre ami Gérard Dréan nous montre comment le principe de la Blockchain (qui est la grande innovation du système Bitcoin) illustre de manière concrète la géniale intuition des pères fondateurs du libéralisme.

PREMIERE PARTIE : "La blockchain", comment ça marche

On parle beaucoup de « LA blockchain » et de ses nombreuses applications, qui promettent (ou menacent, suivant les opinions) de révolutionner la société au moins aussi profondément qu’Internet lui-même. En même temps, ce concept est présenté de façon très vague. Même si on la dit « distribuée », ce qui est d’ailleurs impropre comme nous le verrons, il manque le plus souvent une expression claire des implications de son implantation sur un réseau pair à pair ouvert. De ce fait, parler de « LA blockchain » est trompeur et passe largement à côté de l’essentiel.

L’idée est née en 2008 avec Bitcoin, qui en est à ce jour la réalisation emblématique, mais aussi la base de nombreuses variantes et extensions. Nous utiliserons donc cet exemple pour en analyser les composantes et les implications, tout en nous efforçant d’en tirer des enseignements valables pour d’autres systèmes où le principe de la chaîne de blocs est utilisé pour des écritures autres que des transactions monétaires.

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mercredi 7 septembre 2016

L'ultime message des taux négatifs

HL_2011_B.jpg "The world economy and monetary system toward a global systemic reset", tel pourrait être le sous-titre en anglais de cette note récemment rédigée pour caractériser et mettre en perspective, de la façon la plus brève possible, la situation de l'économie mondiale au bout de neuf années de politiques monétaires non conventionnelles conçues par les banques centrales pour sortir de la crise.

Le fait nouveau de la période actuelle est l’épidémie de taux négatifs qui s’étend dans le monde - pas seulement au niveau des taux courts gérés par les banques centrales, mais aussi et surtout sur le marché des obligations à plus ou moins long terme. Les rendements négatifs représentent aujourd'hui près d'un tiers du volume globale des titres de dette publique détenues dans le monde (13000 milliards de dollars, alors qu'à la fin du premier trimestre 2016 on ne parlait encore que de 7000 milliards; la proportion est même de près de la moitié pour l'ensemble des valeurs à taux fixes – dettes souveraines, quasi-souveraines, covered and corporate bonds - négociées sur le marché européen). Cette situation est absolument sans précédents dans l'histoire. C'est aussi une situation hautement anormale qui suggère la présence d'un dérèglement profond porteur de graves inquiétudes pour l'avenir.

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jeudi 1 septembre 2016

Déficit de la sécu : l'absent des discours électoraux

Il est un sujet qui est dramatiquement absent des plates-formes présentées par ceux qui aspirent à gagner les primaires de l'opposition en vue de la prochaine Présidentielle. Il s'agit de la réforme du système et des dépenses de santé.

A leur intention, notre ami  le Dr.Guy-André Pelouze a rédigé une petite note de synthèse qui rappelle les principales données du problème et les principes sur lesquels devrait s'appuyer une véritable politique libérale de la santé.

Chacun sait que les dépenses de sécurité sociale ne sont pas maîtrisées: l'Etat constate ces dépenses et fait voter des lois rectificatives pour assurer le financement du déficit par de la dette appelée "dette sociale" c'est à d,ire de la dette publique. Ensuite il anticipe dans sa communication une explication conjoncturelle au déficit de façon à ce que l'on s'habitue une année encore à ce qui est une question structurelle.

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mardi 12 avril 2016

BCE - La malédiction du Quantitative Easing : décapitalisation et attrition bancaires

  • Les opérations de Quantitative easing comportent des effets pervers dont certains sont bien connus, mais d'autres beaucoup moins. Elles entraînent de profonds changements dans le fonctionnement des mécanismes monétaires (en particulier pour ce qui concerne le marché des réserves bancaires). Ces changements de régime monétaire incitent à rester profondément sceptique quant aux effets à attendre de l'actuelle politique de passage à des taux résolument négatifs. Combinés aux conséquences de la régulation prudentielle des banques, ils engendrent à long terme le risque d'une mortelle spirale de décapitalisation et d'attrition bancaires.

Il est encore beaucoup trop tôt pour juger si le programme d'achats d'actifs européens mis en place par la BCE au début de l'année dernière (la version européenne du Quantitative easing)est un échec ou non. Il n'en reste pas moins que la banque centrale européenne a totalement raté son objectif concernant la relance d'un minimum suffisant d'inflation. Celle-ci flirte de nouveau avec le seuil fatidique de la déflation que les autorités monétaires craignent comme la peste.

La BCE a donc décidé d'en remettre une bonne dose, d'autant plus que les perspectives de croissance mondiale semblent plus fragiles que jamais. D'où les décisions du jeudi 10 mars qui consistent pour l'essentiel à augmenter le volume des rachats mensuels d'actifs (de € 60 milliards à € 80 milliards par mois) et à adopter une structure de taux d'intérêt courts plus résolument négatifs.

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lundi 28 mars 2016

Le 24 mars 2016 : Débat contradictoire Alain Madelin et Gaspar Koenig sur "Revenu minimum : quelle formule ? Propositions et critique".

Le jeudi 24 mars 2016, à l'Assemblée nationale, nous avons reçu Alain Madelin, ancien ministre, Président du Fonds Latour Capital, et Gaspar Koenig, Président du think-tank Génération Libre, pour un débat contradictoire sur le thème : "Revenu minimum : quelle formule ? Propositions et  […]

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mardi 1 mars 2016

Macroéconomie : pourquoi on n'a pas besoin de taux négatifs

Il se pourrait que nous soyons à la veille d'une profonde révision de la vision macroéconomique conventionnelle - qui est à l'origine de l'incroyable impasse dans laquelle nos banques centrales nous ont fourvoyés.

Alors que les médias bruissaient de rumeurs concernant une possible conversion de la Fed aux taux négatifs, une nouvelle a pris la plupart des acteurs économiques américains à contrepied : la publication du chiffre de l'inflation pour janvier 2016i.

Ce mois-là la hausse de l'indice des prix à la consommation a été de 0,29 % alors que les spécialistes attendaient 0,20 %. Non seulement c'est beaucoup plus que ce à quoi les marchés s'attendaient, mais c'est aussi la plus forte augmentation annuelle enregistrée depuis mars 2006. Par ailleurs, l'évolution de la masse monétaire (Divisia M4ii) semble indiquer que cette reprise de la hausse des prix devrait se poursuivre au cours des prochains mois. Selon Steve Hanke, Professeur à The Johns Hopkin University (Baltimore), la monnaie est aujourd'hui sur un rythme de croissance annuelle compatible avec le retour de la demande domestique finale sur un trend moyen de 4,8% (en nominal).

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mardi 16 février 2016

Equations et stratégies politiques à un an des présidentielles : les chiffres qui comptent

Au mois de février 2012, quelques semaines avant les dernières élections présidentielles, Bertrand Lemennicier nous avait livré un exercise de prévision électorale fondé sur la lecture des sondages à travers un modèle spatial à structure "bi-modale".

Cet article est celui qui, dans l'histoire du blog Turgot, a reçu le plus grand nombre de visites. Malheureusement, il s'était trompé. Contrairement à son pronostic, François Hollande a été élu. 

Son texte se basait cependant sur une analyse fort originale, et permettait d'avoir une autre vision de la dynamique des phénomènes politiques français.

Où en est-on aujourd'hui ? Dans le texte qui suit, Bertrand Lemennicier utilise son modèle, non pas pour dire qui sera le prochain président (il est beaucoup trop tôt), mais pour mieux faire percevoir la structure des différentes stratégies électorales possibles des futurs candidats, compte tenu des spécificités de notre marché politique et de son évolution telle que reflétée par les sondages.

La distribution des votes résultant des élections régionales et les estimations actuelles de celle attendue pour les présidentielles de 2017 offrent une occasion unique de réfléchir à la stratégie du Président actuel, François Hollande, pour emporter en 2017 le titre de Président de tous les français.

Si l’on fait confiance aux sondeurs, Hollande est éliminé de la compétition dès le premier tour au profit de Marine Le Pen et devant n’importe lequel des candidats de droite qui sortira vainqueur des élections primaires organisée par le parti Les républicains fin 2016(Sondage TNS Sofres-OnePoint de décembre 2015). C’est un défi pour François Hollande à 14 mois de la prochaine présidentielle.

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mercredi 3 février 2016

Guerre au cash et taux négatifs

(Nouvelle version mise en ligne le 6 février)
Dans la rubrique commentaires de mon article « Economie US : normalisation, cul de sac ou Armageddon », j'ai trouvé la question suivante (signée Philippe):
« Merci pour cet article, un peu technique pour les non spécialistes.
D'une façon plus générale, que pensez-vous des bruits de plus en plus insistants sur les 'avantages' d'une société cashless, qui permettrait de relancer plus facilement l'inflation, véritable bouée de sauvetage des gouvernants de tous bords pour échapper à leurs responsabilités?
Par ailleurs, quel est votre pronostic à long terme de sortie de crise: déflation, hyperinflation, les deux successivement?...
 »
Voici ma réponse à l'auteur de ce message.

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vendredi 22 janvier 2016

Quelle politique contre le réchauffement climatique ? Le verdict de l'analyse économique coûts/avantages.

Cette analyse a pour but de trancher la question suivante: un décideur politique doit il dépenser dès aujourd’hui des milliards pour tenter très hypothétiquement de changer ce que sera le climat dans 80 à 100 ans, ou doit il se préoccuper de ses problèmes immédiats, et parier sur les progrès technologiques et les capacités d’adaptation des humains d’aujourd’hui et de demain pour régler les éventuelles conséquences d’un changement climatique ?

Autrement dit, face au changement climatique, faut il privilégier une approche dirigiste ou libérale ?

Bien que l’auteur soit ouvertement “climato-sceptique”, les éléments qui suivent seront développés comme si l’on pouvait faire confiance aux conclusions et aux marges d’incertitudes figurant dans les sous rapports 1,2, et 3, du rapport complet du GIEC de 2013.

Malgré les incertitudes encore nombreuses sur l’influence réelle du CO2 sur le climat, de nombreux politiciens, dans le monde occidental, ont choisi de faire comme si ces incertitudes n’existaient pas, et ont décidé d’adopter en totalité le point de vue exprimé par les dirigeants du GIEC (organe émanation de l’ONU en charge de la promotion de la lutte contre les émissions de CO2), à savoir la nécessité d’agir maintenant à coups de centaines de milliards, pour "décarboner" notre économie, c'est-à-dire réduire considérablement et dans un délai court nos consommations de combustibles fossiles.

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jeudi 21 janvier 2016

Economie US : normalisation, cul de sac, ou Armageddon ?

Le 16 décembre dernier la Fed américaine a entamé la première phase d'une remontée progressive de ses taux d'intérêt. Celle-ci s'inscrit dans un plan de « normalisation » de sa politique monétaire qui s'étend sur six ans. Que faut-il en attendre ?

L'article qui suit a été fini d'écrire dans les premiers jours de janvier. Les informations conjoncturelles auxquelles il se réfère sont celles qui étaient disponibles à la fin du mois de décembre. Les chiffres publiés depuis lors n'ont fait que renforcer la thèse présentée ici. Voici quelles en sont les principales conclusions :

- L'optimisme de J.Yellen sur les perspectives de l'économie US sont contredites par l'avalanche de nouvelles qui annoncent la récession.

- C'est le première fois que la banque centrale américaine remonte ses taux en fin de cycle. Ce qui n'est pas le plus approprié.

- Encore faut-il qu'elle obtienne cette remontée. Il n'est pas du tout certain qu'elle y parvienne en raison de changements importants dans les rouages de sa régulation monétaire.

- La Fed se lance dans une aventure hasardeuse. Elle ne dispose plus du colossal volume de mémoire et d'informations nécessaire à la gestion d'un système aussi complexe que celui qui préside à la création de monnaie.

- Il faut avoir une foi de charbonnier dans les recettes keynésiennes pour continuer de croire aux vertus des QE. Ils ont principalement servi à assurer la permanence des mécanismes et « incentives » financiers qui ont généré la formidable inflation d'atifs à l'origine du krach.

- Le résultat est la reconstitution d'une nouvelle « méga bulle » que la politique US de quantitative easing a exportée au reste du monde (en premier lieu la Chine) et qui, aujourd'hui, emporte les économies émergentes vers un processus cumulatif de déflation du fait de son arrêt.

- Nul étonnement donc que se multiplient les scénarios les plus apocalyptiques annonçant pour 2016 un nouveau krach mondial, encore plus violent que le dernier en date.

- Le plus vraisemblable est qu'il n'y aura ni normalisation à la Yellen, ni Armageddon, mais plutôt une sortie de QE en cul de sac – c'est à dire finalement une non-sortie .

Au moment même où la Fed, par la voix de sa présidente, Janet Yellen, la Fed confirmait avoir décidé de s’engager dans la voie du relèvement des taux d’intérêt, une autre nouvelle apparaissait sur les écrans qui, elle, est passée complètement inaperçue, malgré son importance. Le Center for financial stability de New York publiait un communiqué indiquant qu’en novembre l’augmentation de l’aggrégat monétaire Divisia M4 (la masse monétaire au sens le plus large) avait été de +4,6 % d’une année sur l’autre - un chiffre élevé par rapport à la tendance enregistrée depuis la crise, et qui correspond à la croissance moyenne de la masse monétaire américaine sur la longue période.

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lundi 14 décembre 2015

COP21 : Chinoiseries, hypocrisie et accord en trompe-l'oeil

 Accord historique”, “universel”, “victoire pour la planète”... L’inflation superlative dont nos médias se gargarisent à la suite de la validation de l’accord final de la 21e “conférence des parties”, ou COP21, qui vient de s’achever à Paris, est elle justifiée ? 

Passons sur le fait que, contrairement à ce qu’affirme  la propagande massive subie avant et pendant la COP21, la science n’est pas “figée”, et qu’il existe de nombreuses voix scientifiques sérieuses qui estiment que les émissions de CO2 liées à nos activités ne sont pas un problème de l’ampleur décrite par l’ONU et son excroissance climatique, le GIEC. Certains scientifiques affirment même qu’un peu plus de CO2 serait nettement bénéfique pour l’humanité, et notamment pour son agriculture. Je reviendrai sur la polémique scientifique un autre jour. 

Mais quand bien même cela serait utile ou souhaitable, cet accord a-t-il la moindre chance d’aboutir à une réduction visible et sensible des émissions de CO2 mondial ?

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samedi 12 décembre 2015

8 décembre 2015 : "Contre-Cop21" organisée par le Collectif des climato-réalistes

logo_climato_realistes_A.jpgLe Collectif des climato-réalistes est une initiative qui a vu le jour au début du mois de septembre 2015. Il regroupe des individus et des groupes (dont l'Institut Turgot) rassemblés autour d'un projet commun ; exprimer leur préoccupation devant les outrances idéologiques d'une bureaucratie climatique dont l'intérêt est d'aller toujours plus loin dans les prophéties de malheur, et favoriser le retour à la raison dans le regard que nous pouvons porter sur les problèmes climatiques.

Le mardi 8 décembre 2015,en contrepoint de la grande conférence organisée par le Gouvernement français au Bourget, et qui a duré plus d'une semaine, le Collectif a rassemblé dans une salle du 7ème arrondissement une bonne part des personnalités francophones les plus connues qui contestent le discours dominant et sans nuance sur le réchauffement climatique.

Un résumé de cette réunion, intitulée "Contre-COP21", a été publié sur le site Skyfall.fr sous la signature de Benoît Rittaud. Ci-dessous vous trouverez les enregistrements vidéo de cette manifestation, introduite par une courte présentation de Marie-France Suivre.

1 - Ouverture par Marie-France Suivre, membre du comité d'organisation du collectif des climato-réalistes et déléguée-générale de l'Institut Turgot


Contre-COP21, Ouverture par collectifdesclimatorealistes

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mardi 8 décembre 2015

Régionales: réflexions sur la poussée (inexorable ?) du Front National

Pour les libéraux français, observe Vincent Bénard, le constat d’échec dure et perdure avec la même sévère acuité, année après année. L’étatisme sous toutes ses formes, qu’il soit semi-autoritaire honteux ou autoritaire décomplexé, socialiste de gauche, socialiste de droite ou communiste, représente plus de 9 électeurs sur 10. Peut-on encore espérer entraver cette dérive qui s'accélère ?

La loi des urnes est dure, mais c’est la loi: le Front National emportera au minimum 3 et peut être 6 régions de France métropolitaine à l’issue des régionales, en fonction des jeux de listes qui se joueront entre les deux tours. Le FN est aujourd’hui le premier parti de France, devant le PS qui paie 3 ans d’incurie gouvernementale, et les républicains, ex-UMP, qui n’excitent guère les foules, plombés par leur bilan en demi ou plutôt en tiers-teinte entre 2002 et 2012, et par la personnalité toujours aussi antipathique de leur président.

La banalisation de l’autoritarisme par le gouvernement

Premier constat que je n’ai vu dans la bouche d’aucun commentateur politique ce soir: la réaction du gouvernement aux attentats du 7 janvier puis du 13 novembre rend particulièrement inopérante la rhétorique anti-fasciste habituellement déployée contre le FN par les partis établis. Difficile de prétendre que “les Fachos, c’est le FN”, lorsque l’on a fait voter une loi renseignement qui élimine la notion de vie privée, que l’on songe à prolonger l’état d’urgence dans des termes qui rendent la notion d’état de droit pour le moins évanescente, et que les bavures de cet état d’urgence se multiplient. Après tout, on ne retrouve des armes que dans une perquisition sur 7, et la presse régionale fourmille d’articles où l’on s’interroge sur le bien fondé des opérations de police opérées, eu égard à leur finalité officielle, la lutte contre le terrorisme.

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samedi 28 novembre 2015

Lois d'urgence : Faut-il s'asseoir sur les libertés au nom de l'anti-terrorisme ?

Suite aux récents événements du 13 novembre, une excellente réaction de notre ami Vincent Bénard, initialement publiée sur le site Objectfif Eco.

Meurtris par les attentats, les Français semblent prêts à sacrifier une partie de leurs libertés à l'urgence sécuritaire. Par 551 voix contre 6 à l’assemblée, avec aussi peu de résistance au sénat, et avec le soutien de 84% de la population d’après des sondages récents, le gouvernement vient de faire adopter dans la même loi une prolongation à 3 mois de l’état d’urgence, tout en changeant les termes de la loi.

Pire, certaines déclarations du monde politique font peur. Je ne compte plus les appels à “réduire les libertés pour assurer la sécurité”, et le premier ministre vient tout de même d’exhorter le conseil constitutionnel à ne pas se mêler des lois d’urgence ainsi promulguées, pour ne pas gêner l’action des forces de l’ordre, reconnaissant donc implicitement que sa loi n’est peut être pas tout à fait respectueuse de la constitution.

Un président, garant de la constitution, qui laisse un premier ministre s’asseoir sur les valeurs constitutionnelles: voilà une évolution qui ne rassure guère. Que nous réserve la révision constitutionnelle promise par François Hollande dans ces conditions ?

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mercredi 4 novembre 2015

Histoire d'un gouvernement qui ne pouvait pas dire non (...à la manière de Bastiat)

Arnaud Deseau est actuellement étudiant en seconde année de Master en sciences économique à l'Université catholique de Louvain (Belgique). Il nous propose un essai de fable économique "à la Bastiat" qui lui a été inspirée par l'actualité économique, en particulier la crise de la filière porcine.

Dans le pays de Monocéphalie, la tradition veut que dès qu'une chose se passe mal, on se tourne vers le gouvernement de ce pays. Non pas que l'on ne sait régler ses problèmes soi-même ; mais il faut dire que l'appareil d’État de ce pays est si développé, si faste, que l'on se plaît à y recourir, tant il rappelle les grandeurs passées du temps où la Monocéphalie s'étendait par delà les mers et les océans.

Les Monocéphaliens sont un peuple fier – borné – et ils ne sauraient déroger aux traditions de leur pays, d'où qu'elles viennent – et ce même si la mémoire humaine à perdu le pourquoi du comment ainsi que le bien fondé de certaines coutumes.

Il n'y a pas tradition plus partagée et plus usée que celle qui veut que chaque Monocéphalien, lorsqu'il a du souci, se présente à Monocéphalia – la capitale – pour réclamer une aide ou un soutien. Cette coutume est même, disent certains, le ciment, le liant de la nation Monocéphalienne, tant elle rapproche tous les citoyens de leur État à tout moment de leur vie.

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mercredi 28 octobre 2015

Dossier : des "monnaies parallèles" sans tuer l'euro ?

Henri Lepage est de ceux qui, comme Gilles Dryancour, considèrent que si la zone Euro s'était construite autour du projet britannique de "monnaie commune", avec un euro et des monnaies nationales en concurrence,  plutôt que du plan franco-allemand de "monnaie unique", il n'y aurait  jamais eu de problème grec. L'économie européenne s'en porterait sans aucun doute beaucoup mieux.

D'où les textes qui suivent, écrits sous forme de notes au mois de juillet 2015, en plein feu de l'actualité, alors que l'on découvrait les projets de l'ancien ministre grec Yanis Varoufakis pour lancer une éventuelle monnaie grecque parallèle sans pour autant sortir de l'euro. Ces textes sont reproduits dans leur rédaction originelle. Leur objet : essayer de comprendre concrètement comment une telle opération pourrait se faire et voir s'il y a des idées à en tirer.


NOTE 1 (6 juillet 2015) - LE PLAN B DE VAROUFAKIS : UNE IDEE A RECUPERER ?

Est-il possible de mettre la Grèce en congé d'euro pour un période de quelques années, tout en lui permettant de retrouver plus tard une place de partenaire à part entière ? Telle est la question qui, au début du mois de juillet de cette année, était au coeur des discussions sur l'avenir de la Grèce. Il s'agirait d'obtenir en quelque sorte un Grexit provisoire où, pour ne pas pousser l'humiliation trop loin, on demanderait aux grecs de commencer par remettre en profondeur de l'ordre dans leurs affaires, après quoi on rééxaminera si l'on peut procéder à leur réintégration. S'il s'agit vraiment d'épargner les susceptibilités grecques, il me semble qu'il serait beaucoup plus astucieux de se demander s'il ne serait pas plutôt possible pour la Grèce de recréer l'équivalent d'une Drachme nationale, qui lui permettrait de bénéficier des effets bénéfiques d'une dévaluation (abaisser le niveau général des prix et salaires internes de l'ordre de 30% par exemple), tout en ne quittant pas la zone euro. Est-ce possible ?


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mardi 20 octobre 2015

Entretien : La Testostérone, moteur de l'histoire des civilisations ?

Trouver un intellectuel international qui se revendique ouvertement comme Randien (disciple d'Ayn Rand) n'est pas chose courante. D'où l'intérêt de cet entretien réalisé par Grégoire Canlorbe. Son interlocuteur :  Roy Barzilai, un chercheur israélien, auteur  de The Testosterone Hypothesis : How Hormones Regulate the Life Cycles of Civilizations paru en mai 2015.

Il s'agit d'un livre tout à fait étonnant qui, au croisement de la biologie, de la psychologie et de la sociologie, entraîne le lecteur dans le monde fascinant (et discuté) de la pensée transhumaniste contemporaine.

Cet entretien est toutefois à lire avec une esprit critique car il démontre comment, une fois de plus, la folie moderne de l'ingénierie sociale et de la recherche de la bonne société, peut mener même un esprit des plus individualistes (au sens pleinement libertarien du terme) à endosser des fins parfaitement incompatibles car intrinsèquement totalitaires. Un sujet pour une bonne discussion.

Roy Barzilai est un expert indépendant qui a étudié à la fois la philosophie objectiviste d’Ayn Rand et la philosophie du langage de Rivka Schechter, ancrée dans la bible hébraïque. La synthèse de la philosophie aristotélicienne de Rand et du credo biblique du monothéisme éthique apportent un éclairage important sur les idées qui ont façonné l’esprit occidental. En explorant l’histoire intellectuelle de la civilisation occidentale, Roy cherche à atteindre une connaissance plus profonde de l’esprit humain.

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vendredi 9 octobre 2015

Scruton : Plaidoyer pour une politique environnementale libérale-conservatrice

Ci-dessous notre ami Max Falque nous livre une remarquable recension du livre de Roger Scruton : "How to think seriously about the Planet: the case for an environmental conservatism" (Oxford University Press, 2014).

Roger Scruton est un philosophe conservateur britannique  que le journal Le Point présente comme "le Finkielkraut anglais'. S'il n'est pas libertarien, il est sans aucun doute l'un des meilleurs spécialistes contemporains de la pensée philosophique et politique libérale.

Le message du livre est que les thèmes environnementaux ont été pris en otage par la gauche politique mais qu'en fait les concepts de droite sont incomparablement plus à même d'en résoudre les problèmes.

J'attendais depuis longtemps cette réflexion qui répond à l'interrogation : comment se fait-il que la pensée conservatrice ait abandonné le champ de l'écologie aux multiples formes de l'idéologie socialiste et aux orphelins du communisme ?

Comment se fait-il que ces mêmes conservateurs, notamment leur représentation politique, courent après les "écologistes" pour non seulement les rejoindre et les imiter mais encore pour "en rajouter une couche", en déclarant "moi aussi je suis écologiste !" (en anglais "me tooism").

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